SERVIAM 

Lettre d’informations sur les relations entre l’église conciliaire et le judaïsme.                                                           

Enfin il leur envoya son fils, en disant, ils respecteront mon fils. Mais quand les vignerons virent le fils, ils se dirent entre eux : Voici l’héritier; venez, tuons-le et nous aurons son héritage.(S. Matthieu, Chap. XXI, 37-38)


 Numéro 27                                          Parution irrégulière                                   2 Avril 2010

Vendredi Saint :

Quelques propos sur la prière pour les Juifs

L’auteur anonyme du livre “Le salut pour les Juifs” (1907) écrivait à propos de la prière du Vendredi Saint pour les Juifs :

Il est une prière qui, chaque année, comme une flèche victorieuse, se dirige vers le ciel pour convertir les Juifs. C’est celle que l’Église adresse pour eux à chaque Vendredi Saint. Oh ! que le jour est bien choisi de prier pour les bourreaux au jour anniversaire de la mort de la divine victime.

Écoutons et répétons cette prière. L’Église chante les paroles qui suivent : “Prions aussi pour les perfides juifs, afin que Dieu notre Seigneur enlève le voile de leurs cœurs et qu’ils reconnaissent Jésus-Christ Notre Seigneur”. Et à voix basse elle ajoute : “Dieu tout-puissant et éternel, qui, par votre miséricorde, ne repoussez pas la perfidie juive, exaucez les prières que nous vous adressons pour que cesse l’aveuglement de ce peuple, afin que, reconnaissant la lumière de votre vérité qui est Jésus-Christ, ils soient retirés de leurs ténèbres”.

Ne trouvez pas trop dure l’expression dont se sert l’Église en priant pour vous. Elle traite de perfidie votre conduite à l’égard de son divin Époux et le mot perfidie signifie déloyauté et trahison ; il y a eu de la perfidie dans les questions que vous lui adressiez pendant sa vie mortelle. Vous vouliez le trahir en lui demandant s’il fallait payer le tribut à César ; vous vouliez l’embarrasser dans les réponses qu’il avait à vous faire ; vous vouliez le compromettre en lui demandant un miracle, et vous lui reprochiez d’en faire le jour du Sabbat. Mais partout et toujours il vous répondait victorieusement, il vous confondait et vous réduisait au silence. Vous avez été perfides dans le procès que vous lui avez intenté ; vous avez soulevé de faux témoignages, vous avez extorqué sa condamnation, et après sa résurrection vous avez soudoyé à prix d’argent les soldats gardiens de son tombeau pour répandre un mensonge qui court encore dans votre nation dispersée dans tous les coins du monde.

L’Église qui est la vérité même emploie donc une expression juste et véritable en demandant le pardon de votre perfidie. Mais elle vous aime jusqu’au milieu de son deuil ; en l’anniversaire de cette mort cruelle, inique, injuste et déloyale, elle prie pour votre conversion et la conquête de vos âmes.

Au jour de votre conversion, vous aurez cette Église pour mère de la terre avec cette autre mère du ciel qui est la mère de Jésus et que Jésus vous donna en la personne de saint Jean ; vous aurez deux mères comme Moïse, votre chef et votre conducteur, les eut à sa naissance : une mère adoptive, la fille de Pharaon qui le recueillit en le sauvant des eaux, et sa véritable mère qui fut appelée pour l’élever et le nourrir dans le palais du roi de l’Égypte.

Dans les bras de ces deux mères, pouvez-vous douter de conquérir la terre promise ? (pages 273 et 274)

Voici le texte latin traditionnel de la prière du Vendredi Saint pour les Juifs :

« Oremus et pro perfidis Judaeis : Ut Deus et Dominus noster auferat velamen de cordibus eorum ut et ipsi agnoscent Jesum Christum Dominum nostrum.

Non respondetur Amen, nec dicitur Oremus aut Flectamus genua, aut Levate, sed statim dicitur :

 Omnipotens sempiterne Deus qui etiam judaicam perfidiam a tua misericordia non repellis ; exaudi preces nostras quas pro illius populi obcaecatione deferimus, ut agnita veritatis tuae luce quae Christus est, a suis tenebris eruantur. Per eumdem Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia saecula saeculorum. Amen. »

Dès la fin des années 1940, des attaques se portèrent sur cette prière et principalement sur les mots “perfidis” et “perfidiam”. Jules Isaac, dans son livre “Genèse de l’Antisémitisme” (1956), écrit :

“C’est un problème singulièrement obscur que celui de la prière pro Judaeis du vendredi saint, plus obscurci qu’éclairé par la surabondance des gloses et controverses.” Dans une note en bas de page, il précise : “Les deux principaux articles sur la question sont, de Erik Peterson, Perfidia Judaïca, dans Ephemerides Liturgicae, 1936, t. 50, p. 296-311, et de l’abbé J.-M. Oesterreicher, Pro Perfidis Judaeis, paru en 1947 à la fois dans la revue américaine Theological Studies et dans la revue française Cahiers Sioniens, p. 85-101. À compléter, quant au sens de Perfidia, par l’article de B. Blumenkranz, dans Archivium Latinitatis medii Aevi (Bull. du Cange), t. XXII, 1952”. (page 296)

L’abbé Oesterreicher, d’origine juive, dans l’article des Cahiers Sioniens cité par Jules Isaac, milite pour :

-          que l’Église modifie l’expression perfidia Judaica.

-          que l’Église rétablisse l’ancien rite pour l’Oraison du Vendredi Saint (à savoir la réintroduction de la génuflexion)

-          que la traduction vernaculaire du mot perfidia soit “incrédulité”.

Cependant, il ajoute également : “Je voudrais à ce sujet risquer une opinion. Il est très peu probable que l’Église veuille modifier l’expression perfidia Judaica.”

Aimé-Georges Martimort rapporte : “Le 28 mai 1948 fut nommée officiellement par Pie XII la Commission pour la réforme liturgique. M. Bugnini en fut désigné secrétaire, à l'initiative, je crois, du P. Ferdinand Antonelli, franciscain, Relator de la Section historique ; le P. Agostino Bea y assurait la liaison avec Pie XII dont il était le confesseur.”[1] Cette commission eut à traiter la réforme du rituel du Vendredi saint (1951) puis de la Semaine sainte (1955). À la suite de ses travaux, la liturgie connut une première transformation en 1955. En 1955, la génuflexion fut rétablie. En 1959, Jean XXIII supprima les termes incriminés, perfidis et perfidiam, à l’occasion du premier Vendredi saint qui suivit son élection au pontificat.

En 1954, le Père Démann, juif converti, et directeur des Cahiers Sioniens, écrivait :

Tel semble bien être le sens de la Déclaration publiée en 1948 par la Sacrée Congrégation des Rites d’après laquelle : “Dans les traductions faites dans les langues modernes, les expressions signifiant infidélité, infidèles en matière de foi ne sont pas à réprouver”; sans que cette déclaration puisse être invoquée pour trancher la question de la traduction historiquement exacte du texte.

Dans ces conditions, pouvait-on s’attendre à une modification du texte liturgique lui-même ? En 1947, l’abbé J. M. Oesterreicher écrivait encore : “Il est très peu probable que l’Église veuille modifier l’expression perfidia Judaica” (Pro perfidis judaeis, dans Cahiers Sioniens, n. 2, 1947, p. 98.) Mais depuis lors, on a beaucoup parlé de la réforme de la liturgie de la Semaine Sainte...

[...]

Ces brèves remarques, qui n’entendent évidemment pas trancher la question, semblent, dans leur ordre, très pertinentes. Néanmoins, on ne pourrait que se réjouir si, en raison des malentendus tenaces que les formules en cause ont engendrés et risquent d’entretenir, la Congrégation des Rites décidait de les modifier, passant outre aux raisons philologiques et historiques qui, en soi, pourraient justifier le maintien de la formule traditionnelle. Ce qu’on doit cependant souhaiter, dans ce cas, c’est que la nouvelle formule soit l’expression non seulement du désir de ménager les susceptibilités et d’éviter les malentendus, mais en même temps d’une intelligence plus juste de la destinée du peuple juif. (Cahiers Sioniens, n. 1, 1954, pp. 65-67)

Notons au passage, que le Père Démann cite le dominicain Dom Bernard Botte, fossoyeur du rite des sacres épiscopaux,  pour étayer ses propos.

Il est tout de même assez extraordinaire de voir que le Père Démann accuse l’Église d’avoir promulgué des formules engendrant des “malentendus tenaces” et manquant d’ “intelligence sur la destinée du peuple juif”.

Toutes ces menées des ennemis de l’Église aboutiront à la modification de la prière du Vendredi Saint pour les Juifs. Voici la présentation qu’en fait le franc-maçon Bugnini  (affilié le mardi 23 avril 1963 au Grand Orient d'Italie sous le matricule 1365/75, et sous le nom de code "BUAN") dans l’Osservatore Romano du 19 mars 1965[2] :

Modifications aux oraisons solennelles du Vendredi saint

Dans l'Osservatore Romano du 19 mars 1965, le R. P. Bugnini, secrétaire du Conseil pour l'application de la Constitution sur la liturgie et sous-secrétaire de la congrégation des Rites pour la liturgie, présente ainsi les modifications qui ont été apportées à certaines des oraisons solennelles du Vendredi saint.

Dans le climat œcuménique du deuxième Concile du Vatican, on fait remarquer de divers côtés que certaines expressions des Orationes sollemnes du Vendredi saint sonnent assez mal aux oreilles d'aujourd'hui. C'est pourquoi on a demandé avec insistance s'il n'était pas possible au moins d'atténuer certaines phrases.

Il est toujours dur de devoir toucher à des textes vénérables qui pendant des siècles ont alimenté la piété chrétienne avec tant d'efficacité, et ont encore aujourd'hui le parfum spirituel des temps héroïques de l'Église primitive. Et surtout, il n'est pas facile de retoucher des chefs-d’œuvre littéraires dont la forme et l'expression peuvent difficilement être surpassées. On a malgré tout considéré qu'il était nécessaire d'affronter ce travail, afin que la prière de l'Église ne soit un motif de malaise spirituel pour personne.

Les retouches se sont limitées à ce qui était indispensable. Dans la première oraison, « pour la Sainte Église », on a supprimé la phrase subiciens ei principatus et potestates qui, sans exclure l'inspiration de saint Paul (Col. 2, 15) sur les « puissances angéliques », pourrait prêter à équivoque et faire penser à un rôle temporel de l'Église qui, s'il a été vrai en d'autres temps, est anachronique aujourd'hui.

La septième oraison porte désormais le titre : Pour l'unité des chrétiens (et non « de l'Église », car celle-ci a toujours été une). On n'y parle plus d' « hérétiques » et de « schismatiques », mais de « tous les fidèles qui croient dans le Christ ».

En voici le texte intégral : « Prions pour tous les frères qui croient dans le Christ : Seigneur notre Dieu, fais que, en suivant la vérité, ils soient réunis et fidèles dans ton unique Église. Ô Dieu tout-puissant et éternel, qui réunis et disperses, garde les brebis de ton troupeau, afin que soient unis par le lien de la charité et de l'intégrité dans la foi ceux qui sont consacrés par un seul baptême. »

La huitième oraison est désormais intitulée Pour les Juifs (titre ancien : « Pour la conversion des Juifs »). En voici le texte, qui est entièrement refait : « Prions pour les Juifs. Seigneur notre Dieu, daigne faire resplendir ton visage sur eux, afin qu'eux aussi reconnaissent le Rédempteur de tous, Jésus-Christ Notre-Seigneur. Ô Dieu tout-puissant et éternel qui as fait tes promesses à Abraham et à sa descendance, écoute avec bonté la prière de ton Église, afin que celui qui fut autrefois ton peuple élu puisse parvenir à la plénitude de la rédemption. »

La neuvième oraison est désormais intitulée Pour ceux qui ne croient encore pas au Christ, (titre ancien : « Pour la conversion des infidèles »). En voici le texte : « Prions pour ceux qui ne croient encore pas au Christ, afin que, remplis de la lumière de l'Esprit-Saint, ils puissent entrer eux aussi dans la voie du salut. Ô Dieu tout-puissant et éternel, qui as donné toutes les nations à ton Fils bien-aimé, unis à ton Église les familles de tous les peuples, afin que, en cherchant la lumière de la vérité, ils puissent parvenir à toi, unique et vrai Dieu. »

Les spécialistes ont pensé à mettre en lumière les sources bibliques et liturgiques dont découlent ou s'inspirent les nouveaux textes, lesquels ont été ciselés par les groupes d'étude du Consilium. Disons aussi que bien souvent le travail s'est effectué « avec crainte et tremblement » lorsqu'il s'agissait de sacrifier des expressions et des concepts si chers et auxquels on était familiarisé depuis toujours. Comment par exemple ne pas regretter le ad sanctam matrem Ecclesiam catholicam atque apostolicam revocare dignetur de la septième oraison ? Là encore, en faisant ces sacrifices pénibles, l'Église a été guidée par l'amour des âmes et le désir de tout faire pour faciliter à nos frère séparés le chemin de l'union, en écartant toute pierre qui pourrait constituer ne serait-ce que l'ombre d'un risque d'achoppement ou de déplaisir ; dans la confiance que la prière commune hâtera le jour où toute « la famille de Dieu », réunie « dans l'intégrité de la foi et sous le signe de la charité » pourra chanter d'une seule voix (una voce) et d'un seul cœur l'Alleluia pascal de la résurrection et de la vie.

A. Bugnini.

À l’inverse des modernistes destructeurs qui ne veulent plus convertir les Juifs à la seule arche de salut qu’est l’Église Catholique fondée par Notre Seigneur Jésus-Christ, récitons, en ce vendredi saint, cette prière à la Sainte Vierge pour la conversion des Juifs :

Ô fille d’Israël, tombant à vos genoux,

De votre Fils j’espère apaiser le courroux.

Pour les Juifs aveuglés, par votre cœur de Mère,

Obtenez un rayon de céleste lumière

Qui montre le chemin au peuple retenu

Bien loin de son Sauveur, depuis longtemps venu.

Vous prendrez en pitié ces pauvres âmes juives

Qu’un cruel ennemi retient toujours captives,

Vous les rendrez, enfin dignes d’un meilleur sort.

Sur la croix il priait pour ce peuple perfide,

Et voulait pardonner l’infâme déicide.

De sa conversion obtenez le bienfait,

Et que son repentir efface son forfait.

De ce long châtiment, abrégez la durée,

Qui change aux yeux de tous leur triste destinée.

Ils ont été maudits pour leur funeste erreur,

Qu’ils soient bénis et voient la fin de leurs malheurs.

Qu’ils gardent leurs trésors, mais nous donnent leurs âmes

Que nous voulons remplir de vos célestes flammes.

Les ruses de Satan jamais ne prennent fin,

Et jusqu’au dernier jour l’infernal assassin

Aux enfants d’Abraham déclarera la guerre ;

Car qui peut désarmer l’inexorable colère

De cet ange déchu qui se voit détrôné,

Et qui maudit le Dieu dont il s’est détourné ?

Si de cet ennemi elle est victorieuse

Oh votre nation deviendra glorieuse.

Ouvrez aussi les yeux de leurs savants Docteurs

Qui sont ensevelis dans les mêmes erreurs

Sur la lettre et l’esprit de la Sainte Écriture

Tout en gardant au fond de leurs cœurs la droiture.

Ayez un peu d’égard à leur sincérité,

Car ils sont malheureux dans l’incrédulité !

S’ils connaissaient Jésus, sainte Vierge Marie !

Bientôt vous changeriez les chagrins de la vie

Contre les doux transports de l’éternel bonheur,

Pour ceux qui le servent et d’esprit et de cœur.

Puisqu’ils sont en retard de dix-huit cent années

Procurez-leur enfin les belles destinées

Que promet le Messie à ses meilleurs amis.

Après avoir été ses pires ennemis,

Ô Juifs ! vous qui rêviez l’universel empire,

Le royaume du ciel ne peut-il vous suffire ?

Et quand Jérusalem avec le mont Thabor

Par vous seraient conquis à l’aide de votre or

Qu’en ferez-vous, hélas ! si Dieu dans sa justice

Vous repousse et vous condamne à l’éternel supplice ?

Des jours ensoleillés doivent briller pour vous

Si pour bénir Jésus vous tombez à genoux.

Contact : contact.serviam@gmail.com

Aucun copyright.



[1]Aimé-Georges Martimort,  ”L'histoire de la réforme liturgique à travers le témoignage de Mgr Bugnini”

http://www.sacrosanctum-concilium.org/textes/md/1985/00_00_1985/00_00_1985.php     

[2] http://www.sacrosanctum-concilium.org/textes/dc/1965/603/603.php