SERVIAM 

Lettre d’informations sur les relations entre l’église conciliaire et le judaïsme.                                                           

Enfin il leur envoya son fils, en disant, ils respecteront mon fils. Mais quand les vignerons virent le fils, ils se dirent entre eux : Voici l’héritier; venez, tuons-le et nous aurons son héritage.(S. Matthieu, Chap. XXI, 37-38)


 Numéro 29                                          Parution irrégulière                                   30 Octobre 2011

Aux ordres des Juifs

  Ces deux derniers mois, l’actualité a été dominée par les tractations entre la Rome conciliaire et la Fraternité Sacerdotale Sainte Pie X (FSSPX), par le voyage de Ratzinger en Allemagne et par le renouvellement du scandale de la cérémonie d’Assise.  

  Premièrement, Mgr Fellay est actuellement en train d’examiner (à moins que tout cela ne soit que du cinéma, tout étant déjà bouclé depuis bien longtemps... mais il faut quand même faire illusion devant les fidèles) un document que le Cardinal Levada (qui ne doit d’être à Rome que pour échapper aux charges qui pèsent contre lui aux États-Unis sur les effroyables histoires de mœurs de son ancien diocèse) lui a remis.

  Soulignons seulement ces deux passages que prononçait Mgr Tissier de Mallerais en 2008 dans une interview donnée à la revue The Angelus :

– “Benoît XVI : un véritable moderniste avec toute la théorie moderniste mise à jour !”

– “De sorte que l’Archevêque Mgr Lefebvre avait totalement raison, quand il affirmait que seuls des évêques totalement catholiques et totalement libres, libres de toute influence de la part de la Rome libérale, pourraient travailler pour le bien de l’Église jusqu’à la conversion du Pape.[1]

  Si l’on est conséquent, aucun accord ne pourra être trouvé entre la FSSPX et la Rome de Ratzinger. Ratzinger prouve quotidiennement qu’il reste un moderniste par ses actions et ses paroles (comme par exemple son attachement viscéral à cet œcuménisme dévoyé qui a eu son point d’orgue cette année à Assise pour renouveler l’acte d’apostasie de son prédécesseur). Lire l’encyclique Pascendi[2] de saint Pie X, c’est y découvrir le portrait de Ratzinger.

  Néanmoins le spectre d’une éventuelle réconciliation de la FSSPX avec la Rome moderniste n’est pas du goût de tout le monde. Si le pseudo-épiscopat montre un peu partout dans le monde son opposition à voir les quatre évêques ordonnés par Mgr Lefebvre les rejoindre, il en est également de même en ce qui concerne la communauté juive. En effet, même si la FSSPX se fait très discrète sur la question juive (on attend toujours une étude majeure sur ce sujet capital de la part d’un clerc de la FSSPX), elle symbolise cependant cet “enseignement du mépris” comme en témoigne son attachement à prier pour les juifs de façon traditionnelle – Mgr Fellay ayant rejeté la nouvelle prière formulée par le Vatican – le vendredi saint. Ainsi un retour de la FSSPX au sein de la Rome moderniste est vu comme un grave retour en arrière par la communauté juive (sans oublier le cas Williamson).

A) Ratzinger : Le chemin irrévocable pris par l’église conciliaire

Ratzinger et la communauté juive – Allemagne 2011

  Pourtant, Ratzinger, lors de sa visite en Allemagne, avait comme lors de chacun de ses déplacements à l’étranger, reçut une délégation juive. Voici le plus significatif de son allocution, les commentaires[3] en italique et entre crochets étant du rédacteur de Serviam:

  Avec reconnaissance, je voudrais aussi évoquer le [monologue faussement décrit comme un] dialogue entre l’Église catholique et le Judaïsme, un dialogue qui s’approfondit. L’Église ressent une grande proximité avec le peuple juif. [La véritable Église ressent l’oppression des rabbins].  Avec la Déclaration Nostra Ætate du Concile Vatican II [plus ou moins dictée par le rabbin Heschel], on a commencé à “parcourir un chemin irrévocable [et surtout maçonnique] de dialogue, de fraternité et d’amitié” (Discours à la Synagogue de Rome, 17 janvier 2010). Ceci vaut pour l’Église catholique tout entière, dans laquelle le bienheureux [effectivement béni par trois rabbins au Vatican peu avant sa mort] Pape Jean-Paul II s’est engagé de façon particulièrement vigoureuse en faveur de ce nouveau chemin. Ceci vaut évidemment aussi pour l’Église [pseudo] catholique en Allemagne qui est bien consciente de sa responsabilité particulière en cette matière. Dans le domaine public on note surtout la “Semaine de la fraternité” qui est organisée chaque année au cours de la première semaine de mars par les associations locales pour la collaboration judéo-chrétienne [plus justement appelée pseudo-catholique et rabbinique].

  Du côté catholique il y a en outre des rencontres annuelles entre [des pseudos] Évêques et Rabbins, comme aussi des colloques structurés avec le Conseil central des Juifs. Déjà dans les années soixante-dix, le Comité Central des Catholiques allemands (ZdK) s’est distingué par la fondation d’un forum “Juifs et Chrétiens”, qui au cours des années a produit, avec compétence, de nombreux documents utiles [à la subversion]. Je ne voudrai pas oublier de mentionner la rencontre historique pour le dialogue judéo-chrétien [pour l’étude du Talmud] de mars 2006, avec la participation du Cardinal [et crypto-rabbin] Walter Kasper. Ce travail en commun porte des fruits [pourris].

  À côté de ces initiatives importantes [lamentables serait un mot plus juste] il me semble que nous [faux] chrétiens nous devons nous rendre toujours plus compte de notre affinité intérieure avec le judaïsme [talmudique], vous en avez parlé. Pour les [vrais] chrétiens il ne peut y avoir une rupture dans l’événement du salut. Le salut vient justement des Juifs (cf. Jn 4, 22). Là où le conflit de Jésus avec le Judaïsme de son temps est vu de manière superficielle comme un détachement de l’Ancienne Alliance, il finit par être réduit à une idée de libération qui mésinterprète la Torah comme étant seulement l’observance servile de rites et de prescriptions extérieures. Mais de fait, le discours sur la Montagne n’abolit pas la Loi mosaïque, mais il révèle ses possibilités cachées et fait émerger de nouvelles exigences. Il nous renvoie au fondement le plus profond de l’agir humain, au cœur, où l’homme choisit entre le pur et l’impur, où se développent la foi, l’espérance et l’amour.

  Le “chemin irrévocable” (selon les mots de Ratzinger) pris par la déclaration Nostra Æetate et la réintégration de la FSSPX dans le giron de l’église conciliaire semblent être inconciliables pour les organisations juives mondiales. En effet, comment concilier la théologie traditionnelle de l’Église catholique avec l’œcuménisme conciliaire ?

Bulle Cantate Domino, Pape Eugène IV, 1442 :

Elle [l’Église] croit fermement, professe et prêche qu’aucun de ceux qui se trouvent en dehors de l’Église catholique, non seulement païens mais encore juifs ou hérétiques et schismatiques ne peuvent devenir participants à la vie éternelle, mais iront dans le feu éternel qui est préparé par le diable et ses anges à moins qu’avant la fin de leur vie ils ne lui aient été agrégés ; elle professe aussi que l’unité du corps de l’Église a un tel pouvoir que les sacrements de l’Église n’ont d’utilité en vue du salut que pour ceux qui demeurent en elle, pour eux seuls jeûnes, aumônes et tous les autres devoirs de la piété et exercices de la milice chrétienne enfantent les récompenses éternelles, et que personne ne peut être sauvé, si grandes que soient ses aumônes, même s’il verse son sang pour le nom du Christ, s’il n’est pas demeuré dans le sein et dans l’unité de l’Église catholique.

Ratzinger (11 mai 2009 – visite en Israël) :

Les premiers pas d’Abraham sur le chemin de la foi, et les pas que nous faisons pour aller ou revenir de la synagogue, de l’église, de la mosquée ou du temple, battent le sentier de notre unique histoire humaine, et ouvrent, au fur et à mesure, la route vers la Jérusalem éternelle (cf. Ap 21, 23).

PRIÈRE  DU PAPE BENOÎT XVI AU MUR OCCIDENTAL DE JÉRUSALEM- Mardi 12 mai 2009

Dieu de toute éternité, au cours de ma visite à Jérusalem, la « Ville de la Paix », patrie spirituelle pour les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans, je te présente les joies, les espérances et les aspirations les épreuves, la souffrance et la peine de tout ton peuple répandu à travers le monde.

Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, entends le cri de l’affligé, de qui a peur, du désespéré ; envoie ta paix sur cette Terre Sainte, sur le Moyen-Orient, sur la famille humaine tout entière ; éveille le cœur de tous ceux qui invoquent ton nom afin qu’ils marchent humblement sur le chemin de la justice et de la compassion.

« Le Seigneur est bon pour qui se tourne vers lui, pour celui qui le recherche » (Lm 3, 25) !

B) Rappel de ce qu’est le “chemin irrévocable” par le rabbin David Rosen

  Ce que les amis du nom de Jésus-Christ cherchent à mettre en place est une religion mondiale dans laquelle chacun apporterait sa pierre à l’édifice pour l’instauration de la paix dans le monde. C’est ce que développe Ratzinger dans nombre de ses discours aux autres religions. C’est le but de la journée à Assise le 27 octobre. C’est ce qu’a rappelé le Rabbin David Rosen, directeur international pour les Affaires interreligieuses du Comité juif américain, lors du rassemblement interreligieux à Munich, organisé par la communauté Sant’Egidio[4] du 11 au 13 septembre 2011. Son discours est important et mérite qu’on le lise avec attention car il met clairement en évidence le but véritable de cet œcuménisme conciliaire : chacun doit conserver sa propre identité (religieuse et culturelle), le dialogue entre les religions étant censé apporter la paix. Le Judaïsme et le Christianisme sont appelés à y jouer des rôles centraux. En réalité, le rabbin Rosen développe ni plus ni moins le noachisme du rabbin Elie Benamozegh.

Table ronde  à Munich sur le thème  “Juifs et chrétiens, du dialogue à l’amitié”

  La transformation des relations entre Juifs et Catholiques a été spectaculaire depuis le concile Vatican II, au point qu’il ne se trouve absolument rien de comparable dans l’histoire de l’humanité.

  Les membres d’une communauté jadis perçue comme condamnée et rejetée de Dieu, coupable de déicide, ennemie de Dieu et de mèche avec le diable, sont maintenant considérés par l’Église, selon la formule du bienheureux pape Jean-Paul II, comme étant nos très chers frères aînés dans la Foi, le peuple de l’ancienne alliance qui n’a jamais été rompue ni révoquée”.

  Le bienheureux Jean-Paul II et le pape Benoît XVI ont tous deux répété que l’Église avait une relation unique avec le Judaïsme et que cette relation ne pouvait se comparer à celle que le christianisme entretient avec les autres religions, car cela concerne les racines mêmes de l’Église. Ils font écho ainsi à la section 4 de Nostra Ætate, qui a réalisé cette révolution.

  Dans un document publié en 1974 pour commenter Nostra Ætate, le Vatican explique longuement cette nouvelle compréhension des relations passées et présentes avec le peuple juif et préconise un processus de dialogue.

  Le Saint-Siège a établi une Commission pontificale pour les relations avec le Judaïsme et a créé de plus – en vue d’un dialogue régulier – une structure officielle connue sous le nom d’International Jewish-Catholic Liaison Committee, qui a célébré son quarantième anniversaire lors d’une réunion tenue cette année à Paris.

  La contribution du bienheureux pape Jean-Paul II à cette journée de réconciliation fut particulièrement remarquable. D’importants documents ont été publiés durant son pontificat dans le cadre de ce processus, et les paroles qu’il prononça alors eurent une portée considérable. Mais ce qui est peut-être le plus important, c’est que Jean-Paul II fut le maître des actes symboliques en la matière.

  Il est probable qu’un message encore plus fort fut envoyé au monde par sa visite à la Grande Synagogue de Rome, en 1986, et par l’établissement de relations diplomatiques entre le Saint-Siège et l’État d’Israël, que facilita son engagement personnel.

  Mais c’est sans doute le pèlerinage du pape en terre sainte qui témoigna le plus de la profonde transformation des relations judéo-chrétiennes.

  Des millions de téléspectateurs ont vu le pape debout et versant des larmes de solidarité avec la souffrance juive à Yad Vashem, le mémorial de l’Holocauste ; ils l’ont vu dans une attitude de prière respectueuse envers la tradition juive au Mur du Temple, où il a placé le texte de la prière qu’il avait composée pour une cérémonie de repentance organisée au Vatican peu de temps auparavant, afin de demander à Dieu le pardon des péchés que la Chrétienté avait commis contre les Juifs à travers les âges. Ce spectacle a eu un impact énorme sur le monde juif et, je crois, sur le monde chrétien également. De cette manière, en effet, le pape a en quelque sorte personnalisé le processus non seulement d’amitié, mais aussi de redécouverte de la fraternité entre les uns et les autres. 

  Avec la création de la commission bilatérale entre le rabbinat d’Israël et le Vatican, fruit du pèlerinage du pape, nous avons vu le dialogue et l’amitié atteindre de nouveaux sommets.

  Cette commission se concentre sur la découverte des valeurs et enseignements profonds que nous partageons dans le respect de nos différences. Ce à quoi elle tend, c’est l’identification de notre message commun pour le bien de l’humanité tout entière.

  Outre l’approfondissement de ce processus, deux tâches considérables nous attendent. La plus rude, mais peut-être aussi la plus essentielle est de mieux faire passer cette transformation auprès des fidèles, voire de certains pasteurs et membres de la hiérarchie auxquels il arrive encore de penser et d’enseigner sous l’influence de l’ancien enseignement du mépris, ou du moins dans son ombre.

  Cette transformation présente une nouveauté historique, car nous avons à dépasser près de deux millénaires d’endoctrination négative.

  En dehors même de la simple ignorance, la théologie de la substitution reste très en vogue, et des facteurs externes tels que le conflit au Proche-Orient servent souvent à éviter ou à empêcher partout l’intégration de la nouvelle théologie dans les esprits et les cœurs des fidèles chrétiens.

  De plus, le pape Benoît XVI et d’autres éminents prélats et théologiens ont fait observer que la portée théologique de Nostra Ætate n’avait pas encore été étudiée en profondeur. 

  Cela m’amène à la deuxième gageure, qui est d’élaborer une théologie sérieuse du partenariat entre Chrétiens et Juifs et une compréhension de la complémentarité de l’autre. Des premiers efforts ont déjà été accomplis dans ce sens.

  Ces derniers ont consisté à percevoir le Judaïsme et le Christianisme comme jouant des rôles complémentaires, c’est-à-dire comme concentrant leur attention, l’un sur l’alliance collective, l’autre sur la relation individuelle avec Dieu, ce qui pourra rendre service à l’humanité entière tout en réalisant un équilibre entre l’un et l’autre.

  On a vu également cette relation complémentaire dans le fait qu’il nous faut nous rappeler tous les deux que le Royaume des Cieux n’est pas encore totalement arrivé, non sans nous rendre compte qu’il est déjà enraciné dans l’ici et le maintenant.

  Selon une autre vision de cette complémentarité, le judaïsme apparaît comme une constante mise en garde de la Chrétienté contre les dangers du triomphalisme, alors que le caractère universel du Christianisme peut rendre au judaïsme le service essentiel consistant à le dissuader de dégénérer en un repli sur soi.

  Par opposition à ce que sous-entend le raisonnement ci-dessus, certains estiment que c’est justement l’universalité du christianisme qui est remise en cause par la réalité du pluralisme culturel moderne. L’autonomie collective dont le judaïsme fait preuve peut servir de modèle plus approprié pour une société multiculturelle, alors que le Christianisme peut fournir une meilleure parade contre l’aliénation individualiste du monde moderne.

  De plus, les théologiens aussi bien juifs que catholiques ont écrit sur l’assistance théologique que Juifs et Chrétiens peuvent s’apporter mutuellement pour surmonter les pesanteurs de l’histoire.

  On a signalé aussi que la réconciliation entre Juifs et Chrétiens influençait la société bien au-delà du dialogue bilatéral. Elle représente donc pour les uns et les autres un paradigme universel de réconciliation et devrait les inciter au dialogue, plus spécialement avec l’Islam, voire au-delà de ce dernier, dans le cadre des rencontres inter religieuses.

  En réalité, même l’acceptation généralisée du fait que nos valeurs éthiques et nos responsabilités morales partagées exigent notre coopération et notre collaboration – aujourd’hui plus que jamais, puisque nous avons tous à relever le défi lancé par la culture laïque dominante, qui perçoit toutes les religions comme des minorités – a des incidences théologiques sur nos relations réciproques.

  Le bienheureux pape Jean-Paul II l’a formulé de belle manière en faisant observer que « Les Juifs et les Chrétiens sont appelés (comme enfants d’Abraham) à être une bénédiction pour l’humanité. Pour qu’il en soit ainsi, nous devons d’abord être une bénédiction l’un pour l’autre. » Quelle est donc la portée théologique d’une telle bénédiction mutuelle ?

  Toutes les idées ci-dessus mettent l’accent sur l’ultime défi théologique que nous autres, qui travaillons avec amour à la vigne des relations judéo-chrétiennes, sommes appelés à relever avec une sincérité et une volonté d’approfondissement sans cesse croissantes.

En fait, ces tâches nous imposent d’aller au-delà du dialogue et de l’amitié.

  Comment pouvons-nous comprendre non seulement l’intégrité de l’autre tel qu’il se définit lui-même, mais plus encore le rôle de l’autre dans le plan divin pour l’humanité, de même que nos relations réciproques dans ce cadre-là ?

  Qu’est-ce que Dieu nous dit à ce sujet ? Comment pouvons-nous bénéficier l’un de l’autre ? Comment pouvons-nous devenir vraiment une bénédiction pour l’autre dans le sens le plus profond possible ?

  Le fait d’appartenir à une génération capable de demander et de chercher des réponses à ces questions est une grâce qui confondrait d’émerveillement ceux qui nous ont précédés depuis deux mille ans. Puissions-nous être dignes de ce privilège !

  Le mot d’ordre est clair : Les catholiques doivent jeter à la poubelle la théologie traditionnelle (l’enseignement du mépris) pour adopter les nouveautés (l’enseignement de l’estime) révélées dans Nostra Ætate (document rédigé grâce à l’aide des officines juives mondiales et plus particulièrement du rabbin Heschel comme en témoigne Kaplan dans la biographie “Spiritual Radical” qu’il a consacrée à ce rabbin). Ces nouveautés mèneront in fine à l’instauration du noachisme, “la vraie, l’unique, l’éternelle religion des Gentils et qu’elle a avec celle d’Israël un même fond commun. Ce n’est plus autre chose que le vrai christianisme, c’est-à-dire ce que le christianisme aurait dû être, ce qu’il sera un jour. C’est selon les Juifs, la vraie religion des temps messianiques”[5]

C) La FSSPX, obstacle au “chemin irrévocable”

  Le rapprochement opéré entre l’église conciliaire et la FSSPX met en lumière l’impossible cohabitation théorique entre les tenants de l’enseignement de l’estime et les tenants de l’enseignement du mépris. Ce rapprochement devrait logiquement être voué à l’échec sauf trahison sur les principes (et en premier lieu, la foi) de la part des supérieurs de la FSSPX.

  Pour néanmoins limiter le plus possible toute chance de rapprochement (ou si rapprochement il y avait pour que l’abandon de l’enseignement du mépris soit condition de ce rapprochement), les principales organisations juives mondiales sont montés au créneau pour rappeler au Vatican qu’il fallait choisir : soit l’amitié judéo-chrétienne, symbole d’ouverture, de tolérance et de paix, soit un accord avec la FSSPX, symbole du retour aux heures les plus sombres de notre histoire qui n’est autre en réalité que toute l’histoire du christianisme jusqu’à Vatican II (de l’enseignement de saint Paul, aux conversions effectuées par saint Vincent Ferrier, aux Pères Ratisbonne, ...)

  Ainsi, l’Anti-Defamation League (B’nai B’rith) est directement intervenu par l’intermédiaire de son directeur, Abraham Foxman. Sur leur site internet, l’ADL déclare avoir pour mission de “stopper la diffamation des juifs”, ce qui en ce qui concerne l’église catholique peut se traduire par “stopper l’enseignement du mépris”. L’Anti-Defamation League a été reçue à plusieurs reprises par Jean-Paul II et Benoît XVI en audience au Vatican. Abraham Foxman (décoré de la légion d’honneur par Jacques Chirac) avait lancé une campagne mondiale contre le film de Mel GibsonLa Passion”.

Audience de l’Anti Defamation League au Vatican, Novembre 2006. À l’arrière plan se situe Abraham Foxman.

L’ADL presse le Vatican de faire en sorte qu’une secte anti-judaïque

accepte les enseignements de Vatican II avant d’être réadmise dans l’Église

(traduit du site Internet de l’Anti-Defamation League)[6]

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  New York, NY, 16 septembre 2011 – l’Anti-Defamation League (ADL) presse le Vatican de faire en sorte qu’une secte catholique enseignant l’antijudaïsme soit tenue d’accepter les enseignements officiels de l’Église sur les Juifs et le Judaïsme avant de pouvoir être pleinement réintégrée à l’Église catholique romaine.

  Le Vatican a annoncé au début de la semaine que pour pouvoir se réconcilier pleinement avec l’Église, la Fraternité Saint-Pie X devait accepter certains enseignements essentiels de l’Église, mais ces derniers n’ont pas été précisés.

  Les comptes rendus de presse et les communiqués du Vatican n’indiquent pas clairement si parmi ces récentes exigences figure l’acceptation des réformes mémorables du deuxième concile du Vatican ainsi que des enseignements ultérieurs de ce dernier, qui ont renversé près de deux mille ans d’antisémitisme ecclésial, rejeté l’accusation de déicide pesant sur les Juifs et appelé à des relations interreligieuses positives fondées sur le respect mutuel. 

  Abraham H. Foxman, Directeur national de l’ADL et survivant de l’Holocauste, a publié le communiqué suivant :

  « Nous sommes certains que le Pape Benoît XVI continuera d’exiger que la Fraternité Saint-Pie X, connue pour entretenir des croyances antisémites et antijudaïques, accepte publiquement les enseignements positifs de l’Église sur les Juifs et le Judaïsme, qui datent du deuxième concile du Vatican (1965), avant de pouvoir se réintégrer pleinement au sein de l’Église catholique romaine.

  « Il serait impensable que l’on permette à une secte schismatique catholique comprenant l’évêque Richard Williamson – négateur de l’Holocauste – de se réintégrer à l’Église alors qu’on l’autoriserait toujours à promouvoir l’antisémitisme et l’antijudaïsme comme elle le fait depuis des années dans ses enseignements et sur son site Internet.

  « Nous croyons en la promesse que le Pape Benoît nous a faite à notre rencontre de 2007, lorsqu’il nous a assuré qu’il ferait front à nos côtés contre toutes les formes d’antisémitisme. »

  De même le rabbin David Rosen avait exprimé son inquiétude à propos de cet éventuel rapprochement : “Si Nostra Ætate et Lumen Gentium ne sont pas considérés comme la doctrine fondamentale de l’Église et qu’il est possible de les discuter sans remettre en question l’autorité de l’Église, alors nous (et pas seulement les relations judéo-chrétiennes) allons entrer dans des temps difficiles.”

D) Mgr Williamson, l’obstacle insurmontable au “chemin irrévocable”

  Il est inutile de rappeler en détail l’émoi qu’avait suscité la levée de l’excommunication de Mgr Williamson alors que ce dernier venait de tenir en Allemagne des propos controversés sur la seconde guerre mondiale. Ceci avait néanmoins permis de constater deux choses :

-          que les évêques conciliaires du monde entier attachaient plus d’importance à un point de détail de l’histoire qu’à la préservation du dogme catholique... montrant ainsi bien que la “religion de la Shoah” est une des clés principales pour comprendre la falsification de la doctrine traditionnelle entreprise par l’église conciliaire.

-          La pusillanimité des autorités de la FSSPX qui imposèrent le silence à l’évêque anglais.

 
  Depuis cet épisode, le supérieur de la FSSPX, Mgr Fellay, a continué le processus de rapprochement avec l’église conciliaire. Mgr Williamson ne s’est pas privé dans sa lettre hebdomadaire “Eleison Comments” de critiquer ce rapprochement, concluant qu’il ne pourrait y avoir d’accord entre la Rome moderniste apostate et la FSSPX.[7]

  Récemment, à Albano en Italie, la FSSPX a convoqué une réunion de ses responsables pour étudier le dernier document remis par Rome. Une absence de taille était visible sur la photo de groupe : celle de Mgr Williamson.

Responsables de la FSSPX, à Albano, 7 Octobre 2011. (copyright La Porte Latine)

  Cette absence trouve facilement son explication dans la lettre surréaliste adressée par Mgr Fellay à Mgr Williamson. Cette lettre – en anglais – fut mise en ligne par le blog de Maurice Pinay[8]. Mgr Williamson a lui-même reconnu l’authenticité de cette lettre.

Lettre de Mgr Fellay à Mgr Williamson

            Le 23 septembre 2011

            Excellence,

            Je serais heureux de vous recevoir à la réunion des supérieurs de la FSSPX qui se tiendra à Albano début octobre, sachant que la nature et la composition de cette réunion ont été quelque peu modifiées en raison des événements actuels. Je serais heureux également de vous adresser un texte de Rome auquel nos interlocuteurs souhaitent que nous répondions. Je me trouve néanmoins dans l’obligation d’attacher des conditions à chacun de ces points.

            En ce qui concerne tout d’abord le texte en question, je vous demande de prêter par écrit le serment que vous ne le communiquerez à personne, pas plus que son contenu. Vous avez trop souvent manqué de discrétion par le passé, et c’est pourquoi je suis contraint de vous soumettre à une telle procédure, ce qu’il me coûte d’avoir à faire.

            En ce qui concerne ensuite la réunion d’Albano, je ne puis vous y inviter que si vous cessez de publier vos « Commentaires Eleison ». L’ordre motivé vous en a été donné à plusieurs reprises. Or, vous avez considéré que pour les besoins de la prédication et de la défense de la Foi, vous n’aviez pas besoin d’y prêter attention, sous prétexte que nul n’a autorité pour empêcher un évêque de prêcher et de défendre la Foi comme il en a le devoir. Mais une telle prédication et une telle défense de la Foi s’insèrent dans des circonstances concrètes qui peuvent fort bien amener les supérieurs à intervenir. Du reste, aucun autre évêque de la FSSPX ne publie de lettre circulaire, et aucun autre ne se considère pour autant comme empêché de s’exprimer.

            En outre, les conséquences de votre attitude nuisent à la FSSPX : vous distillez la méfiance vis-à-vis de la hiérarchie et du Supérieur général de la Fraternité, et vous ne pouvez vous empêcher de communiquer ce sentiment à votre entourage. Aucune révolution ne saurait mieux miner l’autorité… et cela, vous le faites au nom d’une prétendue trahison éventuelle de la part du Supérieur général… C’est très grave.

            Surtout lorsque plusieurs signes montrent que votre action ne se borne pas à la théorie :

1.                  À un prêtre argentin du Novus Ordo qui sollicite votre avis, vous recommandez de pas entrer dans la FSSPX.

2.                  À un laïc américain, vous écrivez que l’apostasie du courant majoritaire de l’Église est plus avancée que celle de la FSSPX. Comment pouvez-vous écrire de telles choses – aussi fausses qu’injustes – contre la Fraternité dont vous êtes toujours membre ?

3.                  Il existe au sein de la FSSPX un réseau d’infiltrés anglo-saxons qui se préparent à faire sécession. Vous êtes mis en avant comme le chef de ce mouvement, vous êtes l’ami de ses meneurs et vous jouez leur jeu.

            Et vous venez nous dire que nous parlons un double langage ! Quant à l’unité de la FSSPX, celui qui la compromet le plus, c’est vous, Excellence ! Toujours au nom de la défense de la Foi. En un moment aussi grave que celui de la confrontation actuelle entre nous et le Saint-Siège, dont l’issue sera décisive pour notre avenir et non sans conséquences pour l’Église entière, je vous demande donc une fois de plus de garder le silence jusqu’à nouvel ordre. Si vous deviez refuser de tenir compte de cette directive, cela entraînerait l’annulation de votre invitation à la réunion d’Albano et la mise en route de la procédure canonique conduisant à votre exclusion de la FSSPX. J’attends donc votre réponse.

            Tout cela est extrêmement triste et n’a rien à voir avec la confrontation susmentionnée, quoi que vous puissiez en penser. La perte d’un de nos évêques est l’une des pires choses qui pourraient arriver à la Fraternité. Il dépend entièrement de vous d’épargner un tel malheur à cette dernière. Veuillez croire, Excellence, à mes ferventes prières au Sacré-Cœur de Jésus.

Mgr Fellay

  La réponse de Mgr Williamson à Mgr Fellay fut cinglante. Non seulement, il passa outre l’ordre de son supérieur qui lui intimait de cesser sa lettre hebdomadaire (sous les arguments spécieux du “respect à l’autorité”, des “circonstances actuelles”, du “fait que les trois autres évêques ne publient pas de lettres”, ...) mais il balança une nouvelle bombe artisanale dans le landernau médiatique. En effet quoi de mieux que de parler de la doctrine traditionnelle sur le déicide des juifs pour déclencher les réactions indignées des associations juives et de leurs alliés conciliaires. Comme sabotage du processus de ralliement entre la FSSPX et l’église conciliaire, on ne pouvait faire mieux[9]...  Auparavant, le 1er octobre, Mgr Williamson avait publiquement remis en cause la version officielle des attentats du 11 septembre, alimentant ainsi sa réputation de personnage sulfureux.

Mgr Fellay et Mgr Williamson

  Mgr Williamson - Commentaire Eleison -  L’orgueil des ancêtres -  15 octobre 2011

  Au deuxième volume de sa vie de Jésus publié au début de l’année, le Pape Benoît XVI s’est exprimé sur la mort de Jésus de façon à permettre aux journalistes de conclure hâtivement qu’il ne faut plus imputer aux juifs la responsabilité du déicide, c’est-à-dire d’avoir mis à mort Dieu. Pire encore, le 17 mai le directeur exécutif du Secrétariat pour les Affaires Œcuméniques et Interreligieuses de la Conférence Épiscopale des États-Unis a affirmé qu’à aucun moment de l’histoire on ne peut accuser les juifs de déicide sans se mettre hors de la communion de l’Église catholique. À l’encontre de ce que beaucoup de gens veulent croire aujourd’hui, il est temps de rappeler, même brièvement, ce qu’enseignait toujours l’Église sur le meurtre judiciaire de Jésus.

  D’abord le meurtre de Jésus fut vraiment un « déicide », c’est-à-dire meurtre de Dieu, parce que Jésus fut une des trois Personnes divines qui outre sa nature divine avait assumé une nature humaine. Qu’est-ce qui fut tué sur la Croix ? Seulement la nature humaine. Mais qui fut tué sur la Croix dans sa nature humaine ? Personne d’autre que la deuxième Personne divine, c’est-à-dire Dieu. Donc c’est bien Dieu qui a été tue, autrement dit, c’est le déicide qui a eu lieu.

  Ensuite Jésus est mort en croix pour nous sauver tous, tous les hommes pécheurs, de nos péchés, et dans ce sens-ci il est vrai que tous les hommes furent et sont le but de sa mort. Mais uniquement les juifs (chefs et peuple) ont été les principaux agents du déicide parce que dans les Évangiles il saute aux yeux que le non-juif le plus impliqué, Ponce Pilate, n’aurait jamais condamné à mort Jésus si les chefs juifs n’avaient d’abord incité le peuple juif à réclamer sa mise en croix (Mt. XXVII, 20). Certes, les chefs éduqués étaient plus coupables que le peuple ignorant, dit St. Thomas (Somme III, 47, 5), mais tous ensemble ils ont hurlé pour que le sang de Jésus descende sur eux et sur leurs enfants (Mt.XXVII, 25).

  En troisième lieu, le Pape Léon XIII au moins a estimé qu’il y a une vraie solidarité entre les juifs qui ont crié pour que Jésus meure et la collectivité des juifs des temps modernes. Dans son Acte de Consécration de la Race Humaine, n’a-t-il pas imposé à l’Église universelle à partir de la fin du 19me siècle de prier Dieu pour qu’il regarde enfin avec miséricorde « les enfants de ce peuple qui fut jadis votre préféré ; que sur eux aussi descende, mais aujourd’hui en baptême de vie et de Rédemption, le sang qu’autrefois ils appelaient sur leurs têtes. » ?

  Mais Léon XIII est loin d’être le seul à avoir relevé cette solidarité entre les juifs de tous les temps. Aujourd’hui ne réclament-ils pas eux-mêmes la terre de Palestine en faisant valoir que c’est le Dieu de l’Ancien Testament qui la leur a donnée ? De tous les temps y a-t-il jamais eu sur la face de la terre une race-peuple-nation plus orgueilleuse de son identité à travers les siècles ? Élevés à l’origine par Dieu pour servir de crèche à son Messie, lorsqu’il est venu, hélas, ils ont refusé collectivement de le reconnaître. Collectivement aussi, ce qui veut dire qu’il y a toujours de nobles exceptions, ils sont restés fidèles à ce refus, en sorte qu’ils ont changé de religion. Celle d’Abraham, de Moïse et de l’Ancien Testament ils l’ont remplacée par celle d’Anne, de Caïphe et du Talmud. Tragiquement, c’est leur formation messianique même aux mains de Dieu qu’ils tordent pour rejeter sans cesse celui qu’ils tiennent pour un faux messie. L’Église a toujours enseigné qu’à la fin du monde ils se convertiront (cf. Rom. XI, 26-27), mais d’ici là il semble fatal qu’ils continueront d’agir, collectivement, en ennemis du vrai Messie.

  Comment le Pape peut-il subvertir des vérités si anciennes ?

  Kyrie eleison.

  La réaction des associations juives ne s’est pas fait attendre. La Conférence des rabbins d’Europe (basée à Bruxelles) a demandé à Benoît XVI de condamner clairement les derniers propos de Mgr Williamson. Elle lance “un appel à l’Église pour qu’elle suspende les négociations avec les catholiques de tendance extrémiste jusqu’à qu’il soit clair que ces groupes montrent un réel engagement à supprimer l’antisémitisme à l’intérieur de leurs rangs.”[10] Abraham Foxman de l’Anti Defamation League est lui aussi intervenu[11], déclarant tout de go que la FSSPX n’avait pas sa place dans l’Église :

L’Anti-Defamation League (ADL) a appelé aujourd’hui le Vatican à publiquement rejeter les propos antisémites de Mgr Richard Williamson, un membre d’un groupe catholique schismatique, la FSSPX, dans lesquels il déclare que les Juifs sont responsables de la mort de Jésus.

“Les remarques de Mgr Williamson sont une preuve de plus que la FSSPX n’a pas sa place dans l’Église officielle” dit Abraham Foxman, directeur national de l’ADL. “Il est difficile pour nous d’imaginer comment une congrégation qui n’accepte pas les enseignements fondamentaux de l’Église contre l’antisémitisme en promeut les habituels poncifs anti-juifs puisse être réintégrée dans l’Église.”

Dans sa lettre sur son blog, Mgr Williamson, un négateur reconnu de l’Holocauste et un membre de ce groupe schismatique, a écrit que “la véritable Église” a toujours enseigné que la “mort de Jésus était un vrai déicide” et qu’il y avait une “réelle solidarité entre les juifs du temps de Jésus qui demandaient sa mort et l’ensemble des Juifs des temps modernes”. S’adressant directement au pape Benoît XVI, Mgr Williamson conclut sur son blog en demandant : “Comment le Pape peut-il subvertir des vérités si anciennes ?

The ancient charge of deicide against the Jewish people -- which was repudiated by the Roman Catholic Church at the Second Vatican Council in 1965 -- was the source of nearly 2,000 years of church based anti-Semitism.

Cette accusation ancienne du déicide contre le peuple juif – qui fut supprimée par l’Église Catholique durant le Concile Vatican II en 1965 – fut la source de presque 2000 ans d’antisémitisme basé sur la doctrine de l’Église.

Le Vatican a récemment eu des conversations avec la FSSPX pour déterminer si leur réconciliation avec l’Église est possible.

  Le Congrès Juif Mondial y est lui aussi allé de sa condamnation[12] et de son appel au pape. Par la voie de son secrétaire général, Maram Stern, le Congrès Juif Mondial a déclaré :

“La semaine dernière, les catholiques ont du faire face à une autre sortie méprisable de l’évêque Richard Williamson dont le but est de faire avorter la réconciliation judéo-chrétienne et de redonner vie à des poncifs antisémites tels que le déicide des Juifs. C’est un rappel qu’il y a encore beaucoup de clercs qui s’opposent de façon véhémente et active à saper le dialogue et la réconciliation entre les Catholiques et les Juifs”.

“Malheureusement, des groupes dissidents catholiques comme la FSSPX de Williamson continuent de défendre et de propager les enseignements médiévaux anti-juifs. Il est important cependant de ne pas mettre en danger l’énorme réussite du dialogue judéo-chrétien de ces dernières décennies par laisser des prêcheurs de la haine rentrer par la petite porte. Certainement, les antisémites notoires tels que Mgr Williamson ne doivent pas avoir de place dans l’Église Catholique”.

Maram Stern et Benoît XVI en 2010

  Maram Stern, qui était le représentant du Congrès Juif Mondial à Assise, déclare que les Juifs du monde entier reconnaissent que Benoît XVI, comme son prédécesseur Jean-Paul II, “est sincèrement engagé à consolider le dialogue inter religieux”. Stern demande au Pape de réitérer les déclarations qu’il a faites récemment cette année dans son livre sur Jésus et d’en faire un article de foi pour tout l’Église.

  Maram Stern fait écho au livre “La lumière du monde” recueillant les conversations entre Benoît XVI et l’écrivain, journaliste allemand Peter Seewald, et publié en novembre 2010. Voici ce que l’on peut y lire, concernant la prière du Vendredi Saint envers les Juifs :

  Quoiqu’il en soit, à ce point, dans l’ancienne liturgie aussi, il m’a semblé qu’un changement était nécessaire. En effet, la formule était telle qu’elle pouvait blesser vraiment les Juifs, et n’exprimait certainement pas d’une manière positive la grande, profonde unité entre l’Ancien et le Nouveau Testament.

  C’est pourquoi j’ai pensé que dans l’ancienne liturgie une modification était nécessaire, en particulier, comme je l’ai dit, en référence à notre rapport avec nos amis juifs. Je l’ai changé de telle sorte qu’y figurât notre foi, que le Christ est le salut pour tous. Qu’il n’y a pas deux voies de salut et, par conséquent que le Christ est aussi le Sauveur des Juifs, et pas seulement des païens. Mais aussi de manière qu’on ne prie pas directement pour la conversion des juifs dans un sens missionnaire, mais pour que le Seigneur hâte le moment de l’histoire où nous serons tous unis. Pour cette raison, les arguments utilisés par un certain nombre de théologiens polémiquement contre moi sont irresponsable et ne rendent pas justice à ce qui a été fait.

  L’intention et la signification de la prière traditionnelle était parfaitement claire : les Catholiques prient pour la conversion des Juifs ici et maintenant. Le passage de l’Épître aux Romains (11, 25-26) repris dans la nouvelle prière de Ratzinger concerne avec un mystère prophétisé qui prendre place dans le futur, à la fin des temps. La signification de la nouvelle prière semble être donc que nous devons prier pour que la fin des temps arrive plus rapidement pour que les Juifs se convertissent sans en même temps avoir besoin du Christ. Ceci n’a jamais été la position de l’Église. L’Église a toujours cherché la conversion des Juifs et ne s’est jamais contenté d’attendre la fin des temps.

  D’autres propos[13] de Benoît XVI dans ce livre concordent avec ceux tenus par Gregory Baum (juif converti, prêtre, peritus et assistant du Cardinal Bea durant le Concile Vatican II) qui lors d’une conférence devant les B’nai B’rith en 1974[14] avait déclaré : “Après Auschwitz, les Églises ne souhaitent plus la conversion des Juifs”.

  Benoît XVI ayant à de nombreuses reprises confirmer que le nouveau chemin pris par l’Église en ce qui concerne les relations entre le Judaïsme et l’Église était irréversible et devant l’exigence des organisations juives à ne pas voir Mgr Williamson (symbole de l’enseignement du mépris) réintégrer l’Église, un accord entre la Rome moderniste et la FSSPX ne pourra se faire que si Mgr Fellay expulse Mgr Williamson de la FSSPX. Étant donné les derniers thèmes abordés par l’ex-anglican dans sa lettre hebdomadaire, il n’est pas douteux de penser que Mgr Williamson pousse à son expulsion[15].

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Aucun copyright.



[1] Conversion d’un pape ? Conversion à quoi ? Soit il est catholique soit il ne l’est pas. Si il l’est, à quoi le convertir ? S’il ne l’est pas, comment peut-il être pape ? On touche là à une des graves erreurs enseignées par la FSSPX qui consiste à dire qu’un hérétique ou qu’un non-catholique pourrait être pape.

[2] “Ce qui jettera plus de jour encore sur ces doctrines des modernistes, c'est leur conduite, qui y est pleinement conséquente. À les entendre, à les lire, on serait tenté de croire qu'ils tombent en contradiction avec eux-mêmes, qu'ils sont oscillants et incertains. Loin de là : tout est pesé, tout est voulu chez eux, mais à la lumière de ce principe que la foi et la science sont l'une à l'autre étrangères.

Telle page de leur ouvrage pourrait être signée par un catholique : tournez la page, vous croyez lire un rationaliste.

Écrivent-ils histoire : nulle mention de la divinité de Jésus-Christ : montent-ils dans la chaire sacrée, ils la proclament hautement.

Historiens, ils dédaignent Pères et Conciles : catéchistes, ils les citent avec honneur. ”

[3] Commentaires inspirés par le site http://mauricepinay.blogspot.com/

[4] http://resistance-catholique.org/articles_html/2011/10/RC_2011-10-07_Monseigneur_nous-ne-voulons-pas-de-cette-paix-!.html

[5] Elie Benamozegh cité par Aimé Pallière dans  “le sanctuaire inconnu, ma conversion au judaïsme.”

[6] http://www.adl.org/PresRele/VaticanJewish_96/6117_62.htm

[7] Nous ne débattrons pas ici des contradictions (volontaires ?) de Mgr Williamson sur la “Rome apostate” qu’il considère néanmoins comme l’Église catholique.

[8] http://mauricepinay.blogspot.com/ Maurice Pinay est un pseudonyme utilisé par un groupe de théologiens catholiques qui publia un livre volumineux intitulé “Le Complot contre l’Église” durant le Concile Vatican II. Ce livre défendait la doctrine traditionnelle de l’Église sur le judaïsme face aux attaques des modernistes.

[9] L’artiste Dieudonné parlerait ici d’une ”quenelle de 250”.

[10] http://www.jta.org/news/article/2011/10/19/3089896/controversial-catholic-bishop-makes-new-anti-semitic-remarks

[11] http://www.adl.org/PresRele/ASInt_13/6142_13.htm

[12]http://www.worldjewishcongress.org/en/news/10813/world_jewish_congress_urges_rome_to_sideline_opponents_of_catholic_jewish_reconciliation

[13] “Je dois dire que dès le premier jour de mes études de théologie, la profonde unité entre l'Ancien et du Nouveau Testament, entre les deux parties de notre Sainte Écriture, m'est apparue d'une certaine façon très claire. J'avais réalisé que nous ne pouvions lire le Nouveau Testament qu'en même temps que ce qui l'avait précédé, sinon nous n'aurions pas compris. Ensuite, naturellement, ce qui s'est passé sous le Troisième Reich nous a frappés comme Allemands et nous a poussés d'autant plus à regarder le peuple d'Israël avec humilité, honte et amour.”

[14] http://mauricepinay.blogspot.com/2009/04/auschwitz-beginning-of-new-era.html

[15] D’aucun y voit alors Mgr Williamson prendre la direction des catholiques qui s’opposeraient au ralliement de la FSSPX. Le site internet Virgo-Maria a soulevé de nombreux points qui rendent cet évêque suspect.