SERVIAM 

Lettre d’informations sur les relations entre l’église conciliaire et le judaïsme.                                                           

Enfin il leur envoya son fils, en disant, ils respecteront mon fils. Mais quand les vignerons virent le fils, ils se dirent entre eux : Voici l’héritier; venez, tuons-le et nous aurons son héritage.(S. Matthieu, Chap. XXI, 37-38)


 Numéro 17                                          Parution irrégulière                                   22 Mai 2009

Saint Jean XXIII et saint Jules Isaac

  Dans le numéro 10 de Serviam, nous avions évoqué le livre de Paul Giniewski, « L'antijudaïsme chrétien - La mutation », paru aux Editions Salvator en 2000.

  Nous présentons ici un nouvel extrait de ce livre, première partie de son épilogue. Nous y voyons exprimer le programme d’une nouvelle religion :

-          les saints d’autrefois (saint Jean Chrysostome, saint Louis, …) seraient remplacés par saint Jean XXIII et saint Jules Isaac.

-          Un nouvel enseignement (l’encyclique Pro Judeis) serait distillé.

-          Un cinquième Evangile serait promulgué se substituant à celui de saint Jean.

-          Au peuple chrétien sera substitué le peuple juif injustement accusé et persécuté depuis 2000 ans.

-          Judas procurera le salut.

-          Le Talmud, « ce monument de maturité et de sagesse » , retrouvera enfin toute la place que lui avaient injustement ravie les catéchismes catholiques, …

  Ensuite, nous reproduirons quelques extraits du livre « La cause des restes d’Israël introduite au Concile Œcuménique du Vatican sous la bénédiction de S.S. le Pape Pie IX » de l’abbé Joseph Lemann. Ces extraits démontrent le caractère faux et diffamatoire des écrits de Paul Giniewski et condamnent l’attitude de la secte conciliaire et de ses chefs.

« L'antijudaïsme chrétien - La mutation »

Pages 635 à 638

ÉPILOGUE


ALLÉGER LE POIDS DE LA CROIX

I

  Depuis deux mille ans, tous les Juifs ont subi une punition héré­ditaire pour des crimes qu'ils n'avaient pas commis.

  On commence à les disculper. Quand cette disculpation sera-t-elle le fait de tous les chrétiens et de toutes 1es Églises ? Au commence­ment du XXIème siècle, nous en sommes plus proches qu'au temps de Seelisberg et de Vatican II. Mais nous ne sommes pas encore au but. Car il ne suffit pas de bien dire, il faut surtout faire. Une idée qui ne devient parole est une mauvaise idée, enseignait le philosophe Chesterton ; non traduite en acte, une parole est mensongère ; un acte qui ne porte fruit est une mauvaise action. Faire, consiste à soul­ager les Juifs du poids de la Croix qu'ils portent, ce qui suppose un nouveau regard, un nouveau langage, un nouvel engagement chré­tien, une chrétienté résolument engagée dans la défense des Juifs. Des Églises abolissant, pour ainsi dire, la sainteté de saint Jean Chrysostome[1] à la langue de vipère ; de saint Louis qui voulait dialoguer avec les Juifs en leur passant l'épée dans le corps ; renonçant à faire d'Isabelle la Catholique une sainte ; et remplaçant les saints sataniques, pourfendeurs et homicides par de nouveaux saints : saint Jules Isaac et saint Jean XXIII.

  Alléger le poids de la Croix pesant sur nous, suppose des chrétiens mais aussi une chrétienté, un christianisme avec leur nouvelle théologie juive, engagés dans cette voie. Rien n'interdit de rêver pour l'an 2005 ou 2020 un autre Jean XXIII, prenant Jean XXIV pour nom-défi, nom-programme, nom-emblême, convoquant Vatican III et demandant à l'État d'Israël, pour l'héberger, l’hospitalité de sa capitale unifiée et éternelle. Les chrétiens, la chrétienté, le christianisme et leur pape se réuniraient en concile de Jérusalem. ­Jean XXIV y proclamerait l'encyclique Pro Judaeis, affirmant haut et clair le lien du peuple juif avec sa terre retrouvée et applaudissant à la fin de son errance-châtiment. Des cardinaux et des théologiens inspirés auraient écrit un Nouvel Évangile juif. La crucifixion des Juifs, leurs deux millénaires de Passion y seraient déplorés. Serait désavoué ce qu'on a perpétré à Sainte-Gudule de Bruxelles, à Rinn, à Oberammergau, à Pulkau, à Ségovie, ce qu'on a prêché dans certains catéchismes et livres d'histoire. Serratia marcescens Bizio serait appelé à la barre, pour laver les pseudo-sangs ruisselant des hosties que les Juifs n'ont pas martyrisées. Tout serait mis en oeuvre pour réhabiliter solennellement les Juifs calomniés et vilpendés, tortures et brûlés. Puisqu'on a canonisé le père Kolbe, on canoniserait aussi quelques Juifs pris au hasard parmi les assassinés d'Auschwitz. On  dirait clairement qui sont les successeurs des crucificateurs romains ­et de Pilate. Les Juifs, depuis l'époque romaine, sont les plus anciens des peuples colonisés. Avec Jean XXIV, avec le Nouvel Evangile juif avec le concile de Jérusalem, le temps de leur décolonisation serait venu, le temps pour les ancienne et nouvelle Alliances conjuguées d'arracher l'arbre du mal au lieu d'en élaguer quelques branches repoussant éternellement. Est-il utopique, sacrilège de vouloir ce temps nouveau ? Il est nécessaire aux descendants des Juifs crucifiés comme aux descendants de leurs crucificateurs. L'espérer est une joie. L'attendre, une grâce. Il est juste, il est pertinent, il est actuel de croire en une telle transformation des rapports d'Israël, peuple et État, avec la chrétienté.

  Jean XXIV fera peut-être scandale. Mais pour les seules âmes habituées. Quand son oeuvre sera accomplie, on s'étonnera qu’il ait fallu tant de siècles pour parvenir de la Passion selon saint Jean à la Passion selon saint Jules Isaac et saint Jean XXIII. L'Église compte plus de vingt cinq mille saints. On peut tracer son portrait moral, son portrait-robot à chaque moment de son histoire, selon les hommes et les femmes dont elle a fait des saints. Quand elle aura béatifié Jules Isaac, elle sera de son temps. Pour Jules Isaac et Jean XXIII, il faut exemplairement brûler les étapes, changer les procédures, agir démonstrativement. Il y a urgence. On a écrit des milliers de livres pour expliquer Auschwitz. Shoah est devenu un nom commun dans toutes les langues. On a fait couler autant d'encre bien intentionnée ou malveillante qu'on a versé de sang innocent. Ces dépenses auront été inutiles, ces fleuves ne conflue­ront jamais, si l'on ne creuse leur jonction, si l'on ne court à l'essen­tiel, si l'on ne déshabitue les âmes habituées. Auschwitz n'est pas un volcan éteint. Une nouvelle shoah, la shoah en keffia, gronde dans les entrailles de l'enfer. Elle bouillonne presque au bord du cratère du volcan.

  Pour prévenir de nouvelles éruptions, on doit déployer des moyens à la mesure de l'ancienne satanisation des Juifs.

  Un exemple, parmi ceux qui sont à notre portée, choisi volontai­rement trivial : Le recueil de documents officiels d'Églises et de per­sonnalités religieuses, Les Églises devant le judaïsme, cité souvent dans le livre qu'on vient de lire, relate qu'en 1966 le père Placide Lefèvre, historien et archiviste de la cathédrale de Bruxelles, conclut « sans hésitation », dans une étude, « au caractère inventé de toutes pièces du "miracle" », du meurtre rituel qui avait coûté la vie, en 1370, aux Juifs. En 1977, on apposa dans la cathédrale une plaque de bronze les réhabilitant. Les auteurs du recueil — publié en 1980 — constatent aussi que la « cathédrale conserve les traces de cette odieuse légende — vitraux anciens et modernes, six grandes tapisseries, un reliquaire — qui constituent une insulte permanente à la mémoire des victimes et à la communauté juive de Belgique ». Et « les nombreux visiteurs qui parcourent la cathédrale munis de guides touristiques relatant cette légende risquent d'y ajouter foi et ont droit à une mise au point rétablissant la vérité »[2].

  Suffisait-il donc d'apposer une plaque ? Pourquoi ne pas faire comme aux Pays-Bas, lors de la Réforme, quand on enleva de cer­taines églises les tableaux offensants pour les Juifs ?[3]. C'est dans cet esprit qu'à Lincoln le culte de l'enfant Hugue, imaginaire vic­time des Juifs, a été remplacé par un culte en faveur des victims du mythe. « La repentance, c'est l'engagement à changer de vie, non seulement le constat de la faute » a déclaré le père Jean Dujar­din à une radio chrétienne après la « Déclaration de Drancy ». Dujardin n'avait pas utilisé les mots techouva et tikkun. Il avait dit la même chose. La réparation ne doit pas être seulement symboli­que. Elle doit être réelle. Peut-être le nouvel enseignement de l'estime aura-t-il remplacé l'ancien, quand Judas désignera enfin un « féal qui procure le salut » ; un pilate un homme puissant et indifférent ; et un shylock la victime innocente d'un chrétien avide et cruel.

  Dans certains cas, la démarche sera douloureuse.

  Le Talmud[4] rapporte une parabole sur l'idée de réparation. Un homme avait dérobé une poutre à un voisin pour en faire la poutre faîtière de sa demeure. Après des années, pris de remords, il décida d'expier son erreur et de dédommager le propriétaire. Selon l'école de rabbi Hillel l'indulgent, il suffira qu'il offre des compensations financières. Selon rabbi Chammaï le sévère, il doit extraire la poutre volée et la restituer, quitte à voir s'écrouler sa demeure. En réparant ce qui a été dégradé, la chrétienté et l'Église doivent prendre le risque de cet écroulement, qui ne se produira évidem­ment pas. L'Église  et la chrétienté seront, au contraire, renforcées par l'enlèvement de la poutre. Elle était vermoulue. C'est son maintien en place qui menaçait le bâtiment. L'Église pourra l'étayer avec trois poutres neuves qui rajeuniront sa structure :

— la gratitude des Juifs,

— le rétablissement de la vérité et de la justice,

— et la bienveillante approbation de Dieu.

« La cause des restes d’Israël introduite au Concile Œcuménique du Vatican sous la bénédiction de S.S. le Pape Pie IX »

  Pages 13 à 15 : sur le Talmud (« livre de plomb » pour l’abbé Lemann, « monument de maturité et de sagesse » pour Paul Giniweski).

  Période de désespoir et de silence. — C'est l'époque du moyen âge ; les jeunes nations chrétiennes en formation, et aussi les juifs jaloux de conserver au milieu d'elles leurs coutumes, veulent être à part, ne pas se mélanger : de là les ghettos ou juiveries, positivement voulues par les juifs comme par les chrétiens. Reléguée à part, chaque juiverie présente une organisation en quelque sorte crispée qui se concentre dans le rabbin.

  Or le rabbinisme, redoutant l'influence des controverses catholiques, prend alors une résolution désespérée, mais habile : celle d'interdire, d'étouffer et d'enterrer la question messianique.

  Leur première mesure fut les anathèmes et les exécrations. Tous les rabbins se mirent à maudire les chercheurs du Messie. Qu'on écoute leurs funèbres souhaits, nous en avons composé une chaîne :

  « Tous les termes qui étaient marqués pour la venue du Messie sont passés », dit rabbi Rava.

  « Maudits soient ceux qui supputeront les temps du Messie », dit le Talmud de Babylone.

  « Puissent leurs os se rompre », dit rabbi Jochanan.

  « Périsse leur âme », dit rabbi Ephraïm.

  « Que l'enfer les engloutisse », dit rabbi Abarbanel.

  « Que la géhenne les dévore », dit rabbi Matthatia.

  « Que leur coeur éclate et que leurs calculs s'évanouis­sent », dit rabbi Maimonide.

  « Que leur esprit crève comme une tumeur », répètent à l'envi d'autres rabbins.

  Quel langage ! quelle solution ! si la vérité était là, au­rait-elle donc ces accents !

  Une deuxième mesure rabbinique, plus radicale encore, fut de faire oublier la question messianique en substituant, à l'étude de la Bible, l'étude du Talmud. Le nom de Tal­mud signifie enseignement, transmission. Sous le but spé­cieux de compiler et de transmettre des documents scienti­fiques, cérémoniels et casuistiques concernant les moeurs des Hébreux, le rabbinisme parvint à détourner les esprits de l'étude de la Bible pour les parquer dans le monstrueux assemblage des douze volumes in-folio qui composent le Talmud. Oui, il vint un temps dans notre histoire où, sous la pression incessante des talmudistes, on vit le génie littéraire du peuple hébreu, ce beau génie qui s'était appelé Isaïe, Amos, Joël, changer tout à coup de direction, quit­ter, comme un grand fleuve qu'on veut tarir le lit majes­tueux que Dieu lui avait fait, et où il coulait depuis qua­rante siècles, abandonner ces rives fortunées de la Bible, les collines de Gabaa et les champs de Saron, pour se per­dre dans l'aridité des sables, dans les questions vétilleuses du Talmud. Plus de larges horizons, plus de nobles frémissements sur les hauteurs ! Ce peuple ne s'occupera désor­mais que de questions de viandes pures ou impures, de souillures contractées ou lavées, de minuties sabbatiques, et de calendrier. Les Pères de l'Eglise ont vu tout cela et leur compassion était grande. « Au lieu de vous exposer le sens des prophéties, leur disait l'un d'eux, vos maîtres s'abaissent à des niaiseries. »

  Aussi un israélite résumant et dénonçant notre situation intellectuelle au moyen âge, a pu écrire dernièrement :

  « C'est aux talmudistes que, dans leur exil, les Juifs doivent l'étouffement de tout esprit d'indépendance spirituelle; depuis que le Talmud, ce livre de plomb, pèse sur Israël, les Juifs n'ont plus d'histoire. »

Pour être complet, il n'aurait eu qu'à ajouter : et sur­tout plus de question messianique. Oui, depuis que ce livre de plomb pèse sur Israël, les Juifs n'ont plus de question messianique.

  Page 48 à 49 : Sur Pie IX et le juif Mortara (Voici ce qu’en dit Paul Giniweski, page 287 de son livre : ”Mais l’affaire [Mortara] eut une retombée historique heureuse, et d’envergure : elle servit de catalyseur à une réaction juive à l’oppression spirituelle. Les Juifs commencèrent à réaliser leur vulnérabilité, fût-ce dans le monde éclairé et moderne. Leur indignation et leur frustration conduisirent à la création d’organisations nationales et internationales de leurs intérêts, notamment, en 1860, à la fondation de l’Alliance Israélite Universelle.” A l’inverse, l’abbé Lemann juge ce geste de Pie IX comme ”le plus grand acte de régénération morale qui se soit jamais fait, et qui se fera peut-être jamais en faveur du peuple juif.”)

  A cette date 1858, commencèrent donc les malheurs de Pie IX. La Croix du Calvaire avait remplacé le pinacle du Temple.

  Tel est le fait historique. Et maintenant voici la philoso­phie que nous y découvrons par rapport à la régénération morale du peuple juif.

  Les Juifs n'ont pas encore compris tout ce qu'il y a eu de magnanime dans l'attitude de ce vieillard,de ce Pontife s'exposant à tout plutôt que de se séparer d'une âme juive devenue chrétienne. Ils ne l'ont pas compris, ils ne pou­vaient pas le comprendre. Les gouvernements, les princes, les sages du siècle ne l'ont pas compris davantage, parce que la même cécité qui pèse sur les restes d'Israël depuis dix-neuf siècles, est devenue, à cette heure, le partage d'un grand nombre chez les nations chrétiennes : ils ont des yeux et ils ne voient pas. Mais un jour l'histoire dira ceci : Il fut un temps où l'un des successeurs de saint Pierre fut placé dans cette alternative: ou renoncer à un enfant juif bap­tisé, ou s'exposer à se voir dépouillé de sa royauté tempo­relle. Il n'hésita pas et ses malheurs commencèrent. « O mon fils, s'écriait un jour le saint vieillard en se penchant vers Edgard Mortara qui était à ses pieds, mon fils, vous m'avez coûté bien cher. »

  Il n'hésita pas. Eh bien! nous osons le dire, ce fut là le plus grand acte de régénération morale qui se soit jamais fait, et qui se fera peut-être jamais en faveur du peuple juif. On pourra trouver dans l'avenir des moyens de régé­nération plus puissants et mieux écoutés. Mais rien ne vaudra jamais l'acte de ce Pontife se laissant dépouiller, et triste jusqu'à la mort, plutôt que de se séparer d'une âme juive baptisée.

  Veut-on savoir ce que vaut l'âme d'un juif ? Qu'on regarde Pie IX, dépouillé de tout, mais retenant à ses côtés, sur le Calvaire, l'enfant de ses douleurs !

  Un jour, quand le peuple juif se convertira, il se mettra à genoux devant l'attitude de ce Pontife, et chaque père le montrant avec amour dira à son fils: « Que sa louange de­meure éternellement non seulement dans ta bouche, mais encore dans la bouche de tes enfants, et des enfants de tes enfants, maintenant et à jamais ! »

  Page 82 et 83 : traduction de la supplique (postulatum) Pro Hebræis. (page 76, l’abbé Lemann précise : “Un postulatum – comme l’indique le mot latin, postulare; demander, solliciter – est un voeu écrit et motive, par lequel on sollicite que telle ou telle question soit portée devant un Concile qui est rassemblé. Les Evêques seuls ont le droit de presenter les postulate; par consequent un laïque qui voudrait introduire devant le Concile ne question qu’il croit utile, doit recourir à l’intermédiaire d’un ou plusieurs Evêques. C’était là notre situation”. La supplique Pro Hebræis des abbés Lemann, signée par plus de 500 évêques, est l’opposée de l’Encyclique Pro Judeis souhaitée par Paul Giniewski. Soulignons de plus l’attitude de la véritable Eglise envers les infidèles telle que l’a décrite l’abbé Lemann : “Chaque fois qu’il a été possible à l'Eglise de faire péné­trer la lumière de l'Evangile chez les peuples assis dans les ténèbres de la mort, elle n'a point failli à cette mission divine.”A comparer avec la secte conciliaire dirigée actuellement par Ratzinger-Benoît XVI qui lors de son recent voyage en Israël a déclaré : “Les premiers pas d’Abraham sur le chemin de la foi, et les pas que nous faisons pour aller ou revenir de la synagogue, de l’église, de la mosquée ou du temple, battent le sentier de notre unique histoire humaine, et ouvrent, au fur et à mesure, la route vers la Jérusalem éternelle (cf. Ap. 21, 23)”)

SUPPLIQUE AUX PÈRES DU CONCILE DU VATICAN EN FAVEUR DES ISRAÉLITES

  Eminentissimes et Révérendissimes Pères.

  Au frontispice de la salle conciliaire on lit ces paroles de Jésus-Christ : Enseignez toutes les nations.

  Pour tous ceux dont elle frappe les regards, cette inscrip­tion est une preuve évidente que Votre sollicitude s'étend à toutes les branches de la famille humaine ; et c'est pour­quoi nous aussi fils d'Abraham et maintenant, par la grâce de Dieu, prêtres de Jésus-Christ, nous nous sommes sentis la force et la confiance de venir jusqu'à vous, pour im­plorer votre insigne miséricorde en faveur d'une nation qui est la nôtre, celle des Israélites.

  Chaque fois qu’il a été possible à l'Eglise de faire péné­trer la lumière de l'Evangile chez les peuples assis dans les ténèbres de la mort, elle n'a point failli à cette mission divine. Et s'il est arrivé qu'une nation se soit soustraite à ses célestes clartés, c'est que l'Eglise, il n'en faut pas dou­ter, trouvait à l'encontre de son zèle des difficultés insur­montables ; ainsi en a-t-il été, durant dix-neuf siècles, à l'égard de la pauvre nation Juive.

  Mais aujourd'hui, par une intervention visible de la Pro­vidence, les anciens obstacles sont en train de disparaître. Depuis le commencement de ce siècle, notre nation s'est complètement modifiée, soit dans sa situation sociale, soit dans sa situation religieuse.

  D'abord sa situation sociale s'est transformée ; dans pres­que tous les Etats de l'Occident, les Israélites se trouvent mêlés à la société, régis, à l'égal des autres citoyens, par les mêmes lois civiles. Ces séparations matérielles, nommées Ghettos, que les Israélites eux-mêmes, durant le moyen âge, avaient positivement voulues, parce qu'elles étaient des murs protecteurs, croulent depuis nombre d'années. Dans Rome même, notre magnifique et glorieux Pontife-Roi, Pie IX, a inauguré son avènement à la chaire de Pierre, en faisant tomber la porte du ghetto ; et la bonté du meil­leur des Pasteurs ne s'est point exercée sur des oublieux et des ingrats, car nous avons entendu naguère des Israé­lites de Rome faire cette exclamation touchante : « Pour nous, Pie IX, c'est un Ange »

  Au point de vue religieux, un changement considérable s'est pareillement produit au sein du Judaïsme. En effet, en même temps qu'ils avaient été séparés de la vie sociale par le Ghetto, les Israélites se trouvaient séparés des croyan­ces et des moeurs chrétiennes par le Talmud. Mais aujour­d'hui, poussés dans la société, ils sont comme poussés égale­ment à abandonner le Talmudisme pour adopter d'autres moeurs et d'autres croyances. Et cela est si vrai que, comme malheureusement les peuples de l'Occident sont tombés dans le rationalisme et l'indifférence, les Israélites, mêlés à leurs rangs, suivent à leur tour cette voie mauvaise.

  Ainsi, soit parce qu'à cette heure ils deviennent une partie importante dans la société, soit parce qu'abandon­nant leurs antiques croyances, ils sont séduits et entraînés par de détestables doctrines, il nous a semblé, Eminentissi­mes et Révérendissimes Pères, que le zèle du salut des âmes et aussi l'amour de notre nation exigeaient de nous, qu'hum­blement prosternés à vos pieds, nous suppliions votre misé­ricorde en faveur de nos frères, les fils d'Abraham.

  Daignez donc, Eminentissimes et Révérendissimes Pères, daignez, nous vous en supplions, les prévenir, dans votre affection paternelle, en leur adressant du sein de votre auguste assemblée un appel plein de tendresse. Car, lors même que leur conversion générale devrait encore être éloignée, vous auriez réalisé, en vous tournant vers eux, cette touchante prévenance du père de l'enfant prodigue, ainsi racontée par l'Evangile : « Lorsqu'il était encore loin, son père l'aperçut, et, touché de compassion, il se hâta d' accourir et se jeta à son cou. »

  Oui, Eminentissimes et Révérendissimes Pères, vous aurez pitié de nos frères les Israélites, parce qu'ils sont toujours chers à Dieu à cause de leurs pères, et parce que c'est d'eux que Jésus-Christ est né selon la chair.

  Vous en aurez pitié, en souvenir de la première prédica­tion si puissante de l'apôtre saint Pierre, dont le tombeau se trouve à la porte du Concile.

  Vous en aurez pitié, participant à cette continuelle dou­leur que ressentait l'apôtre saint Paul et qu'il exhalait de la sorte : « Je suis saisi d'une tristesse profonde, et mon coeur est pressé d'une continuelle douleur, au point que j'eusse desire de devenir anathème moi-même pour le salut de mes frères, qui sont du même sang que moi, qui sont les Israélites. »

  Vous en aurez pitié, afin que sous les ailes étendues du Concile du Vatican, ne soit pas oublié ce peuple vers lequel le Christ gémissant poussait ce cri de rassemblement : « Jé­rusalem, Jérusalem, que de fois j'ai voulu rassembler tes en­fants, comme la poule rassemble ses petits sous ses ailes !»

  Enfin vous en aurez pitié, ô PÈRES PLEINS DE CLÉMENCE, afin que la Bienheureuse Vierge Marie, notre soeur, que son Pontife bien-aimé a couronnée naguère du diadème d'IMMACULÉE, ressente au fond de ses entrailles maternelles ce dernier bonheur dont elle a manifesté le désir, dans le su­prême soupir de son Magnificat : Il a repris Israël, son enfant, s'étant souvenu de sa miséricorde, selon qu'il l'avait promis à nos pères, à Abraham et à sa postérité pour toujours.

                                                               Joseph LÉMANN, Augustin LÉMANN,

                                                               du clergé de Lyon.

  Rome, 20 janvier 1870. Jour anniversaire de l'apparition de laVierge Immaculée dans l'église de Saint-André delle Fratte.

Contact : contact.serviam@gmail.com

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[1] Note de Serviam : Voici ce qu’écrit Paul Giniewski à propos de saint Jean Chrysostome, page 165 de son livre :

Or, ce n'est pas simplement par d'admirables liturgies et des paroles chargées de beauté qu'on instillera l'aversion [envers les Juifs] au coeur des chrétiens. On procédera aussi par de violentes diatribes chargées de fiel et de poison. Jean Chrysostome (344-407), l'un des plus célèbres  Pères de l'Église, en est l'exemple le plus éloquent. Il mania l’éloquence sacrée, l'invective et l'insulte avec une efficacité telle qu’on lui décerna le sobriquet de « Bouche d'or ». Pour lui, « la synagogue, loin d'être un lieu où Dieu est adoré, est un lieu d'idolâtrie, une maison de débauche, un théâtre, un antre de voleurs, un repaire de bêtes sauvages et impures, la demeure du démon, la citadelle du diable, le lieu de toute perdition ». « Le nom le plus horrible qu'on puisse inventer ne sera jamais à la mesure de la synagogue. Obstinée dans son erreur, elle refuse de voir et d’entendre ; elle a délibérément perverti son jugement. Elle a étouffé en son sein la lumière de l'Esprit saint. Elle s'enfoncera de plus en plus dans le mal, jusqu'à sombrer dans l'abîme. Je hais la synagogue, je hais les Juifs pour la même raison. » Ils « sont tombés dans une condition inférieure à celle des animaux les plus vils. La débauche et l'alcoolisme les ont abaissés au niveau du bouc luxurie­ux et du porc, des étalons bien repus. Chacun hennit à la femme de son prochain ». Les Juifs ont en propre « cupidité, rapines, trahison envers les pauvres, larcins, trafics de mercantis ». Leurs jeûnes sont « prétextes à danses et beuveries ». « N'osez pas fréquenter ce peuple d'assassins et de bourreaux ». Bouche d'or a été la source­-mère d'où ont coulé des fleuves de venin antisémite, et l'intérêt principal du rappel de ses propos orduriers est de montrer comment ils préfigurent la scatologie antisémite moderne.”

On pourra lire avec profit le premier discours contre les Juifs de saint Jean Chrysostome et ainsi comprendre que les accusations qu’il porte contre la synagogue et les Juifs ne sont pas sans fondement. Evidemment, Paul Giniewski ne fait aucune mention des justifications apportées par saint Jean Chrysostome.

http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/chrysostome/traites/discju/discours001.htm

[2] Les Églises devant le judaïsme, Le Cerf, 1980, p 108.

[3] Jean Letellier, Les Juifs chez les chrétiens, Le Centurion, 1991, p. 73.

[4] Note de Serviam : Paul Giniewski écrit pages 73 et 74 de ce même livre : ”Aussi, certains catéchismes se déchaînent-ils contre des textes juifs post-bibliques, surtout le Talmud, où ”la puérilité, l’ineptie, la turpitude coudoient le mépris le plus formel de tous les devoirs d’humanité à l’égard de quiconque n’est pas de race juive”, résumé inepte et venimeux de ce monument de maturité et de sagesse que constitue le Talmud.”