SERVIAM 

Lettre d’informations sur les relations entre l’église conciliaire et le judaïsme.                                                           

Enfin il leur envoya son fils, en disant, ils respecteront mon fils. Mais quand les vignerons virent le fils, ils se dirent entre eux : Voici l’héritier; venez, tuons-le et nous aurons son héritage.(S. Matthieu, Chap. XXI, 37-38)


 Numéro 21                                          Parution irrégulière                                   27 Octobre 2009

La revue Sens, Judas des temps modernes

  Sens est une revue mensuelle publiée par l’Amitié Judéo-Chrétienne de France. Olivier Rota et Bruno Charmet nous retracent sa genèse :

  Fondée au cours de l’année 1948, l’Amitié Judéo-Chrétienne (A.J.-C.) s’est dotée d’un organe éponyme dont le premier numéro a été publié en septembre 1948. Émanation, dans un premier temps, de la section parisienne dont elle reflète les orientations, la revue s’ouvre aux sections locales, principalement Lille et Aix-en-Provence, après la crise de l’association en 1955. De périodicité irrégulière jusqu’en 1963, la revue devint trimestrielle au moment du Concile Vatican II et continua sous le nom de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France (A.J.-C.F.) jusqu’en 1974, avant de devenir mensuelle sous sa nouvelle appellation, Sens, depuis 1975.[1]

  Les fondateurs de l’A.J.-C.F.[2] furent Jules Isaac (1877-1963) et Edmond Flegenheimer, dit Edmond Fleg (1874-1963). Jules Isaac, généralement plus connu par les manuels scolaires Malet et Isaac, joua un rôle clé dans l’élaboration de la déclaration conciliaire Nostra Ætate : son livre majeur ”Jésus et Israël”[3] (1946), sa participation à la conférence de Seelisberg (1947) ainsi que ses visites à Pie XII (1949) et à Roncalli-Jean XXIII (1959) en sont les épisodes les plus connus. Moins connu est le fait que Jules Isaac fut lui-même membre de la loge B’naï B’rith.

  Dans les statuts[4] de l’A.J.-C.F., mis à jour en 2007, nous pouvons lire :

Article 2

§ 1 - Cette Fédération a pour tâche essentielle de faire en sorte qu'entre Judaïsme et Christianisme, la connaissance, la compréhension, le respect et l'amitié se substituent aux malentendus séculaires et aux traditions d'hostilité. Elle œuvre non seulement pour que soit éradiqué l'antijudaïsme ancestral, mais aussi pour que Juifs et Chrétiens aident, par une présence civique et spirituelle, la société moderne à s'orienter.

§ 2 - Elle veut, en particulier, par un dialogue fraternel et par une coopération active et amicale, travailler à réparer les iniquités dont les Juifs et le Judaïsme sont victimes depuis des siècles et à en éviter le retour. Elle combat l'antisémitisme, le racisme et toute haine des autres cultures et religions.

§ 3 - Elle exclut de son activité toute tendance au syncrétisme et toute espèce de prosélytisme. Elle ne vise aucunement à une fusion des religions et des Églises. Elle ne réclame de personne aucune abdication ou renoncement à ses croyances ; elle n'exige ni n'exclut aucune appartenance religieuse ou idéologique. Mais elle attend de chacun, dans la conscience de ce qui distingue et de ce qui unit Juifs et Chrétiens, et dans un total respect réciproque, une entière bonne volonté, une totale loyauté d'esprit dans la recherche, l'étude des textes et traditions respectifs, en même temps qu'un rigoureux effort de vérité.

  Tout véritable catholique ne peut qu’avoir le cœur triste en contemplant bon nombre de ses contemporains hors de la seule arche de salut, l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique fondée par Notre Seigneur Jésus-Christ. Ainsi, de tout temps, l’Église envoya de nombreux missionnaires dans le monde entier pour la conversion des âmes. Citons ce passage de la biographie du Père Libermann, célèbre juif converti du XIXième siècle, par M. Dufriche – Desgenettes : ”Toutefois, ces peines extérieures qui affectaient profondément l’âme du bon M. Libermann, l’atteignaient moins douloureusement que les épreuves spirituelles, que les crises et les dangers de toutes ces âmes si chères. Il reportait souvent des regards attristés sur ses autres parents, pauvres brebis errantes, depuis si longtemps sans pasteur. Il fit des efforts pour les atteindre, mais en vain. On jugera des regrets que lui laissaient ces tentatives impuissantes, par ce qui se passa dans une dernière entrevue qu’il eut avec une sœur consanguine, demeurée juive.”[5] On s’étonnerait donc de voir des ”catholiques” prendre part à une association qui ”exclut de son activité toute tendance au syncrétisme et toute espèce de prosélytisme”.

  Néanmoins, nous voyons dans le comité d’honneur de l’A.J.-C.F. apparaître les noms du :

   Y figurait, avant sa mort, le Cardinal Aaron Jean-Marie Lustiger. Chaque ”église” est également représentée dans le comité directeur. Citons également la présence du Grand Rabbin René-Samuel Sirat, du Rabbin Philippe Haddad ou du président du C.R.I.F., le Docteur Richard Prasquier.

  Le comité directeur de l’A.J.-C.F. est présidé par le Pasteur Florence Taubman. A noter que le Grand Rabbin Gilles Bernheim est vice-président d’honneur et que les Père Jean Dujardin et Patrick Desbois sont simples membres de ce comité directeur.

  La revue Sens est dirigée par Yves Chevalier (également membre du comité directeur). Le Père Jean Dujardin fait également partie du comité de rédaction de la revue.

  Le dernier numéro de la revue Sens (9/10 – 2009) a pour titre Un homme nommé Judas”. Sur son site Internet, l’AJCF précise que ”le cœur de ce numéro [est] constitué des actes du colloque organisé par l’AJCF et le B'naï B'rith le 30 novembre 2008.”

SENS, Juifs et Chrétiens dans le monde d'aujourd'hui

Voici la liste des intervenants ainsi que le titre de leurs conférences :

   Ce colloque faisait suite à la publication de l'Évangile de Judas par la National Geographic Society en 2006. L’Évangile de Judas serait issu d’un Codex trouvé dans le désert égyptien en 1978. Ce nouvel Évangile n’est rien de moins qu’une énième escroquerie des ennemis de l’Église, ayant cette fois-ci pour but principal de montrer que l’enseignement bimillénaire de l’Église est faux. Ainsi Judas aurait été en réalité le seul à comprendre le véritable message de Notre Seigneur Jésus-Christ. Il aurait donc trahi Jésus à la demande de ce dernier, ce qui permit à Jésus de faire le sacrifice ultime pour la rédemption du monde. C’est donc un retournement complet de la véritable signification des Évangiles qui fut soumis, à grand renfort médiatique, aux habitants de toute la terre. Ce faux évangile fut néanmoins dénoncé par le Vatican, tant le scandale était grand chez les fidèles. Il n’empêche que la brèche était ouverte. Depuis, de nombreux livres paraissent sur Judas, dans le but de transformer petit à petit l’idée que le catholique a de Judas, le but final étant de réhabiliter Judas. Nous  pouvons voir ici à l’œuvre ”le père du mensonge” (Jn, 8.44). C’est dans cette atmosphère de désinformations et d’attaques contre la doctrine de l’Église que s’inscrit le colloque organisé par l’AFCF.

  Citons, avant de décrypter les interventions de ce colloque, deux extraits, l’un du Pape Pie XI, l’autre de saint Jean Chrysostome :

A ces maux vient mettre un comble soit la mollesse ou la lâcheté de ceux qui - tels les disciples endormis ou fugitifs, chancelant dans leur foi - désertent misérablement le Christ agonisant dans l'angoisse ou entouré par les satellites de Satan, soit la perfidie de ceux qui, à l'exemple du traître Judas, ont l'audace de participer au sacrifice de l'autel de manière sacrilège ou de passer à l'ennemi. On ne peut vraiment pas s'empêcher de penser que les temps prédits par Notre-Seigneur semblent être proches, où, à cause des progrès incessants de l'iniquité, la charité d'un grand nombre se refroidira.[6]

Aujourd'hui, mes frères, Notre-Seigneur Jésus-Christ a été trahi: c'est, en effet, le soir de ce jour que les Juifs le prirent et s'en allèrent. Mais ne vous attristez pas en apprenant que Jésus a été trahi; car ce qui doit vous rendre tristes et vous faire pleurer amèrement, c'est le traître Judas mais non Jésus, sa victime. En effet, celui qui a été trahi a sauvé le monde, le traître a perdu son âme; celui qui a été trahi est assis à la droite du Père dans les cieux, le traître est maintenant dans l'enfer, en proie à des tourments sans fin. Oh ! c'est lui qu'il faut pleurer et plaindre, c'est sur lui qu'il faut verser des larmes, comme Notre-Seigneur lui-même en a versé. Car il nous apprend qu'à sa vue il fut troublé et il dit: un de vous me trahira. (Jean, XIII, 21.)[7]

  Le premier intervenant de ce colloque, Alain Lellouch, est le président de la loge B'naï B'rith Ben Gourion à Paris et membre du bureau du groupe d’AJC de Paris-Ouest. Son intervention sert d’introduction au colloque. Selon Alain Lellouch, l’idée d’un colloque sur Judas revient à Eugène Leiba, ancien président de la loge B'naï B'rith Ben Gourion.

  Je vais donc vous expliquer quel fut le contexte qui donna naissance à cette idée d'un colloque sur Judas. C'était peu après le colloque que l'AJCF et le B'naï B'rith France avaient organisé, dans ces lieux mêmes, en octobre 2006. Cette manifestation commune s'intitulait, vous vous en souvenez peut-être, Judaïsme et Christianisme : un pas vers la reconnaissance mutuelle.

  À la même époque, en juillet 2006, on pouvait lire sur la première de couverture du numéro 18 du Monde des Religions : « Découverte d'un papyrus (copte gnostique apocryphe) du IVème siècle : L'Évangile de Judas : le Christ a-t-il été vraiment trahi ? ». Citons quelques extraits de l'article en page 10, signé de Madeleine Scopello, chercheur au CNRS à Paris IV-Sorbonne : « Judas ou la fidélité absolue. Ainsi, Jésus dit à Judas : "tu les dépasseras tous (entendons les puissances négatives de l'Univers). Car tu sacrifieras l'homme qui me revêt" (56). [...] Ainsi, l'acte de la trahison suprême de Judas à l'égard du Christ est relu [...] comme l'acte de fidélité absolue du disciple le plus aimé en raison de sa capacité de connaissance [...] ».

  Comment cela devenait-il possible ? La réponse est que, et je cite à nouveau Madeleine Scopello : « Jésus, comme tout individu, a un corps de chair [...]. Son retour au monde divin aura lieu après avoir quitté ce carcan provisoire qui lui est fondamentalement étranger. Judas est le moyen par lequel cette libération extrême se réalise. Nous sommes loin, écrivait la chercheuse, de l'acte de trahison en l'échange de quelque argent raconté dans les Évangiles canoniques ». Ainsi donc, dans ce texte gnostique du IVème après l'ère commune, Judas Iscariote, le disciple le plus proche, n'aurait pas trahi mais au contraire « délivré » Jésus... de son enveloppe charnelle...

  Avec Eugène Leiba, nous avions été conviés à une réunion de travail dans les locaux parisiens de l'AJCF, rue de Rome. C'était le moment où Paul Thibaud, précédent président de l'AJCF, et son directeur, Bruno Charmet, avec qui nous travaillons régulièrement depuis 2003, préparaient la semaine de l'AJCF des 12-17 novembre 2007: « Juifs et Chrétiens devant la rupture spirituelle du XXIème siècle ». Je me souviens combien nous étonnâmes alors nos interlocuteurs en leur proposant ce thème de « Judas » comme nouveau thème de collaboration de travail entre notre deux associations, B'naï B'rith Ben Gourion et AJCF.

Quoi, nous demandèrent-ils, ce thème de Judas revêt vraiment encore une quelconque importance aux yeux des Juifs du XXIème siècle ? Nous répondîmes résolument par l'affirmative. Oui, l'image de Judas pose encore problème, même de nos jours, surtout maintenant, depuis 2001, alors qu'en France l'antisémitisme relève la tête et prend de bien multiples formes. L'image de Judas n'est pas neutre. Elle empoisonne encore certains de nos rapports, avec plusieurs malentendus persistants entre Juifs et Chrétiens. Ceci devient clair pour peu qu'on se rappelle de l'histoire, biblique et post-biblique, de Judas et de la façon dont il fut désigné par les premiers Pères de l’Église. [...]

La cause était, dès lors, entendue. Nos amis de l'AJCF n'hésitèrent plus. Les voici convaincus que ce thème peut faire l'objet d'une nouvelle collaboration de travail, contribuant à mieux lutter encore contre l'antisémitisme, en déclinant précisément qui fut, puis comment fut interprété Judas historiquement.

  La personne de Judas est ainsi instrumentalisée par les ennemis de le religion catholique,  affirmant à mots à peine voilés que les Pères de l’Église seraient responsables de l’antisémitisme, reprenant ainsi les calomnies que développait déjà Jules Isaac soixante ans auparavant. Rappelons-le, le véritable problème est la non-reconnaissance par une partie des juifs de la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ : ” Il vint chez lui, et les siens ne l'ont pas reçu.” (Jean, 1.11).

  La première conférence fut donc donnée par Jean-Claude Eslin, philosophe, professeur au Centre Sèvres – Facultés jésuites de Paris, ainsi que membre du comité de rédaction de la revue Esprit, lancée par Emmanuel Mounier, le père du personnalisme. Le titre de sa conférence était : ”Analyse littéraire de quelques passages du Nouveau Testament sur Judas.”

  Avant d’évoquer plus en détail la conférence de Jean-Claude Eslin, rappelons deux points très importants :

  1. L’inspiration divine des Saintes Écritures
  2. L’absence de contradiction entre les quatre Évangiles

  Cela nous est magistralement démontré par l’abbé Glaire dans son ouvrage ”Introduction à l’écriture sainte”. En voici un extrait :

  Montrons maintenant combien sont fausses certaines conséquences que des critiques hardis et téméraires n’ont pas craint de tirer des prétendues contradictions qui se trouvent entre les quatre Évangiles; mais pour que le lecteur ne prenne pas l’échange sur notre véritable sentiment dans cette importante question, nous croyons devoir lui rappeler ce que nous avons déjà dit au commencement de cet appendice; savoir, que les évangélistes ayant tous été favorisés du don de l’inspiration divine dans la composition de leurs ouvrages, secours surnaturel qui leur assure l’infaillibilité, ils n’ont nullement pu se contredire les uns les autres dans leurs écrits; qu’ainsi que toutes les contradictions qui choquent plus ou moins nos adversaires ne sont qu’apparentes; et s’il en est quelques-unes qui semblent tout à fait inconciliables, c’est uniquement parce que nous n’avons pas su découvrir jusqu’ici le véritable moyen de les faire disparaître. Combien de difficultés en ce genre, après avoir longtemps déconcerté toutes les tentatives même les plus consciencieuses, ont fini par céder aux efforts persévérants et à l’examen plus approfondi d’une habile critique ! Si donc, par impossible, on venait à prouver d’une manière solide qu’il se trouve dans les quatre évangiles des contradictions réelles, c’est-à-dire des contradictions telles que tout moyen de les concilier soit démontré jusqu’à l’évidence être d’une impossibilité absolue, la seule conséquence qu’il serait légitimement permis d’en tirer, c’est qu’on pourrait dire que les auteurs n’ont pas écrit sous l’inspiration divine, ou que du moins ils n’ont pas reçu le don de l’infaillibilité;[8]

  Jean-Claude Eslin se propose de faire une ”analyse littéraire” chronologique du Nouveau Testament, en commençant donc par les Épîtres de saint Paul, en poursuivant par les Actes des Apôtres et en finissant par les Évangiles de saint Marc, saint Matthieu, saint Luc et saint Jean. L’Apocalypse de saint Jean n’est pas traitée par Jean-Claude Eslin.

  Voici l’introduction de Jean-Claude Eslin :

Les questions que l'on pose le plus souvent sur Judas, dans la ligne de notre esprit actuel, sont des questions de fait, de psychologie, de motivation, qui supposent que l'on sache des choses sur Judas ; comme si on pouvait reconstituer la psychologie et les motivations de Jésus ou de Judas — problèmes dont justement nous ne savons rien. De telles questions sont sans rapport avec les préoccupations des auteurs du Nouveau Testament. J'en dirai de même de celles que le Moyen Âge se posait sur Judas. Ainsi la question Judas traverse-t-elle les époques ! Il est clair qu'à toutes ces interrogations qui suscitent l'imagination, développées pendant 2000 ans et aujourd'hui encore (outre que le nom Judas est proche du mot juif), les Évangiles et le Nouveau Testament ne peuvent en rien répondre, puisque ce qu'ils veulent dire ne se place en rien à ces points de vue. C'est notre ignorance du caractère des écrits du Nouveau Testament et des Évangiles, de la littérature antique et biblique, qui nous permet ces questions. Ceci est vrai aussi de notre lecture des Confessions d'Augustin, souvent interprétées dans un sens psychologique.

J’essaierai donc seulement d’établir le point de vue du Nouveau Testament et des Évangiles en partant d’une esquisse d’analyse des textes.

  En somme, nous sommes tous des ignorants. Nous ne savons rien des ”motivations” (sic) de Jésus et de Judas. Heureusement, Jean-Claude Eslin va combler notre ”ignorance” en analysant les textes du Nouveau Testament... Voyons donc ce que Jean-Claude Eslin nous apprend sur la personne de Judas dans l’Évangile de saint Matthieu :

  Si j'en restais à l'Évangile de Marc, j'aurais une impression d'équilibre humain et religieux.

  Le fait : Jésus a été livré par Judas, indéniable, est présenté, dans la prédication et le récit, non comme une charge accusatrice, mais comme la présence du mal, de la faillibilité au cœur même du groupe devant incarner le message divin ; la contingence du mal venant des hommes, liée à la nécessité théologique ; l'échange entre la passivité de l'être livré et la trahison amenant une rédemption ; la nécessité du rôle d'un traître dans le récit qui a été mise en lumière par la lecture structurale des récits. Les Écritures comme révélant un dessein divin. Le message est religieux.

  Je ne peux en rester à l'Évangile de Marc.

  Qu'ajoute Matthieu au récit de Marc ?

• La désignation de Judas dans le récit de l'annonce de la trahison, dont j'ai souligné chez Marc le caractère anonyme, change totalement [orientation du récit : en 26, 25 : « Prenant la parole, Judas dit : serait-ce moi ? — Tu l'as dit ! » Le récit ne vise plus à responsabiliser un disciple, mais à désigner un traître.

• Une parole de Jésus après le baiser : « Ami, pour ce que tu viens faire ! » en 26, 50. Jésus explicite lui-même le sens du signe de son arrestation.

  Mais surtout trois épisodes propres à Matthieu changent l'atmosphère du récit de la passion :

• L'initiative des grands prêtres de proposer le salaire de la trahison, les trente pièces d'argent (26, 15). Sorte de développement midrashique selon une citation de Zacharie (11, 12). C'est le prix auquel le berger est estimé par ses ouailles, prix dérisoire, même pas le prix d'un esclave ! Les grands prêtres n'ont pas eu à donner un grand prix pour la vie de Jésus !

• Surtout Matthieu introduit au cœur de l'action, du récit, entre la séance du Sanhédrin et la comparution devant Pilate, un épisode d'accomplissement, hautement émotionnel (27, 3) : Judas, pris de remords (le mot grec ne signifie pas repentir), revient vers les grands prêtres : « J'ai péché en livrant le sang innocent ! » La réponse cynique des grands prêtres et des anciens : « Que nous importe ! À toi de voir ! » suivie d'un geste encore inspiré de Zacharie, 11 : Judas jette l'argent dans le sanctuaire, se retire et va se pendre. Lieu commun, topos nous dit-on, de la mort de l'impie dans la littérature, juive ou grecque. D'accord. Cependant le parallèle avec Pierre se poursuit et s'accentue : l'un pleure et reviendra, l'autre désespère et se pend. D'accord. Mais la suite de l'épisode, ce que les grands prêtres font de l'argent associe argent, champ, Trésor, sang. Le champ du potier devient le champ du sang. Associations littéraires redoutables, qui dépassent le lieu commun sur la mort de l'impie qui concerne Judas, mais chargent les grands prêtres et donc les Juifs.

Cette légende « populaire » de destinée et d'accomplissement scripturaire ne gênerait pas si, littérairement, elle n'était suivie et associée à un autre épisode : Pilate ayant dit : « Je suis innocent du sang de ce juste, à vous de voir ! », tout le peuple ne répondait : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! » (27, 25). Et si Matthieu n'ajoutait encore, troisième ajout, pour attester et confirmer par la négative le tombeau trouvé vide », deux épisodes qui encadrent la résurrection, deux interventions sécuritaires des grands prêtres, l'une avant, demandant à Pilate une garde au tombeau pour éviter le vol du corps, une autre après, pour suggérer le vol du corps par les disciples au prix d'une bonne somme d'argent donnée aux gardes.

  Comme l'Évangile selon Matthieu, écrit pour une communauté chrétienne d'origine juive et en polémique avec le Judaïsme, a été de loin le plus lu durant toute l'histoire chrétienne et dans la liturgie (celui de Marc étant presque ignoré), ces traditions/légendes supplémentaires ne peuvent pas seulement être estimées populaires ; elles ne sont pas innocentes, elles sont antijuives, pernicieusement, et s'inscrivent dans l'accentuation polémique qui caractérise cet évangile. Le récit de Marc, éveillant la responsabilité personnelle, devient ici, en ces passages, récit à charge, suscitant émotion, puis haine pour de nombreux siècles.

    Nous voyons ici Jean-Claude Eslin :

  1. qualifier de ”légende populaire” l’accomplissement des Écritures à travers le Messie.[9]
  2. écrire que l’Évangile de saint Matthieu (ou les ”traditions ou légendes” (sic) qui lui sont attachées) est polémique, pernicieux, antijuif, ...
  3. rendre responsable saint Matthieu (et donc celui qui l’a divinement inspiré) de la supposée haine des chrétiens envers les juifs. 

  Encore une fois,  nous voyons ici poindre le vieux remugle des thèses de Jules Isaac, à savoir :

  1. ”Il y a un antisémitisme chrétien. Toujours vivant et virulent. Conscient ou subconscient. On peut soutenir, sans crainte de se tromper, que dans leur grande majorité les chrétiens – ou reconnus comme tels – sont antisémites. Car même chez les meilleurs (chrétiens), ceux-là même qui ont engagé contre l’antisémitisme nazi le plus généreux combat, il est aisé de relever les traces d’un antisémitisme en quelque sorte subconscient.”[10]
  2. ”J'ai dit dans Jésus et Israël (p. 425) tout le respect que je professe « pour ces textes vénérables, par qui a été révélé au monde un message dont le cœur humain ne cessera plus de se nourrir » ; mais aussi, « par respect pour l'histoire, pour son impératif de probité », on est contraint d'avouer que « la valeur documentaire des Évangiles, surtout quand il s'agit d'un événement tel que la Passion, est terriblement difficile à déterminer ». C'est un fait reconnu de nos jours par tous les exégètes — même catholiques — que les évangélistes se sont proposé essentiellement de servir leur foi en Jésus-Christ. Les Évangiles sont de l'enseignement religieux, de la catéchèse, ayant pour but « la démonstration » des vérités de la foi. Il s'ensuit non pas qu'ils soient dénués de toute valeur historique, mais que la critique des textes est indispensable pour dégager de cette catéchèse quelques parcelles de vérité historique — et d'autant plus que, sur certains points importants, les quatre Évangiles sont en désaccord.[11]

  Par conséquent, il faut réinterpréter, revisiter les Évangiles... chose que font les séides du judaïsme : par exemple, en ayant imposé à Mel Gibson de censurer la phrase de l’Évangile de saint Matthieu : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! » dans son film La Passion du Christ

La Passion du Christ, Mel Gibson

  Le deuxième conférencier était Armand Abécassis. De confession juive, né au Maroc, il est professeur de philosophie générale et comparée à l'Université Michel-de-Montaigne (Bordeaux III). Parmi ses ouvrages signalons En vérité, je vous le dis. Une lecture juive des Évangiles. (Éditions n°1, 1999) et Judas et Jésus. Une liaison dangereuse (Éditions n° 1, 2001)

Armand Abécassis

  Sur une vidéo du site internet d’Omega TV[12], on voit Armand Abécassis répondre à la question : ” Jésus, qui est-il ?”. Voici quelques extraits de sa réponse :

  "Jésus n'a jamais mis les pieds dans une église. Jésus n'a jamais lu les Évangiles... ça n'existait pas.

[...]

 Jésus, si il venait aujourd'hui, si il ressuscitait aujourd'hui, il entrerait dans une église, il se sentirait étranger, car il n'a jamais connu cela, mais entrer dans une synagogue, il entendrait des prières qui sont toujours les mêmes; il serait chez lui. Jésus est juif. Il a donné naissance au christianisme, mais à travers Paul, à travers les Apôtres. Mais lui est resté juif. [...]

 Le Christianisme est postérieur à Jésus. Jésus n'a jamais dit dans les Évangiles qu'il était le Fils de Dieu. Cette décision a été prise beaucoup plus tard par l'Église et elle est respectable. C'est une grande spiritualité...  [...]

 Je travaille en toute fraternité avec les prêtres, les évêques,  etc. , depuis quarante ans, parce qu'il faut absolument qu'il y ait cette réconciliation [...] et aussi réconciliation avec l'Islam, car nous avons le même Dieu, la même éthique.[...]

 Nous sommes le fils du divin, tous. Mais pour nous, qu'il y ait un seul mais réellement concrètement Fils de Dieu, cela est aux antipodes du Judaïsme, mais ce n'est pas pour cela que cela n'est pas respectable. Cela a été efficace. Pendant 2000 ans, cela a sorti des milliards d'hommes de la barbarie, c'est extraordinaire.”

  On ne va donc pas être étonné de retrouver des commentaires de la même veine dans sa conférence dont le titre était ”Un autre regard sur Judas”. Voici donc, en quelques phrases, un résumé des propos tenus par Armand Abécassis :

  Voici les dernières lignes de l’article d’Abécassis, lignes qui résument assez bien ce chef-d'œuvre :

  Il y a donc eu un complot dans lequel Judas est tombé, piégé par certains prêtres qui en voulaient à Jésus. Judas a constamment essayé de dire à Jésus de se présenter devant les prêtres pour être reconnu. Quand celui-ci lui dit de « faire son travail », il montra qu'il reconnaissait que Judas avait raison, et c'est pourquoi il lui demanda d'aller voir les prêtres pour en être reconnu et soutenu. Ce projet a échoué, ce qui conduisit Judas à se donner la mort le même jour que son Rabbi.

  Je crois qu'il faut réexaminer cette histoire de Judas d'une autre manière. Cela contribuera à régler la polémique anti-juive cachée dans le nom de Judas et dans l'image que Jean en donne, retenue malheureusement par l'Église.

  Il n’est guère besoin de commenter de tels propos. Ajoutons seulement deux autres commentaires sur cet article :

  1. Armand Abécassis se pose la question suivante : Si Jésus était le Fils de Dieu, comment a-t-il donc pu donner la communion à Judas alors qu’il savait que ce dernier allait le trahir ? Armand Abécassis y voit là une impossibilité. En annexe, le lecteur trouvera un texte de Mgr Gay qui répond magistralement à cette objection.
  1. Armand Abécassis écrit : ”A ce propos, je ne veux pas ici cacher la joie que j’ai eue en recevant la dernière lettre du Vatican disant aux frères chrétiens de ne plus lire le nom divin : Jehovah ou Yahveh. Ce nous convainc qu’on ne travaille pas ensemble en vain”. Voilà qui a le mérite d’être clair sur l’origine des directives qu’applique le Vatican. Nous rappelons que notre lettre, Serviam, avait consacré un numéro précédant à cette question.

 Notons que fut remis à Armand Abécassis, le Prix de l’Amitié Judéo-Chrétienne 2009, le mardi 20 octobre 2009.

  Le troisième conférence fut donnée par Sandrine Caneri. Cette femme est accréditée par l'Assemblée des évêques orthodoxes en France comme membre orthodoxe du comité directeur de l'Amitié Judéo-chrétienne de France. Elle en est même l’un des cinq vice-présidents.

Sandrine Caneri

  Sandrine Caneri commence sa conférence en soulignant que ”l’Église orthodoxe est très attachée à sa tradition bi-millénaire, et veille précieusement sur son patrimoine et sur le dépôt de sa foi”. Elle cite ainsi divers extraits de la liturgie orthodoxe, remarquant que l’on y ”retrouve bien les trois chefs d’accusation classiques : trompeur (menteur), cupide et traître”. C’est après que cela commence à sa gâter. Sandrine Caneri ajoute : ”Apparemment, aucune nouveauté dans notre tradition, qu’il nous faut assumer entièrement. Mais assumer ne signifie pas répéter, et répéter encore. Assumer signifie prendre acte de cette interprétation terrible, et trouver un nouveau chemin. C’est dans cet esprit-là, pour assumer l’histoire, que je vous propose un hidoush, rendu possible par une lecture attentive de l’ensemble des sources. Dès que nous y regardons de plus près, nous trouvons chez les Pères beaucoup de nuances, et une clé d’interprétation, pour nous lecture immédiate aujourd’hui.”

Voici la définition que donne le site Internet www.col.fr[13] du mot hidoush :

Lorsque quelqu’un apporte un éclairage nouveau sur un texte, une idée neuve ou un commentaire qui élargit notre compréhension, l’on parle d’un « hidoush », une nouveauté. Le hidoush est ce qui nous permet de ne pas stagner, d’être en mouvement, de sortir des sentiers battus, de nos certitudes stériles.

 Sandrine Caneri se base en grande partie sur les commentaires de saint Jean Chrysostome des Évangiles de saint Matthieu et de saint Jean. Le cœur de sa conférence pourrait être résumé par ce petit paragraphe :

”Ainsi nous, Chrétiens, sommes-nous conviés, en regardant Judas, à nous regarder nous-mêmes comme premiers des pécheurs ; mais en réalité l’Évangile nous appelle encore plus loin, à déplacer notre regard sur Jésus, afin d’imiter le Maître et, dans notre communion avec Lui, donner notre vie pour nos frères. ”

    Mais ce qui nous intéresse le plus est sa conclusion. Auparavant, Sandrine Caneri avait rappelé que Judas, Yehouda, signifie le Juif.

  ”Et en fidélité à ce que disent les Pères, à ce que dit la tradition de mon Église, si vivre l'Évangile c'est aller au bout du don de sa vie, alors, pour moi, c'est très clair : Yehouda, c'est-à-dire tout le peuple d'Israël, est celui qui, parce qu'il est porteur de l'Alliance pour le monde, porte une très lourde (trop lourde ?) responsabilité. En cela il mérite, il exige de ma part la plus grande douceur, la plus grande écoute de son Mystère, le plus grand amour, quoi qu'il fasse, quoi qu'il ait fait, sachant combien sa tâche ici bas est une tâche au-delà de ce que peut vivre un homme, une tâche quasi impossible. Plus encore, il mérite que, à l'image du Christ, je lui donne ma vie. Et si cette exigence est trop haute pour moi (comme dit saint Jean Chrysostome), alors soyons donc au moins (au minimum) comme les douze et demandons-nous : «serait-ce moi ? », ou plus encore : « et si c'était moi, Seigneur ?”

  Ainsi, pour Sandrine Caneri, le peuple juif serait aujourd’hui ”porteur de l’Alliance”. Quelle Alliance ? Nous voyons, une fois de plus, poindre le rejet de ce qui est aujourd’hui appelé ”la théologie de la substitution”, qui n’est en réalité rien d’autre que la véritable théologie catholique, à savoir que l’Église catholique est le nouvel Israël. 

  Si l’on doit aimer le peuple juif, c’est dans la vérité et dans la charité. Ce n’est donc pas en le laissant croupir dans l’erreur, en ne cherchant pas à le convertir, en lui fermant les portes de l’Église, seule capable de lui procurer le salut éternel. C’est ce que souligne l’abbé Meinvielle :

  ”Le bien de l'homme est que lui soient reconnus tous les droits qui concourent à l'obtention de son bien-être éternel et temporel.

  S'il en est ainsi, il manquerait au commandement de l'amour, ce père qui ne reprendrait pas son fils qui viole les droits de Dieu ou les droits de sa mère. Il n'accomplit pas son devoir de charité, ce père qui ne punit pas, si c'est nécessaire, le fils qui ne respecte pas sa mère ou qui maltraite ses frères. Il n'accomplit pas son devoir de charité, ce gouvernant qui ne prend pas soin des intérêts de la Patrie ou qui ne prévient ni ne châtie les infractions aux lois des mauvais citoyens.

  Charité n'est pas SENTIMENTALISME, qui consent à toutes les erreurs et infractions des autres. La charité, c'est procurer efficacement le bien réel (éternel et temporel) des autres, et HAÏR A TOUT MOMENT LE MAL.”[14]

  On pourra mettre en rapport ces paroles de l’abbé Meinvielle avec l’article 2 §3 des constitutions de l’AJCF que nous avons cité au début de ce présent numéro.

  Le plus grand amour[15] que l’on peut porter au peuple juif est de prier pour sa conversion, afin qu’abandonnant les erreurs talmudiques enseignées par les rabbins, il puisse reconnaître Notre Seigneur Jésus-Christ comme le véritable Messie. Est-ce bien de cet amour que nous fait part Sandrine Caneri ?

  Nous passons volontairement sur la conférence de Gilbert Dahan pour nous attarder un peu plus longuement sur celle d’Yves Chevalier, intitulée ”L’exploitation du mythe de Judas à travers la rumeur des âges”, dont le titre est déjà tout un programme. Yves Chevalier est membre du comité directeur de l’AJCF et directeur de la revue Sens. Voici le passage de son introduction où il annonce les thèmes qu’il étudiera plus particulièrement pendant son allocution :

Je me propose de traiter ici de trois points : retracer d'abord brièvement la construction de la légende de Judas ; voir ensuite comment cette construction a été questionnée à partir de la Réforme et surtout des Lumières, et les solutions qui ont alors été proposées ; enfin, m'interroger sur le rôle que le mythe de Judas joue dans l'antisémitisme.

A.  La construction de la légende de Judas

  Yves Chevalier va tout d’abord pointer du doigt les « différences et contradictions » (sic) entre les Évangiles ; puis, il va se lancer dans une diatribe contre les Pères de l’Église, plus particulièrement saint Augustin et saint Jean Chrysostome. Il rejoint ainsi dans l’invective celui qui reste le maître à penser de l’AJCF, Jules Isaac. Celui-ci écrivait en effet :

  ”C’est pourquoi il convient de réserver la première place dans la présente étude à ce que j’ai appelé l’enseignement du mépris : il est à la base du système d’avilissement et il en a été le plus ferme support. Si les principaux motifs de cet enseignement avaient été antérieurement dégagés, il revient aux Pères de l’Église du IV siècle d’en avoir donné les plus saisissantes et retentissantes formules : apport mémorable, sinon titre de gloire.

  On doit le reconnaître avec tristesse : presque tous les Pères de l’Église ont participé, de leur pierre, à cette entreprise de lapidation morale (non sans suites matérielles) : saint Hilaire de Poitiers comme saint Jérôme, saint Éphrem comme saint Grégoire de Nysse, et saint Ambroise et saint Épiphane (celui-ci juif de naissance) et saint Cyrille de Jérusalem, et j’en passe. Mais dans cette illustre cohorte, vénérable à tant d’autres égards, deux noms entre tous ont droit à une mention spéciale : le grand orateur grec saint Jean Chrysostome (= Bouche d’Or) par l’abondance et la truculence des invectives, par le débordement des outrages ; le grand docteur de la latinité chrétienne saint Augustin, par sa merveilleuse (et dangereuse) ingéniosité dans l’élaboration d’une doctrine cohérente".[16]

  Revenons-en aux propos-mêmes d’Yves Chevalier :

  Je ne reviendrai pas sur la présentation de Judas dans le Nouveau Testament, sinon pour dire que les différences et les contradictions qu'on y trouve ont nourri toutes les interprétations. Entre Marc et Matthieu d'une part, qui s'intéressent peu aux motivations de Judas, et Luc et Jean d'autre part, qui font intervenir Satan et qui, surtout pour le second avec l'épisode de Béthanie, insistent sur la cupidité de Judas — pour ne pas parler des Actes, qui proposent de la mort de Judas, à travers le discours de Pierre, une version incompatible avec celle de Matthieu — on comprend qu'il y avait matière à hésiter ; et qu'il était aisé de combler les "lacunes" du récit par des développement fantasmés.

[...]

  Chez Origène, par exemple, au début du IIIème siècle, qui reprend la version de Jean et donc l'entrée en scène de Satan, la trahison de Judas est un fait acquis ; et donc sa noirceur. Mais en même temps, la porte reste ouverte à la repentance et au pardon : Judas dispose d'un libre arbitre et s'il a péché, c'est parce qu'il a consenti au diable et non pas à cause d'une nature foncièrement mauvaise. C'est cette "ouverture" qui sera refusée par Jean Chrysostome et par Augustin, lorsqu'ils feront de Judas, dans la seconde moitié du IVème siècle, dans des contextes il est vrai différents — l'un pastoral, l'autre nettement théologique — un être pervers, avaricieux et hypocrite, véritable contre-modèle pour le Chrétien ; et ils tireront même de son suicide argument pour affirmer sa condamnation éternelle.

  C'est à partir d'un telle interprétation des textes que va se développer le mythe du Judas "traître par essence". Pour ne pas revenir à Jean Chrysostome et à ses diatribes, [...]

  Yves Chevalier se livre en deux pages à un édifiant travail de sape : rejet de l’inerrance des Écritures, rejet de l’enseignement traditionnel de l’Église (par exemple sur la damnation de Judas), qualifié de ”développement fantasmé” ou de ”diatribe”. Yves Chevalier n’hésite pas à mettre dans le même paquet les Pères de l’Église et les écrits apocryphes, évoquant ainsi le ”parricide”, ”l’inceste” ou le ”mythe d’Oedipe”, qui seraient amalgamés au ”mythe de Judas”. On voudrait ridiculiser l’Église que l’on ne s’y prendrait pas autrement. Yves Chevalier va ensuite pointer diverses étapes qui marquèrent le début du questionnement sur la culpabilité de Judas.

B. Le questionnement sur la culpabilité de Judas.

  Yves Chevalier commence ainsi :

  Avec l'avènement de la Réforme et plus encore avec les Lumières, ce mythe d'un Judas coupable et maudit devint de plus en plus problématique. Non qu'il n'ait pas existé, dès le début, des interprétations divergentes, témoin cet Évangile de Judas, gnostique, qui a récemment refait surface. Mais jusque-là, l'interprétation officielle, imposée par l'Église, était que Judas portait à la fois la responsabilité du mal qu'il avait provoqué et la culpabilité sans rémission de cet acte. La prise en compte de l'individu, le désir de comprendre ce qui le motive, un regard sur les circonstances de son action vont conduire, dans le cas de Judas, à une tout autre perception de son personnage et de son rôle.

  La première phrase d’Yves Chevalier n’est pas sans nous rappeler une citation de Josué Jéhouda, dans son ouvrage intitulé ”L’Antisémitisme, miroir du monde” :

”Trois tentatives du monde judaïque ont visé à épurer la conscience chrétienne des miasmes de la haine, trois brèches opérées dans la forteresse vétuste de l’obscurantisme chrétien, trois étapes dans l’œuvre de destruction du catholicisme dogmatique”. [...] ”La Renaissance, la Réforme et la Révolution constituent trois tentatives pour rectifier la pensée chrétienne en l’amenant au diapason du développement progressif de la raison et de la science”.[17]

 Nous y voyons également qu’Yves Chevalier se sert du fameux ”Évangile de Judas” pour étayer son fond de commerce. Cherchons à voir sur quels autres auteurs Yves Chevalier s’appuie pour défendre sa thèse :

  1. L’apostat Ernest Renan. Yves Chevalier cite un extrait de sa Vie de Jésus Renan tente de disculper  en partie Judas de la trahison de son maître.
  2. Le sulfureux dominicain Jean Cardonnel[18] et son ouvrage au titre évocateur de  Judas l’innocent.
  3. Armand Abécassis, dont nous avons déjà parlé et dont Yves Chevalier reprend la thèse sur Judas, apôtre qui aurait le mieux compris Jésus.
  4. Joseph Goebbels dans une pièce nommée Judas Iscariote.

  Or, contrairement à Yves Chevalier, voir de tels personnages développer des positions hétérodoxes sur Judas nous renforce dans notre croyance à l’enseignement traditionnel de l’Église. Au quinté perdant – Renan, Cardonnel, Abécassis, Goebbels, Chevalier –, nous préférons sans aucune mesure les Pères de l’Église.

 Yves Chevalier conclut ainsi :

 On le voit, ces "nouvelles" interprétations, qui peuvent se mélanger ou se développer en de multiples variations, transforment radicalement la légende de Judas ; elles en font un homme ordinaire, confronté à son destin, qui raisonne et agit en fonction de ce qu'il est, de la perception qu'il a des situations dans lesquelles il se trouve et des opportunités qui s'offrent à lui. Cela n'empêche nullement une interprétation théologique pour laquelle Judas participe à la réalisation du plan de Dieu ; et dans cette perspective, l'intervention de Satan symbolise qu'il est contraint par cette réalisation. Mais cela exclut l'opprobre qu'on a si longtemps déversé sur lui, et pose, pour la laisser ouverte, la question de sa culpabilité.

 Ainsi, Yves Chevalier poursuit donc méthodiquement son travail de démolition, allant même jusqu’à remettre en cause la culpabilité de Judas dans la mort du Christ. On peut imaginer que dans peu de temps, on en conclura non seulement à l’innocence de Judas, mais aussi – tant qu’on y est – à la culpabilité du Christ.

  Néanmoins, le travail de sape d’Yves Chevalier ne serait pas complet sans la rengaine habituelle sur l’antisémitisme.

C. Le rôle de Judas dans l’antisémitisme

  Reprenant la thèse de son compère Abécassis, Yves Chevalier note que la figure de Judas en mal absolu n’est en réalité qu’une ”lecture anti-juive, qui est parallèle à l’effort fait pour exonérer les Romains, et Pilate au premier chef, de toute responsabilité de la Passion”.

  Que fait donc Yves Chevalier de l’homélie LXXXVI sur l’Évangile de saint Matthieu (27, 11-27) de saint Jean Chrysostome où ce dernier établit la culpabilité de Pilate dans la crucifixion du Christ (culpabilité certes inférieure à celle des grands prêtres) ? En voici un extrait :

  C’est pourquoi Jésus-Christ n’excuse point [Pilate] de s’être laissé si grossièrement surprendre. Il lui dit lui-même : « Celui qui m’a livré à vous est encore plus coupable «que vous ne l’êtes ». C’est sa seule mollesse qui le laisse aller à condamner Jésus-Christ au fouet, et après le fouet, à la mort et à la Croix. Pilate a été un homme faible et sans cœur ; mais les prêtres étaient malicieux et cruels.[19]

  On peut également citer la Chaîne d’or de saint Thomas d’Aquin qui reprend les commentaires des plus illustres Pères de l’Église.

  Évangile de saint Matthieu : Saint Léon : (serm. 8 sur la passion.) Le crime des Juifs surpasse de beaucoup la faute de Pilate, mais il ne laisse pas toutefois d’être coupable, lui qui sacrifie ses convictions personnelles pour se rendre complice du crime d’autrui.

  Évangile de saint Jean : Saint Augustin : Aussi Notre-Seigneur ne dit pas : Celui qui m'a livré entre vos mains est coupable de péché (comme si Pilate lui-même ne l'était pas), mais : ”il est coupable d'un plus grand péché”, paroles qui devaient faire comprendre à Pilate qu'il était loin d'être exempt de faute.

  Évangile de saint Luc : Saint Ambroise :  Pilate reconnaît judiciairement l’innocence du Sauveur, et il le crucifie par un acte arbitraire de son autorité. Jésus est envoyé à Hérode, qui le renvoie à Pilate : "Je n’ai trouvé en lui aucun des crimes dont vous l’accusez, ni Hérode non plus, car je vous ai renvoyés à lui, et on ne l’a convaincu de rien qui mérite la mort." Ainsi tous deux s’accordent à proclamer son innocence, et cependant, par un lâche sentiment de crainte, Pilate se rend aux désirs sanguinaires d’un peuple cruel.

  Pour reprendre le vocabulaire propre à Yves Chevalier, nous pouvons donc qualifier de ”mythe” ou de ”fantasme” le fait de vouloir attribuer aux Pères de l’Église l’exonération des ”Romains, et Pilate au premier chef, de toute responsabilité de la Passion”. À trop vouloir grossir le trait, à voir de l’antisémitisme partout, Messieurs Chevalier et Abécassis en viennent à formuler les pires absurdités. Non, l’Église n’a jamais enseigné que Pilate n’avait aucune part de responsabilité dans la crucifixion du Christ. On devine cependant ce qui dérange nos deux comparses, à savoir le rôle prépondérant des juifs – évidemment relaté par les Évangiles et abondamment commenté par les Pères de l’Église – dans la crucifixion du Christ.

  Voici en effet ce qu’écrivait Jules Isaac à ce propos :

  Encore ai-je fait la part trop belle à l'accusation. Je n'ai pas dit avec quelles réserves «l'honnêteté critique », à moins d'abdiquer, doit considérer des récits où fourmillent les contradictions, les invraisemblances, où éclate le parti-pris d'innocenter Pilate, de rejeter sur « les Juifs » tout l'odieux du plus odieux des crimes. Nous nous sommes gardés de verser, par réaction, dans l'excès contraire : nous ne prétendons nullement décharger les autorités juives de leur part de responsabilité. Mais délimiter exactement cette part et celle de Pilate, qui le pourrait ? Le Pilate de la tradition évangélique, si curieusement différent du Pilate de l'histoire, est un personnage légendaire, aussi légendaire sans doute que le cri du « peuple juif » : «Son sang sur nous et sur nos enfants ! »[20]

  Judas, un mythe. Le Pilate des Évangiles, un personnage légendaire. Bref, rien ne résiste à la sagacité de ces messieurs.

  À tous ces ”mythes”, pour faire bonne mesure, Yves Chevalier n’hésite pas à ajouter ”celui du déicide, celui de la malédiction des Juifs, celui du meurtre rituel, celui de la profanation d’hosties”, mythes qui tous ”alimenteront eux aussi l’antisémitisme”. En somme, professer la doctrine traditionnelle de l’Église sur Judas est, selon Yves Chevalier, faire preuve d’antisémitisme.

  Enfin, nous ne pouvons résister à vous citer le paragraphe de conclusion d’Yves Chevalier, qui résume parfaitement la perfidie intégrale du personnage :

  Disons que l'antisémitisme actuel, sous ses différentes formes, en se sécularisant, a abandonné — ou au moins généralement laissé de côté — le mythe de Judas, qui ne pourrait encore fonctionner que dans l'étroite couche des Chrétiens traditionalistes qui interprètent l'Écriture dans un sens fondamentaliste. Ce mythe a été remplacé par un autre mythe, qui relève de catégories non religieuses : celui du complot ou de la conspiration juive mondiale, sous laquelle peuvent être subsumés aussi bien les fantasmes de la trahison congénitale des Juifs et donc de leur malfaisance, que de leur amour de l'argent. Mais cela est une autre histoire.

  N’eût été le mot ”mythe”, nous serions d’accord avec Yves Chevalier pour convenir que seule une poignée de chrétiens, aujourd’hui, défend la véritable doctrine de l’Église sur Judas. Or, justement, voir des ”cardinaux”, des ”évêques” et des ”prêtres” collaborer à l’œuvre de destruction en règle de cette doctrine que mène depuis plus de soixante ans l’AJCF, montre combien ils ont défailli dans la foi.

 Il est amusant de noter qu’Yves Chevalier nie le ”complot” alors même qu’Armand Abécassis en excipe pour disculper Judas dans sa conclusion : ” Il y a donc eu un complot dans lequel Judas est tombé, piégé par certains prêtres qui en voulaient à Jésus”.

  Alors, y a-t-il eu complot ou non ?

  Le moment est venu de citer la conclusion générale de ce colloque. Elle sera l’œuvre de la présidente de l’AJCF, Madame le Pasteur Florence Taubmann. D’emblée, celle-ci se félicite de l’entreprise de destruction : ”Bravo à nos intervenants. Je pense qu’on a donné un sérieux coup de marteau à l’archétype”. C’est, en effet, le moins que l’on puisse dire… Après avoir brièvement récapitulé les diverses interventions, elle annonce :

Cela me donne l'occasion de vous dire qu'aujourd'hui, nous avons eu notre Conseil national de l'Amitié Judéo-Chrétienne et que nous lançons un travail de longue haleine pour constituer un "Glossaire" sur les mots et les noms qui font problème justement entre Judaïsme et Christianisme, entre Juifs et Chrétiens. Par exemple, ce nom : Judas. Dans notre esprit, ce travail veut être un travail donnant des résultats assez simples pour être abordables pour tout public, que ce ne soit pas un travail juste pour érudits. Alors la méthode qui sera utilisée pour les noms et les mots, ce sera à chaque fois de partir de l'a priori négatif du mot, d'en donner une explication un peu objective pour le retourner, en retourner le sens positivement.

  Bref, nous n’en sommes qu’au début du vrai travail de sape. C’est ce que soulignait le pseudo-”Cardinal” Kasper dans une conférence donnée en 2007 :

Encore aujourd’hui, plus de trente ans après ce mémorable nouveau commencement [la création de la Commission Pontificale des Relations Religieuses avec les Juifs.], nous sommes seulement au commencement. [21]

  Propos repris par un autre pseudo-”Cardinal” lors de cette même conférence :

”[...] nous sommes plus probablement seulement au commencement d’une reconsidération théologique radicale des relations entre le Judaïsme et le Christianisme, en ligne avec les directions venues spécialement du Concile Vatican II.”[22]

   Deux brèves allocutions de Simon Midal, ancien président du B'naï B'rith France, et de Jacques Jacubert, actuel président du B'naï B'rith France, concluent le colloque sur Judas. Simon Midal nous signale la présence parmi l’auditoire – entre autres – de Richard Prasquier, Président du CRIF. Jacques Jacubert déclare : ”Ici, nous avons ri, nous avons parlé, nous avons chanté, nous avons échangé, mais nous avons surtout atteint la centralité de l’homme, car Judas ne nous ramène-t-il pas à l’homme ?” Contrairement à Jacques Jacubert, nous avons plutôt pleuré en lisant les textes de ces conférences. De plus, la dernière partie de sa phrase nous rappelle étrangement ces paroles de Montini-Paul VI : « Nous aussi, Nous plus que tout autre, Nous avons le culte de l’homme ! » (7 déc. 1965).

  Il faut être aveugle pour ne pas constater que Sens est une revue intrinsèquement perverse, pour paraphraser une expression que le pape Pie XI accolait au communisme. Que des clercs – osant encore se proclamer catholiques – y collaborent est un scandale. Que cette revue ne soit pas dénoncée ni fermement condamnée par l’église conciliaire en dit long sur l’état de déliquescence de cette dernière et de ses dirigeants, y compris le faux restaurateur, héros des traditionnalistes en peau de lapin, qu’est Ratzinger-Benoît XVI. Il est cependant logique que cette église conciliaire – qui éclipse l’Église catholique, seule véritable Église fondée par Notre Seigneur Jésus-Christ – ne condamne pas la revue Sens. La revue Sens est en quelque sorte l’avant-garde de l’entreprise de démolition de l’Église, comme a pu l’être un ”Monseigneur” Gaillot dans les rangs du clergé conciliaire.

  Nous reprendrons le titre de ce présent numéro pour conclure :

  La revue Sens, Judas des temps modernes

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Aucun copyright.

ANNEXE

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ÉLÉVATIONS sur la vie et la doctrine de Notre-Seigneur Jésus-Christ

Par Mgr Charles Gay

1884

VINGT-HUITIÈME ÉLÉVATION — DE L'ÉLECTION DE JUDAS.

Scio quos elegerim : Je sais qui J'ai choisi. Jean, xiii, 18

Rien n'est plus assuré, mon Seigneur : Vous savez toutes choses, et «il n'est pas besoin qu'on Vous rende témoignage d'un homme, car Vous voyez directement ce «qu'il y a dans cet homme» (Jean, ii, 25). Rien aussi n'est plus consolant. Vous savez qui Vous choisissez ; Vos choix ne sont jamais faits au hasard ; ni la passion ne les inspire, ni l'arbitraire ne les détermine. Votre sagesse, qui est infinie, en est le principe et la règle. Ce sont des choix lumineux, ce sont des choix bienfaisants ; ils Vous révèlent, ils Vous engagent ; car puisque Vous connaissez, et jusqu'au dernier fond, ceux de nous que Vous choisissez, Vous n'ignorez dès lors ni leurs besoins, ni leurs faiblesses, ni leurs défauts, ni leurs péchés. Si, sachant tout cela, Vous persistez à les élire, c'est un gage infaillible des grâces que Vous leur réservez : grâces de pardon qui forcément précèdent pour nous les autres ; grâces de correction, de formation, d'assistance ; grâces, en somme, de toutes sortes et que Vous seul pouvez compter. En appliquant Vos élus au service de Votre chère gloire, Vous ne les laissez point à eux-mêmes ; chacun d'eux est un homme doublé de Vous ; et «comme le Père qui Vous envoie», demeure pourtant «en Vous et opère avec Vous toutes Vos œuvres» (Jean, xiv), de même Vous demeurez dans tous Vos mandataires et les aidez divinement à remplir leur mandat (Jean, xx, 21).

Vous savez qui Vous choisissez même avant de les appeler ; Vous avez donc connu «les douze». Mais Judas, mon Sauveur, Judas dont Vous connaissiez, non seulement le passé resté secret pour nous, non seulement le présent qui probablement était bon, mais encore l'avenir qui de tout point devait être si détestable, pourquoi donc l'avez-Vous choisi ? N'était-il pas plus sage, n'était-il pas meilleur, et pour Vous et pour tous, de n'admettre à Votre suite que des disciples sûrs et fidèles, de n'investir de Vos pouvoirs que des ministres incorruptibles, de ne poser enfin dans les fondements de Votre Église que des pierres éprouvées, ajustées et solides ? C'est ce qu'eût fait incontestablement notre débile prudence, et à peine se défend-elle de prononcer que Vous auriez dû le faire aussi. Mais que nous dites-vous, ô Dieu sublime et insondable : «Comme le ciel est élevé au-dessus de la terre, ainsi Mes pensées surpassent vos pensées» (Is., lv, 9) ? On appelle redoutable ce mystère, du congé que, dans une mesure et pour un temps, Vous donnez au mal, en ce monde, et de l'usage souverain que Vous y faites du mal et des méchants pour aller, malgré eux et par eux, à Vos fins. Que Votre conduite en ceci frappe l'esprit par sa profondeur, on le conçoit, mais ne ravit-elle pas surtout le cœur par sa beauté ? Quoi de plus digne de Vous, Majesté toute-puissante, que de ne jamais subir d'entrave, de cheminer partout en reine et de n'être arrêtée, ni retardée par rien ? Quoi de plus digne de Vous, ô Sagesse invincible, que de Vous jouer des difficultés et de tourner en moyens les obstacles mêmes qu'on Vous oppose ? Quoi de plus digne de Vous, ô bonté sans mesure, que de tirer le bien du mal : un bien infini d'un mal fini, un bien éternel d'un mal temporel ? Enfin quoi de plus digne de Vous, ô suave et adorée miséricorde, que d'être bonne même aux méchants, que de poursuivre de Votre amour les malheureux qui Vous haïssent, et de lutter jusqu'au dernier bout pour sauver à tout prix ceux qui, abusant de Votre grâce et de leur liberté, s'obstinent à pécher et à se perdre ?

C'est Votre histoire avec Judas, et tout le mystère de son élection à l'ordre apostolique.

Avant tout, Maître aimé, que faisiez-Vous ici-bas, Vous, principe de toutes choses (Jean, viii, 25) ? Vous posiez des principes. Vos institutions, Vos sacrements, Vos apôtres même étaient des principes. «Les douze» étaient le type de cette grande et universelle et immortelle Église enseignante qui, continuant Votre sacerdoce, dans lequel Vous la faites entrer, prêche en tous lieux Votre Évangile, maintient partout Vos lois, exerce Votre autorité, dispense Vos grâces, perpétue et, en un sens, consomme Votre œuvre. Or, que devait-il en être un jour et tout le long des temps de ces membres éminents, de ces princes, de ces pères, de ces docteurs de Votre Église ? Est-ce que, au cours des siècles et sans nulle exception, papes, évêques, prêtres, ministres sacrés, hommes de Dieu et du sanctuaire devaient rester debout, marcher droit, se garder purs, Vous servir dans l'humilité et dans cette charité qui est la justice de tous, mais la leur plus que celle des autres ? Est-ce que, établissant dans Votre Église, comme il était indispensable, un pouvoir doctrinal infaillible, Vous attachiez aussi à une charge quelconque le privilège de l'impeccabilité ? Cette sainteté, dont Vous faisiez l'une des notes caractéristiques, et partant nécessaires, de Votre famille surnaturelle, impliquait-elle d'office, sinon pour tous les membres, du moins pour quelques dignitaires de cette société bénie, l'assurance absolue de ne prévariquer jamais ? Non, mon Dieu, on ne lit rien dans l'Évangile qui ressemble à une pareille promesse ; la Tradition n'en dit pas mot, et l'histoire n'est que trop éloquente à démontrer que Vous ne l'avez point faite. Ici et là, dans tous les âges, et à tous les degrés, hélas ! de la sainte hiérarchie, il a surgi des prévaricateurs ; et non seulement des hommes qui péchaient quoique étant consacrés, mais des hommes qui se servaient pour le mal de leur consécration même, et faisaient d'un pouvoir reçu pour l'édification et pour la vie, un instrument de ruine et de mort. Dans cette race dont Vous êtes le chef, il y a eu la lignée des saints, il y a eu la lignée des traîtres, et il en ira ainsi jusqu'à la fin. Sans doute ce n'est là qu'un accident dans la vie de l'Église, mais un accident permanent. Une ombre s'est toujours glissée, plus ou moins étendue et épaisse, dans ces cieux vivants et parlants qui racontent aux enfants de la terre la gloire de leur Seigneur (Ps., xviii, 1). A côté de ce fleuve limpide qui porte partout la joie et la fertilité dans la cité de Dieu (Ps. xlv, 5), un ruisseau n'a cessé de couler, charriant des poisons et des fanges.

Mais puisqu'il en devait être ainsi, mon Sauveur, puisque notre malice allait, même sous de telles grâces, garder la triste liberté de subsister, de grandir et d'agir, n'était-ce pas un grand bien que cet accident honteux, douloureux, terrible mais inévitable, se produisît dès l'origine et sous Vos yeux, dans ce premier clergé que Vous-même aviez élu, instruit, formé et consacré ? Quelle chute après celle-là pouvait surprendre Vos fidèles ? Quel sacrilège, les déconcerter ? Quelle apostasie, les troubler ? Ce que Vous n'aviez point personnellement empêché, qui l'empêcherait dans la suite ? Ce que Vous aviez toléré le premier, pourquoi et comment ne le tolérerait-on pas ? Et si ce ver immonde des trahisons sacerdotales, s'attachant à la racine de l'arbre à l'ombre duquel nous vivons tous, n'en avait ni altéré la sève ni flétri la beauté, quand plus tard il viendrait attaquer telle ou telle de ses branches, le ferait-il jamais périr ?

En définitive, ô mon Maître, votre vie était ici-bas l'exemplaire achevé de la vie qu'y doit mener l'Église : se pouvait-il donc que ce qui si souvent se retrouverait dans la copie ne parût nulle part dans le modèle ? Et qui sait ? peut-être êtes-Vous un être si sacré, qu'il n'y avait régulièrement qu'un être consacré, un prêtre, qui pût mettre la main sur Vous pour Vous livrer ensuite aux profanes

En tous cas, Vous qui cherchiez partout chez nous la douleur, les cimes, les abîmes, les extrémités, les raretés de la douleur, Vous ne pouviez point n'y pas découvrir et saisir et savourer cette douleur exquise et royale d'être trahi : trahi par l'un des Vôtres, par un ami, un ami comblé et intime. Si grande et importante fut pour Vous cette peine, que David, inspiré par Vous, a dû la consigner prophétiquement dans les Psaumes ; car c'est Vous qui, en sa personne, y poussez ce cri déchirant : «Si mon ennemi M'avait maudit, Je l'aurais encore accepté ; si l'un de ceux, qui font profession de Me haïr M'avait outragé en Me parlant avec arrogance, Je Me serais peut-être simplement dérobé sans Me plaindre, et en silence ; mais toi, un homme avec qui Je vivais cœur à cœur et n'avais qu'une seule âme ; toi, l'un de Mes chefs, l'un de Mes familiers ; toi, qui prenais avec Moi de suaves nourritures et marchais du même pas que Moi dans la maison de Dieu» (Ps., liv, 13-15) !... Comme si le chagrin L'étouffait, Il ne finit même pas Sa phrase. Mais plus cette douleur était amère et immense, ô ma Miséricorde, plus elle eut de prix à Vos yeux ; Vous ne pouviez donc point l'épargner à Votre cœur.

Certes, mon Dieu, le sort de Judas est horrible. Le malheureux ne s’est point encore déclaré ; peut-être n'a-t-il même pas pleinement conscience du déplorable état de son âme ; assurément la pensée de sa trahison n'a pas même une fois traversé son esprit ; deux ans doivent s'écouler avant l'heure de Votre Passion, qui fut celle, de son crime ; et cependant, voyant les pentes qu'il descend peu à peu, et les assauts de moins en moins repoussés, d'un ennemi qu'il a presque cessé de craindre, Vous dites tout haut et devant lui «qu'il est un diable» (Jean, vi, 71) ; c'est-à-dire que, s'ouvrant de plus en plus aux suggestions de Satan, il se dispose à faire son œuvre et la fera indubitablement. Vous dites encore : «Malheur, à celui par qui le Fils de d'homme sera trahi» (Matth., xxvi, 24) : ce qui est l'annonce non équivoque d'une suprême malédiction. Vous dites enfin (ce qui semble le comble et n'a été dit de personne autre} : «Il eût été bon à cet homme de n'être jamais né» (Marc, xiv, 21). Non, que cette naissance soit mauvaise à tous, et de toute manière, et sous tous les aspects, le mal pur étant impossible ; non même que pour Judas, à qui il eût été bon de ne pas naître, il eût été meilleur de n'exister pas du tout ; car c'est le sentiment de très graves docteurs que, même pour les damnés, mieux vaut être que n'être point ; mais c'eût été un gain pour lui de ne point voir le jour et de mourir, comme les avortons, dans le sein de sa mère. Souillé alors, en effet, de la seule tache originelle, il eût été sans doute éternellement privé de voir Dieu face à face, ce qui fait la béatitude ; mais enfin, comme les enfants, morts sans baptême, il n'eût pas subi de peine sensible, et ne serait pas demeuré, à tout jamais et tout à fait, privé des joies que la nature humaine comporte dans son ordre. Étant né au contraire, ayant vécu, mal vécu, vécu longtemps, et couronné sa vie par le plus exécrable et le plus inouï des forfaits, dans quelle mesure est-il puni et que souffre-t-il en enfer ? C'est ce qui Vous fait dire, ô mon Maître, que : «Il eût été bon à cet homme de n'être jamais né». Son sort est donc épouvantable.

Mais d'où ce sort est-il venu ? A Vous, ô notre amour ? A Dieu ne plaise. Il est l'œuvre de Judas lui-même et de lui seul. La cause unique du malheur de cet homme, c'est son péché, comme l'unique cause déterminante de son péché, ç'a été sa volonté perverse. Il était écrit de lui que : «Il lèverait le talon contre Vous, et étendrait le pied pour Vous jeter par terre» (Ps., xl, 10 ; Jean, xii, 18), Vous qui, Vous tenant immuablement debout, êtes, par état et par nature, la rectitude et l'appui de toutes choses. Son péché était donc prévu ; mais prévoir ce qu’un homme fera, est-ce le contraindre à le faire? Bien plutôt Dieu ne prévoit-Il que ce qu'Il voit que l'on fera. Judas était donc libre, comme le sont d'ailleurs et le seront toujours ceux qui pèchent. Il pouvait ne pas mettre le pied dans ce chemin d'iniquité ; il pouvait, y ayant mis le pied, revenir en arrière. Il ne revint pas ; il avança, il s'obstina ; et Votre justice, ainsi poussée à bout, le laissa suivre son vouloir méchant, et se précipiter tête baissée dans le gouffre.

Les choses étant ainsi, ô Dieu qui êtes toute bonté, pourquoi Vous seriez-vous privé d'édifier sur la malice de ce cœur endurci et désormais fixe et immobile comme un rocher, un temple glorieux pour Vous et rempli pour le monde entier de lumière et de grâce ?

Comme le bourreau devient pour le martyr l'occasion de faire éclater sa foi et son courage ; Judas Vous a servi à révéler Votre cœur : la charité, la mansuétude, la sérénité, la patience, la magnanimité de Votre cœur. Sachant que cet homme serait un monstre, et ne cessant pas un instant d'avoir son méfait devant Vous, Vous l'avez comblé de grâces. Gratuitement et dans Votre souveraine omnipotence de Dieu, Vous l'aviez fait naître Juif, en pleine lumière surnaturelle, en plein courant de vie divine, au sein de ce peuple choisi, aimé, béni, qui avait toutes les promesses et en possédait inaliénablement tous les gages. Le prédestinant à entrer dans cette race, Vous l'aviez de plus réservé pour le temps où Vous-même vivriez ici-bas : grâce insigne, si ardemment désirée par tous les patriarches, et que Vous ne leur aviez point accordée. Dans cette foule déjà heureuse de Vos contemporains, Vous l'avez distingué, Vous l'avez appelé : appelé, non pas même à Vous rencontrer une ou plusieurs fois sur la terre, comme tant d'autres, déjà dignes d'envie, qui Vous entendirent, et reçurent, pour être consolés, guéris et pardonnés, l'attouchement de Vos mains divines ; Vous l'avez appelé à Vous suivre partout dans Votre apostolat, à écouter non seulement toutes Vos prédications publiques, mais encore les explications que Vous en donniez en particulier. Il a vu Vos miracles ; il Vous a contemplé priant au Temple, ou sur les hautes montagnes ; il a partagé Vos repas et bien des fois dormi à Vos côtés : enfin il a joui, et durant trois années, d'une intimité avec Vous dont à cœur joie on paierait de sa vie une seule heure. Il y a plus : Vous l'avez honoré d'une confiance toute spéciale, lui commettant le soin, si glorieux et si doux, de pourvoir à Vos nécessités temporelles et de distribuer Vos aumônes. Et quand Vous l'avez vu peu à peu douter, fléchir, se retirer, se resserrer, se fermer et faire de chaque grâce nouvelle une nouvelle occasion de péché et de chute, que d'essais miséricordieux et secrets pour le retenir, l'éclairer, le ramener dans la voie droite ! que de regards et quels regards ! que d'avis et quels avis ! Quoi ! son âme était à Satan ; il Vous avait déjà vendu, et Vous lui laviez les pieds comme aux autres apôtres ! Vous lui donniez Votre chair à manger et Votre sang à boire, lui disant : «Ceci est Mon sang, le sang de la nouvelle alliance qui, pour Vous et pour la multitude» humaine, «va être répandu en rémission des péchés» (Math., xxvi, 27). Finissant de le consacrer prêtre, et lui transmettant Vos pouvoirs les plus saints et les plus merveilleux, Vous ajoutiez pour lui aussi bien que pour ses onze frères : «Toutes les fois que vous ferez ces choses, faites-les en mémoire de Moi» (Luc, xxii, 19 ; I Cor., xi, 26)  Puis, par une déclaration à la fois clémente et terrible, Vous lui prouviez que rien de ce qu'il avait fait ou s'apprêtait à faire n'était secret pour Vous. Et quand le moment vint où il parut à Gethsémani à la tête des sbires armés qu'il amenait pour Vous saisir, Vous ne refusâtes point son baiser, mais lui livrant Votre joue, Vous lui dites ces paroles touchantes à faire pleurer des pierres : «Mon ami, qu'es‑tu venu faire ? Judas ! C'est par un baiser que tu trahis le Fils de l'homme» ! (Matth., xxvi, 50 ; Luc, xvii, 48) Enfin, comme l’amour, même Votre amour à Vous et ainsi témoigné, n'avait plus de prise, sur ce démon humain, usant comme d'une dernière ressource de ce qui, à force de l'épouvanter, semblait devoir le réduire, Vous fîtes soudainement paraître le juge qui voit tout et peut tout, sous l'agneau qui s'abandonnait muet et sans défense ; Vous terrassâtes d’un mot cette soldatesque impure, Judas sans doute avec elle. Tous furent violemment renversés, et ne se relevèrent que sur Votre ordre, étonnés, effarés, mais nullement convertis, et plus acharnés que jamais à poursuivre leur entreprise. Ah ! oui, il était bon, ô incomparable Jésus, que de la nuit d'une telle trahison jaillît ce jour divin qui éclaire Votre âme aux nôtres ; car encore bien que chaque rayon qui sort de cette sainte âme contienne et manifeste la splendide lumière du foyer, chaque rayon cependant a une très spéciale excellence ; et comme on ne peut point Vous trop aimer, on ne saurait assez Vous remercier de tout ce que Vous avez fait pour augmenter en nous une connaissance où notre amour trouve son aliment, y ayant d'abord son principe.

Puis, en Vous révélant ainsi, ô mon Maître, Vous nous instruisez, Vous nous exhortez, et avec une efficace que je puis bien nommer irrésistible. On saura désormais et toujours, on saura, en lisant cette page de l'Évangile la manière dont Vous entendez que nous traitions nos ennemis, et ce que c'est pour un chrétien que de rendre le bien pour le mal, et enfin jusqu'où s'étend ce cher et saint précepte, tant de fois répété par Vous : «Aimez-vous les uns les autres», aimez-vous tous et immuablement ; c'est à cet amour mutuel, universel et qui triomphe de tout, c’est à cet amour qu’on vous reconnaîtra pour Mes disciples» (Jean, xiii, 34-35)

Enfin, et que dire de plus ? ce mal sans nom, cette trahison sans pair, ce prodige d'ingratitude et de méchanceté, cet amas de crimes dans un seul crime, ce déicide commencé donne l'ouverture à Votre bénie Passion qui couronne Votre vie et consomme Votre œuvre. De ses mains avares et impies, Judas rompt tout d'un coup la digue qui retenait encore captif ce torrent de haine, d'iniquité et de souffrances dont il était écrit : «Dans le chemin», c'est-à-dire dans sa vie voyagère, «Il boira de l'eau du torrent » (Ps., cix, 8). Cette eau qui jaillissait de terre et dont la source était en enfer, cette eau grossie des pluies brûlantes qui tout à l'heure allaient ruisseler sur Vous du haut du ciel, c'était «Votre calice», ô mon doux Rédempteur ! Et en buvant ce calice, Vous ruiniez l'empire de Satan, Vous fondiez le royaume de Dieu et Vous sauviez le monde.

Quel triomphe ! Mais ainsi en sera-t-il, jusqu'à la fin, des scandales donnés par Vos prêtres. Votre grâce précède ces trahisons ; Votre providence les surveille ; Votre toute puissance les domine ; Votre bonté les exploite ; c'est ce qui fait qu'infailliblement Votre gloire les suit, les voit et les absorbe.



[1] Olivier Rota et Bruno Charmet : ”Le Bulletin trimestriel L’Amitié Judéo-Chrétienne de France. Premières orientations 1948-1974”, in Sens, 2009 n. 7/8, p. 403.

[2] Site Internet de l’A.J.-C.F. : http://www.ajcf.fr

[3] Dans le livre ”Mystères et secrets du B’naï B’rith” présenté par Emmanuel Ratier (Facta, 1993), on peut lire : ”Dès 1941, pour pallier son inactivée forcée, [Jules Isaac] s’est attelé à une étude sur les divergences entre les textes évangéliques et leur enseignement, qui présentent, selon lui, une version déformée du judaïsme. La première étude, Quelques considérations basées sur la lecture des Évangiles, rédigée en 1941 avec des rabbins et des membres du B’naï B’rith, aboutit finalement à Jésus et Israël, commencé en 1942-43”. (page 115). Aujourd’hui, la loge B’naï B’rith d’Aix-en- Provence (ville où Jules Isaac passa les dernières années de sa vie) s’appelle la Loge Jules Isaac.

[4] http://www.ajcf.fr/IMG/pdf/Statuts2.pdf

[5] M. Dufriche – Desgenettes, ”Vie du R.P. Libermann”, 1855. Page 64.

[6] Pie XI, Encyclique Misenrentissimus Redemptor, 8 mai 1928 -

[7] Saint Jean Chrysostome, Première Homélie sur la trahison de Judas.

[8] Abbé Glaire, Introduction à l’Écriture Sainte (Méquignon Junior, 1846). Tome 5, pp. 404-405.

[9] On pourra lire avec profit le livre de l’abbé Augustin Lehmann, juif converti, ”Histoire complète de l’idée messianique”. Ce livre démontre par exemple comment les sacrifices de l’agneau pascal, du bouc émissaire ou de la génisse rousse dans l’Ancien Testament se rapportaient au Christ souffrant.

[10] Jules Isaac, L’enseignement du mépris, Fasquelle – 1962. Page 14.

[11] Jules Isaac, L’enseignement du mépris, Fasquelle – 1962. Pages 117-118

[12] http://www.omegatv.tv/video/1396941398/sensdelavie/judaisme/Jesus--qui-est-il--par-Armand-Abecassis

[13]Col.fr : Communauté Online. La voix de la communauté juive de France : http://www.col.fr/article.php3?id_article=825

[14] Abbé Julio Meinvielle, Les Juifs dans le mystère de l’histoire.

Téléchargeable : http://www.nostra-aetate.org/Bibliotheque/1964_Abbe-Julio-Meinvielle_Les-Juifs-dans-le-mystere-de-l.histoire_40p.pdf

[15] Voici l’acte de charité tel que le récite tout véritable catholique : ”Mon Dieu, je vous aime de tout mon coeur et par-dessus toute chose parce que vous êtes infiniment bon et infiniment aimable, et j’aime mon prochain comme moi-même pour l’amour de vous”. Le catholique, sachant qu’il ne peut se sauver que dans l’Église catholique, voudra, appliquant ainsi l’acte de charité, que tous fassent partie de l’Église catholique. Qu’y a-t-il de plus important que le salut de l’âme pour l’homme ?

[16] Jules Isaac, Genèse de l’Antisémitisme. Calmann-Lévy, 1956. Page 161. Léon de Poncins, dans sa Réponse au TIMES à propos de l’Église et de la question juive, donne la deuxième partie de cette citation.

http://www.nostra-aetate.org/Bibliotheque/1967-12_Leon-de-Poncins_Reponse-au-Times_39p.pdf

[17] Citation tirée de l’article de Michel Laurigan, Vatican II : Du « mythe de la substitution » à la religion noachide, (Sel de la Terre, n° 46, automne 2003)

[18] http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Cardonnel

[19] Cette homélie est disponible sur le site Internet de l’abbaye Saint-Benoît-de-Port-Valais, en Suisse. http://www.abbaye-saint-benoit.ch Remercions-le pour l’immense travail de numérisation qu’on lui doit. Les œuvres intégrales de saint Jean Chrysostome, saint Augustin, Dom Guéranger et autres y sont disponibles.

[20] Jules Isaac, Jésus et Israël. (Éditions Fasquelle, 1963). Page 569.

[21] Cardinal Kasper, ”Chemins pris et questions qui persistent dans les relations entre Juifs et Chrétiens aujourd’hui : Les trente ans de la commission pour les relations religieuses avec les Juifs” in Cunningham, Hofmann et Sievers, ”The Catholic Church and the Jewish People : Recent Reflections from Rome”, (Fordham University Press, 2007)

[22] Cardinal Martini, ”Réflexions sur le dialogue judéo-chrétien”.