UNE LECTURE JUIVE DU NOUVEAU LIVRE DU PAPE PAR LE RABBIN ALAN BRILL



JESUS



UNE LECTURE JUIVE DU NOUVEAU LIVRE DU PAPE PAR LE RABBIN ALAN BRILL.
ARTICLE PUBLIE DANS LE "NATIONAL CATHOLIC REPORTER", LE 21 SEPTEMBRE 2007.


Rabbi

Traduction francaise :

Quand le Cardinal Joseph Ratzinger devint le pape Benoît XVI, les optimistes déclarèrent que ce choix dénotait un engagement à poursuivre l’important travail consistant à établir un pont avec le peuple juif. D'un autre côté, les pessimistes soulignèrent ses origines allemandes, sa ligne dure sur les autres religions et sa préférence pour une Église plus dogmatique et plus conservatrice. Or, le nouveau livre du pape Benoît XVI, Jésus de Nazareth, a prouvé que les optimistes avaient raison.

Jésus de Nazareth offre une interprétation du Nouveau Testament - et donc du Christianisme - qui est étonnamment favorable au judaïsme : "le peuple juif et sa foi sont les véritables racines du christianisme”. Dans des termes sans équivoques, Jésus est présenté comme un Juif, un disciple des véritables traditions bibliques et rabbiniques. Les enseignements de Jésus sont perçus comme une excroissance et un accomplissement de la Loi du Sinaï et de ritualisme juif.

Selon les approches chrétiennes traditionnelles, l'interprétation juive de la Bible était assimilée à une tradition rabbinique fausse, à une perversion de la Bible, et les Juifs, aveugles à la vérité, ne faisaient pas la volonté de Dieu. Comment le Pape Benoît a-t-il accompli cette réconciliation en forme d’exploit ? Que fait-il du rejet du judaïsme dans le Nouveau Testament et chez les Pères de l'Église ?

Benoît XVI a une vision de Jésus qui part du Deutéronome et de l'importance de Moïse, le législateur, en tant que prophète. Le Deutéronome enseigne que le but de la loi est de proclamer la royauté de Dieu. Par exemple, Benoît XVI déclare que la récitation juive de la Shema est un moyen d'affirmer la royauté de Dieu. Aux yeux de Benoît XVI, la connaissance biblique de Dieu passe par le rituel juif dans ses formes légales, et non par la description chrétienne ordinaire du rejet du légalisme par les prophètes.

Le judaïsme n'est pas exclu, révoqué ou abrogé, contrairement à ce qu’on toujours expliqué les penseurs chrétiens. Jésus prit le message de Moïse et le révéla au monde - pas seulement le message éthique des prophètes, mais aussi la royauté, le rituel, l'obéissance et la dévotion du Deutéronome. "Pour un croyant chrétien, les commandements de la Torah restent une référence décisive". Benoît XVI accepte, savoure presque, l'influence de la pratique juive sur la liturgie chrétienne, car elle dénote une continuité entre la fois juive et la foi chrétienne.

En conséquence, Benoît XVI déclare avec confiance que tous les Juifs pieux qui récitent quotidiennement la Shema affirment la royauté de Dieu. Sans le dire aussi explicitement, il semble sous-entendre que les Juifs connaissent Dieu et son royaume parce qu'ils connaissent Moïse, les prophètes, la Torah et son interprétation rabbinique. Qu'en est-il des critiques dirigées contre les Pharisiens ?

Le pape prend au pied de la lettre la déclaration de Jésus "Je ne suis pas venu les abolir, mais les réaliser" [les commandements de la Loi] et promet de démontrer que cela ne contredit pas saint Paul. Dans ce livre, la promesse n’est gardée qu’en partie. L’auteur n'explique pas les passages difficiles. Dans la lecture que Benoît XVI fait du Nouveau-Testament, toutes les déclarations sur ceux qui sont aveugles, mus par le démon ou trop obstinés pour voir la vérité visent les ricaneurs, les incroyants et même nos contemporains relativistes, n'importe qui sauf les juifs. À moins qu’elles ne dénotent seulement « un effort délicat de Dieu pour persuader les Israélites », qui restent néan-moins des fils obéissants du Père.

Benoît XVI présente quelques exemples de paraboles apparemment anti-juives. L'histoire des serviteurs déloyaux (Matthieu XXI, 33-46) sert habituellement à prouver que les Juifs ont été punis et remplacés. Benoît XVI se borne à offrir ses observations personnelles, en limitant de façon créative cette parabole à ceux qui niaient Dieu au temps de Jésus ou qui le nient aujourd’hui encore. De ce point de vue, il rejette ouvertement les Pères de l'Église qui condamnent les Juifs en s’appuyant sur les paraboles et souligne que le Nouveau Testament ne va pas dans leur sens.

En plusieurs endroits, le Pape Benoît XVI cite favorablement des documents rabbiniques, ce qui constitue en soi un acte de réconciliation important. Le Talmud n'est plus une source pernicieuse de fausses interprétations de la Bible, c’est une continuation du vrai message de la Bible. Le Pape respecte et accepte l'explication de l'historien américain du judaïsme, Jacob Neusner, concernant le motif pour lequel les Juifs rejettent le christianisme. Les religions ne débattent pas sur le fait que Jésus soit ou non le Messie - Les Juifs pensent que non -, mais sur le fait que Jésus peut ou non être vu comme divin.

Selon Benoît XVI, le judaïsme et le christianisme partagent les visions de la royauté de Dieu, comme la Bible la décrit du Deutéronome jusqu'à Daniel. Contrairement aux Juifs, les chrétiens supposent que la royauté du Dieu biblique passe par Jésus. Mais les uns et les autres partagent une même vision de la royauté.

Beaucoup reste à débattre quant à ces positions nouvelles. Néanmoins, ce livre est historiquement important, car il modifie l'attitude de l'Église envers les Juifs.

Les Juifs demandent souvent : Comment ceci change-t-il la vie de tous les jours ? Comment cela combat-il l'antisémitisme ? Dans ce cas, le livre fait suite à l'appel du Pape Benoît XVI pour la tenue d’un synode des Evêques en 2008. Le pape veut qu’y soient posées les questions suivantes : est-ce que des textes bibliques servent à fomenter des attitudes d'antisémitisme ? Comment le judaïsme est-il présenté dans l’enseignement catholique ?

Benoît XVI veut s’assurer que le judaïsme soit présenté positivement – et en accord avec Nostra Ætate – au milliard de catholiques du monde entier.

Les Juifs concernés par les relations entre chrétiens et Juifs doivent voir dans ce livre la preuve de la poursuite d’une évolution positive sous le règne du Pape Benoît XVI.




Original en anglais :

JESUS OF NAZARETH By Joseph Ratzinger Doubleday, 400 pages, $24.95
http://www.njjewishnews.com/njjn.com/101107/commWhyTheOptimists.html
National Catholic Reporter, Sept 21, 2007 by Alan Brill
A Jewish reading of the pope's new book

When Cardinal Joseph Ratzinger became Pope Benedict XVI, the optimists stated that the choice showed a commitment to continue the important work of bridge-building to the Jewish people. Pessimists, on the other hand, noted his German background, his tough line on other religions, and his favoring a more dogmatic, con-servative church. Pope Benedict's new book, Jesus of Nazareth, has shown the optimists as correct.

Jesus of Nazareth offers an interpretation of the New Testament - and thereby of Christianity - that is surprisingly favorable to Judaism, one in which "the Jewish people and its faith are the very roots of Christianity." In unequivocal terms, Jesus is presented as a Jew, a follower of true biblical and rabbinical traditions. Jesus' teachings are presented as an outgrowth and fulfillment of Sinai and Jewish ritual law.

Traditional Christian approaches treated Jewish interpretation of the Bible as false, rabbinic traditions as perversions of the Bible, and painted Jews as blind to the truth and as not doing God's will. How does Pope Benedict accomplish this feat of reconciliation? What does he do with the rejection of Judaism in the New Testament and the Church Fathers?

Benedict's starting point for his vision of Jesus is Deuteronomy and the importance of Moses, the lawgiver, as a prophet. Deuteronomy teaches that the purpose of the law is to proclaim God's kingship. For example, Benedict states that the Jewish recitation of the Shema is a means of affirming God's kingship. Jewish ritual in its legal forms is for Benedict the Biblical path to knowing God rather than the common Christian portrayal of the prophets rejecting legalism.

Judaism is not excluded, revoked or abrogated as traditionally explained by Christian thinkers. Jesus took Moses' message and brought it to the world, not just the ethical message of the prophets, but also the kingship, ritual, obedience and devotion of Deuteronomy. "For a believing Christian, the commandments of the Torah re-main a decisive point of reference." Benedict accepts, almost relishes, the influence of Jewish practice on Chris-tian liturgy because it shows continuity between the faiths.

Hence, Benedict says confidently that all pious Jews who recite the Shema daily are affirming God's kingship. Without saying so explicitly, he seems to imply that Jews know God and his kingship because they know Moses, the prophets, the Torah and its rabbinic interpretation. What about the critiques of the Pharisees? He presents the Pharisees as "endeavoring to live with the greatest possible exactness according to the instructions of the Torah." At other points, the Pharisees are only those self-serving Jews who did not hear the message of God's kingship.

Pope Benedict takes literally Jesus' statements that "I have come not to abolish them but to fulfill them" and promises to show that this does not contradict Paul. In this book, the promise is only partially kept. He does not explain the difficult passages. In Pope Benedict's reading of the New Testament, all the negative statements about those blinded, those moved by the devil, or those too obstinate to see the truth are applied to scoffers, unbelievers and even to our contemporary relativists, anyone but the Jews. Or they are solely "a delicate effort of God to persuade [the people of] Israel," who nevertheless remain obedient children of the Father.

Benedict presents a few examples of seemingly anti-Jewish parables. The story of the treacherous tenants in Matthew 21:33-46 is usually taken as proof that Jews are punished and superseded. Benedict offers only his personal observations, creatively limiting the parable to those who deny God then and now. From his perspective, he openly rejects the Church Fathers who condemn the Jews based on these parables and says that the New Testament does not support them. Pope Benedict quotes rabbinic literature favorably at several points, itself an important act of reconciliation. The Talmud is no longer a pernicious source of misreading of the Bible but a continuity of the Bible's true mes-sage. The pope respects and accepts the American historian of Judaism Jacob Neusner's explanation of why Jews reject Christianity. The religions are not debating whether Jesus was the messiah -Jews think he is not - but whether Jesus can be seen as divine.

According to Benedict, Judaism and Christianity share visions of God's kingship described in the Bible from Deuteronomy to Daniel. Christians assume that Jesus is the way to the biblical God's kingship and Jews do not, but they share a vision of kingship.

Much remains to be argued about in these new positions. Nevertheless, this book is historically important for its change in the church's attitude toward Jews. Jews usually ask, how does this change real life? How does it fight anti-Semitism? In this case, the book follows on the heels of Pope Benedict's call for a synod of bishops to be held in 2008. The pope wants to know: Are biblical texts used to foment attitudes of anti-Semitism? How is Judaism presented in Catholic teaching materials?

Benedict wants to make sure that Judaism is presented positively, and in accord with Nostra Aetate, to the world's billion Catholics.

Jews concerned with the Christian-Jewish relationship should take this book as proof of continued positive developments during the papacy of Pope Benedict XVI.

[Rabbi Alan Brill holds the Cooperman-Ross Professorship in Jewish-Christian Studies, in honor of Sr. Rose Thering, at Seton Hall University.]




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