SERVIAM 

Lettre d’informations sur les relations entre l’église conciliaire et le judaïsme.

Enfin il leur envoya son fils, en disant, ils respecteront mon fils. Mais quand les vignerons virent le fils, ils se dirent entre eux : Voici l’héritier; venez, tuons-le et nous aurons son héritage.(S. Matthieu, Chap. XXI, 37-38)


 Numéro 31                                          Parution irrégulière                                   10 Novembre 2014

 

Kaddish dans la cathédrale de Buenos Aires

  Les relations entre la communauté juive argentine et le “Cardinal” Bergoglio au temps où ce dernier n’était pas encore devenu “Pape” François sont généralement connues. Nous les avions brièvement évoquées dans le dernier numéro de notre lettre Serviam parue en novembre 2013[1].

  Nous approfondirons dans cette présente lettre un pan des relations judéo-chrétiennes du diocèse de Buenos-Aires, diocèse dont le “Cardinal” Bergoglio était en charge il y a encore peu. 

  Sous l’égide du “Cardinal” Quarracino puis sous celle du “Cardinal” Bergoglio, nous verrons que les victimes de l’Holocauste eurent l’honneur d’avoir leur reliquaire (sous forme d’un “Mur”) au sein même de la Cathédrale de Buenos Aires en 1997 !!! En 2014, nouvelle étape dans l’apostasie : un rabbin, avec la bénédiction de la supposée hiérarchie “catholique” de Buenos Aires et de celle du “Pape” François, récita publiquement une prière juive dans une Cathédrale.

 

Cérémonie inter-religieuse historique à la Cathédrale de Buenos Aires.[2]

  Le 28 février 2014, la Fondation Internationale Raoul Wallenberg[3] (IRWF) et l’Archidiocèse de Buenos Aires ont organisé une cérémonie interreligieuse à la Cathédrale Métropolitaine de Buenos Aires pour célébrer la mémoire du “Cardinal” Antonio Quarracino (1923-1998) en la date anniversaire de sa mort.

  La cérémonie se déroula au Mur Mémorial des victimes de l’Holocauste, inauguré par Quarracino en 1997[4], suite à une initiative de Baruch Tenenbaum[5], le fondateur de l’IRWF.   Ce mur est situé dans la chapelle de la Vierge de Lujan dans le plus grand édifice “catholique” du pays. Quarracino fut loué pour son travail favorisant le dialogue inter-religieux.

Le Rabbin Sergio Bergman, Le “Père” Gianetti Fernando, l’”Archevêque” Mario Poli, Baruch Tenenbaum et Mark Aguinis le 28 février 2014 devant le Mur Mémorial des victimes de l’Holocauste dans la Cathédrale de Buenos Aires.

 

  Dans une atmosphère de profonde réflexion et de souvenir, plus d’une centaine de personnes se sont rassemblées dans la chapelle où les restes du “Cardinal” Quarracino reposent. La date choisie ne coïncidait pas seulement avec la date de la mort de l’ancien primat, mais elle était celle qui avait été suggérée par le “Pape” François à Tenenbaum et Eduardo Eurnekian, président de l’IRWF, lors d’une conversation que les deux ont eu au Vatican en septembre 2013 avec le “Pape”, lui-même, un des premiers membres d’honneur de la Fondation.

  Le “Cardinal Primat” d’Argentine, “Mgr” Mario Poli ; Sergio Bergman, rabbin de la Congrégation Juive d’Argentine ; le “Père” Fernando Giannetti, président de la Commission pour l’œcuménisme et le dialogue interreligieux de l’Archidiocèse de Buenos Aires ; et l’écrivain argentin Marcos Aguinis prirent part à la cérémonie.

  Fait unique dans l’histoire des relations entre Juifs et Catholiques, le rabbin Sergio Bergman récita le Kaddish[6] en hébreu et en espagnol pour le “Cardinal” Quarracino. Le Kaddish[7] est une prière récitée pour un mort et cette fois, exceptionnellement, elle fut récitée en la mémoire d’une personne “catholique”. C’est la première fois que le Kaddish est récité en hébreu dans la Cathédrale Métropolitaine de Buenos Aires.

Cathédrale de Buenos Aires – 28 février 2014 : le rabbin Bergman récitant la prière du Kaddish pour le “Cardinal” Quarracino, ancien “archevêque” de Buenos Aires.

 

  Le “Cardinal” Poli, l’“abbé” Giannetti, le rabbin Bergman et Aguinis ont rappelé avec des mots qui venaient du fond du cœur, la vie et les travaux du “Cardinal” Quarracino, particulièrement son engagement à promouvoir le dialogue interreligieux.

  L’“abbé” Giannetti lut un passage d’une des dernières lettres rédigées par Quarracino et envoyée à Baruch Tenenbaum en décembre 1997 : Je n’ai aucun doute que lorsque le temps sera venu de me succéder, l’Archevêque Mgr Jorge Bergoglio[8] continuera la même route de réconciliation et de fraternité avec nos frère ainés.”[9]

  Participèrent à la cérémonie le directeur et le fondateur de l’IRWF, le Dr. Natalio Wengrower ; l’ingénieur Oscar Vicente, président de Casa Argentina en Israel Tierra Santa ; l’ambassadeur de Grèce Eleni Leivaditou et son mari, Alexis Bulgari ; le conseiller de l’ambassade d’Israël Ofer Moreno ; les survivants de l’Holocauste David Galante, Thomas Kertesz, Laszlo Ladanyi et Myriam Kesler; Nina Olsen, conseiller politique et culturel de l’ambassade du Danemark ; et Claudio Avruj, Président de la Fondation pour la mémoire de l’Holocauste ; et bien d’autres personnes.

  La cérémonie se déroula au même endroit qu’en avril 1998 lorsque le “Cardinal” Bergoglio commémora le 1er anniversaire de l’inauguration du Mur.

  Durant cette cérémonie, il fut annoncé qu’en juillet 2014, la Fondation Wallenberg planterait un arbre dédié au “Cardinal” Quarracino dans les jardins du Vatican. L’espèce choisie sera un saule de la province argentine de Jujuy, don du directeur du Jardin Botanique de la ville de Buenos Aires, Graciela Barreiro, qui participait à la cérémonie.

  Le mémorial des victimes de l’Holocauste et de ceux tués lors des attaques de l’ambassade israélienne et de l’AMIA est un exemple de coexistence dans un monde en besoin de gestes concrets de compréhension et de respect des différences.[10]

  Le Mur, monument artistique sans précédent dans l’histoire des relations judéo-chrétiennes, fut inauguré par le “Cardinal” Antonio Quarracino le 14 avril 1997 et fut préservé grâce à la détermination du “Cardinal” Jorge Bergoglio. Son auteur est le maitre orfèvre Carlos Pallarols.

Ses dimensions sont d’1m80 de long sur 1m20 de large. Il est constitué de deux panneaux de glace ente lesquels sont exposés des pages de livres de prières sauvés des ruines des camps de concentration d’Auschwitz, de Treblinka et du Ghetto de Varsovie.[11]

  Originellement situé dans la chapelle de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, il fut déplacé dans la chapelle de la Vierge de Lujàn selon un souhait du “Cardinal” Quarracino exprimé dans la lettre déjà mentionnée auparavant : “Cela sera bientôt le premier anniversaire de l’inauguration de ce monument inestimable à l’intérieur de la Cathédrale devant lequel j’ai invité les Juifs à se couvrir leurs têtes si ils souhaitent le faire. L’emplacement permanent de ce Mur sera proche de ma future tombe que j’espère être à l’intérieur de la Cathédrale, pour que je puisse continuer à prêcher pour l’amitié comme je l’ai fait toute ma vie”.

Cathédrale de Buenos Aires – 28 février 2014 : le rabbin Bergman dépose une petite pierre[12] sur la tombe du “Cardinal” Quarracino. Le fait de poser une petite pierre sur une tombe est une pratique typiquement juive.

 


 

Annexe 1 : 14 avril 1997 – Inauguration d’un Mur en mémoire des victimes de l’Holocauste dans la Cathédrale de Buenos Aires.

  Sur une initiative de l’organisation interreligieuse “Casa Argentina en Israel – Tierra Santa[13], l’“Archevêque” de Buenos Aires, Antonio Quarracino, a inauguré en mur en la mémoire des victimes juives de l’Holocauste dans la cathédrale métropolitaine de Buenos Aires.

  Le même jour, l’“archevêque” Quarracino recevait un prix pour son engagement pour le dialogue interreligieux des mains de Baruch Tenembaum, vice-président de la “Casa Argentina”.

  La “Casa Argentina en Israel – Tierra Santa” est une institution non gouvernementale dont le siège se situe en Argentine et en Israël. Elle a pour objectif de promouvoir la paix à travers le dialogue interconfessionnel depuis 1966. Elle fut fondée par Baruj Tenembaum, Mons. Ernesto Segura, ... Ses membres sont des chrétiens, des juifs et des musulmans. Croyants ou agnostiques.

  En sus des relations œcuméniques et du dialogue interreligieux qu’elle s’efforce de créer, la “Casa Argentina” cherche à renforcer les relations entre le monde hispanique et Israël. Elle collabore avec la Fondation Internationale Raoul Wallenberg.

http://www.casa-argentina.org/archivo_ca/1997/14_04_1997-mural_conmemorativo_atentados_ba_quarracino_interfe_baruj_tenembaum-vr-ba-inauguracion_mural_conmemorativo_victimas_holocausto_y_atentados_embajada_israel_y_amia_ba-28.jpg

14 avril 1997 : Inauguration par le “Cardinal” Quarracino dans la Cathédrale de Buenos Aires du Mur en mémoire des victimes juives de l’Holocauste et des attentats contre l’Ambassade d’Israël[14] et de l’AMIA[15]. Notons la présence de Lech Walesa à droite de la photo.

 

http://www.casa-argentina.org/archivo_ca/1997/14_04_1997-mural_conmemorativo_atentados_ba_quarracino_interfe_baruj_tenembaum-vr-ba-inauguracion_mural_conmemorativo_victimas_holocausto_y_atentados_embajada_israel_y_amia_ba-27.jpg

14 avril 1997 : Inauguration du fameux “Mur” dans la Cathédrale de Buenos Aires. Notons la présidence de Jorge Bergoglio tout à gauche de la photo.

 

http://www.casa-argentina.org/archivo_ca/1997/14_04_1997-homenajes_quarracino_interfe_baruj_tenembaum-pic-ba-homenaje_bolsa_comercio_ba_a_mons_quarracino_por_labor_interconfesional-01.jpg

14 avril 1997 : Le “Cardinal” Quarracino recevant un prix pour ses activités œcuméniques des mains de Baruch Tenembaum, vice-président de la “Casa Argentina”. 

 


 

Annexe 2 : Jose Bergoglio – Avril 1998

14 avril 1998 : Discours[16] de Jorge Bergoglio dans la Cathédrale de Buenos Aires pour célébrer le premier anniversaire de l’inauguration du Mur Reliquaire de l’Holocauste par son prédécesseur, le “Cardinal” Quarracino.

 

  Traduction du discours de “Cardinal” Bergoglio le 14 avril 1998 dans la Cathédrale de Buenos Aires lors du premier anniversaire de l’inauguration du “Mur” reliquaire des victimes de l’holocauste :

  “Le cardinal Quarracino avait gravé en son cœur la notion que chaque personne est faite à l’image de Dieu. Il ne voulait pas négocier une telle vérité et il était un père qui voulait la défendre et il voulait la présence de ce Mur ici. Dans une lettre adressée deux mois avant sa mort à Baruch Tanembaum, il écrivait la chose suivante, la lettre était datée du 26 décembre 1997 : “Bientôt nous allons célébrer le premier anniversaire de l’inauguration de ce monument de valeur devant lequel j’invite chaque juif qui le désire à se couvrir sa tête.” La générosité de nos frères juifs déposant des pierres sur sa tombe aujourd’hui. La place définitive de ce mur est liée au lieu du repos que j’attends à l’intérieur de la Cathédrale pour continuer à répandre la fraternité comme je l’ai fait toute ma vie”. Il voulait être ici pour répandre la fraternité. Ce message vient seulement du cœur d’un père. C’est le père que nous venons aujourd’hui honorer. Un père qui ajoute mais qui ne soustrait pas, un père qui savait que nous sommes tous frères parce que nous portons la marque de Dieu dans nos cœurs.”

 


 

Annexe 3 : Le Kaddish dans une église. Un cas extraordinaire.[17]

  Durant la cérémonie en mémoire du “Cardinal” Quarracino, le rabbin Sergio Bergman récita le Kaddish, un fait extraordinaire non seulement parce que cela fut pour la mémoire d’un “catholique” mais aussi à cause du lieu dans lequel cette prière fut récitée.

  Le Kaddish est une des plus célèbres prières juives. C’est une prière qui est récitée pour un mort. Le texte est en araméen, la langue du peuple Juif dans la période Talmudique durant laquelle elle fut créée.

  Réciter le Kaddish pour un non-Juif est une pratique rare mais justifiée et à l’approbation de l’Halakha juive. Le Rabbin Oshry de la Yeshiva Ohr Somayach disait à ce propos : “… il est clairement autorisé de dire le Kaddish en mémoire d’un gentil qui a sauvé des vies juives… Puisse le Très-Haut qui a donné la richesse au Peuple Juif, donne une richesse généreuse au non-Juifs qui ont pris des risques pour sauver des Juifs.”

Le texte du Kaddish récité fut le suivant :

Magnifié et sanctifié soit le Grand Nom dans le monde qu'il a créé selon sa volonté et puisse-t-il établir son royaume de votre vivant et de vos jours et de toute la Maison d'Israël promptement et dans un temps proche ; et dites Amen.

Puisse son grand nom être béni à jamais et dans tous les temps des mondes. Béni et loué et glorifié et exalté, et élevé et vénéré et élevé et loué soit le nom du Saint, béni soit-il, au-dessus de toutes les bénédictions et cantiques, et louanges et consolations qui sont dites dans le monde ; et dites Amen.

Qu'il y ait une grande paix venant du Ciel, ainsi qu'une vie pour nous et pour tout son peuple Israël, et dites Amen. Celui qui établit la paix dans ses hauteur, l'établisse parmi nous et sur tout Israël, et dites Amen.

 

Nicolas Sarkozy et Mgr Patrick Jacquin, le recteur de Notre-Dame de Paris, regardent l'arrière-petit neveu du cardinal Lustiger jeter de la terre d'Israël sur le cercueil de son oncle (AP)

Tout ceci n’est pas sans nous rappeler la récitation du Kaddish qui précéda l’enterrement du “Cardinal” Jean-Marie Aaron Lustiger le 11 août 2007 devant la Cathédrale Notre-Dame de Paris.

 


 

Annexe 4 : 26 décembre 1997 – Lettre du “Cardinal” Quarracino à Baruch Tenembaum.

http://www.casa-argentina.org/archivo_ca/suplemento//1998-quarracino_mural_baruj_tenembaum_interfe_publicaciones-fly-ba-folleto_sobre_mural_conmemorativo_en_catedral_ba-02.jpg

 


 

Annexe 5 : Reliquaire de l’Holocauste dans la Cathédrale de Buenos-Aires.

 



[1] http://www.nostra-aetate.org/HTML_La-lettre-Serviam/2013/SERVIAM_030.html

[2] Titre et traduction de l’article suivant : http://www.raoulwallenberg.net/news/historical-interfaith-ceremony-at-the-cathedral-of-buenos-aires/

[3] http://www.raoulwallenberg.net/about/about-foundation/  Le “Cardinal” Bergoglio est un membre de cette fondation http://www.raoulwallenberg.net/about/members/honorary-members-2/ au même titre que le Grand Rabbin de Rome, Riccardo di Segni, le “Cardinal” Paul Poupard ou le rabbin Emmanuel Sirat.

[4] Voir Annexe 1 : “14 avril 1997, inauguration d’un Mur en mémoire des victimes de l’Holocauste dans la Cathédrale de Buenos Aires”.

[5] Biographie en anglais de Baruch Tanembaum : http://www.raoulwallenberg.net/news/interfaith-heroes-2-baruch/ 

[6] Voir la vidéo sur YouTube à partir de 5’40’’ : https://www.youtube.com/watch?v=DsZzeKnta-o&list=UUkhvD4mCzivszoUl3mfAiJw

[7] Voir Annexe 2 : “Le Kaddish dans une église. Un cas extraordinaire”.

[8] Voir Annexe 3 : “Jose Bergoglio”

[9] Voir Annexe 4 : lettre du Cardinal Quarracino à Baruj Tenembaum du 26 décembre 1997.

[10] Charabia typiquement moderniste qui appelle toutes les religions à collaborer pour le soi-disant bien de l’humanité. Sous prétexte d’un faux humanisme et d’une fausse charité, on ne parle jamais de la vérité. “Je suis la voie, la vie, la vérité”.

[11] Voir Annexe 5 : Photo de ce Mur

[12] Pourquoi des cailloux sur les tombes juives ?  Voir : http://h-net.msu.edu/cgi-bin/logbrowse.pl?trx=vx&list=h-francais&month=0106&week=c&msg=mTW6lB3FCOloLuU0BGJvGg&user=&pw=

[13] http://www.casa-argentina.org/

[14] Le 17 mars 1992, une bombe saute à l'ambassade d'Israël à Buenos Aires. Elle fait 29 morts et 242 blessés.

[15] http://fr.wikipedia.org/wiki/Attentat_de_l%27AMIA  : L'attentat de l'AMIA est une attaque à la voiture piégée qui eut lieu le 18 juillet 1994 et a détruit un bâtiment abritant plusieurs associations ou organisations juives (dont l'Association mutuelle israélite argentine AMIA), faisant 84 morts1 et 230 blessés à Buenos Aires.

[16] Vidéo disponible sur Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=_vxBHJPEHWU#t=10

[17] Traduit depuis http://www.raoulwallenberg.net/news/historical-interfaith-ceremony-at-the-cathedral-of-buenos-aires/