SERVIAM 

Lettre d’informations sur les relations entre l’église conciliaire et le judaïsme.                                                           

Enfin il leur envoya son fils, en disant, ils respecteront mon fils. Mais quand les vignerons virent le fils, ils se dirent entre eux : Voici l’héritier; venez, tuons-le et nous aurons son héritage.(S. Matthieu, Chap. XXI, 37-38)


 Numéro 14                                          Parution irrégulière                                   28 Février 2009

Monsieur Williamson est un cinglé criminel

  Le 26 février 2009, le Vatican publiait une lettre d’excuses envoyée de Londres par Mgr Williamson suite aux propos négationnistes qu’il avait tenus devant les caméras d’une télévision suédoise en novembre 2008.

  Le Saint-Père et mon supérieur, Mgr Bernard Fellay, m'ont demandé de reconsidérer les remarques que j'ai faites à la télévision suédoise il y a quatre mois, en raison de leurs si lourdes conséquences.

  En examinant ces conséquences, je peux dire sincèrement que je regrette d'avoir fait ces remarques, et que si j'avais su à l'avance tout le mal et les blessures qu'elles allaient susciter, spécialement pour l'Eglise, mais aussi pour les survivants et les familles des victimes de l'injustice sous le Troisième Reich, je ne les aurais pas faites.

  A la télévision suédoise, j'ai seulement exprimé une opinion (... « je crois »... « je crois »...) de quelqu'un qui n'est pas un historien, formée il y a 20 ans, sur la base des preuves alors disponibles, et rarement exprimées depuis lors en public. Cependant, les événements de ces dernières semaines et les conseils de membres plus anciens de la Société Saint-Pie X, m'ont persuadé de ma responsabilité pour la grande détresse causée. A tous ceux qui ont été honnêtement scandalisés par ce que j'ai dit, devant Dieu, je demande pardon.

  Comme l'a dit le Saint-Père, chaque acte de violence injuste contre un homme blesse toute l'humanité.

+ Richard Williamson,

Londres, 26 février 2009.

  La dernière phrase de Mgr Williamson est directement inspirée de la ”clarification”[1] effectuée par Ratzinger-Benoît XVI, à la fin de l’audience du mercredi 28 janvier 2009, à propos du tollé suscité par la levée des excommunications des quatre évêques de la FSSPX :

A propos de la levée de l’excommunication des évêques lefebvristes  :

"Dans l’homélie prononcée à l’occasion de l’inauguration solennelle de mon pontificat, j’ai expliqué que ’l’appel à l’unité’ était un devoir ’explicite’ du Pasteur et, en commentant les paroles de l’Evangile sur la pêche miraculeuse : ’quoi qu’il y eût tant de poissons, le filet ne se déchira pas’, j’ai poursuivi : ’Hélas, Seigneur aimé, il – le filet – s’est désormais déchiré, aurions nous envie de dire, remplis de douleur’. J’ai continué : ’Mais non, nous ne devons pas être tristes ! Réjouissons-nous de ta promesse qui ne déçoit pas et faisons tout notre possible pour parcourir la route vers l’unité que tu as promise… Seigneur, ne laisse pas ton filet se déchirer et aide-nous à être serviteurs de l’unité’.

"C’est justement pour accomplir ce service à l’unité qui caractérise de manière spécifique mon ministère en tant que successeur de Pierre que j’ai décidé il y a quelques jours d’autoriser la levée de l’excommunication tombée sur les quatre évêques ordonnés en 1988 par Mgr Lefebvre sans mandat pontifical. J’ai accompli ce geste de miséricorde paternelle car ces prélats m’ont fait part à plusieurs reprises de leur vive souffrance à cause de la situation dans laquelle ils s’étaient retrouvés. Je souhaite que mon geste soit suivi par l’engagement que je leur ai demandé d’accomplir les pas nécessaires à la réalisation de la pleine communion avec l’Eglise, faisant ainsi preuve d’une fidélité et d’une reconnaissance véritables envers le magistère et l’autorité du pape et du Concile Vatican II".

A propos de la négation de la Shoah  :

"En ces jours où nous faisons mémoire de la Shoah, j’ai à l’esprit des images recueillies au cours de visites répétées à Auschwitz, un des camps dans lesquels a eu lieu le massacre atroce de millions de juifs, victimes innocentes d’une haine raciale et religieuse aveugle. Alors que je renouvelle avec affection ma solidarité pleine et indiscutable avec nos frères destinataires de la Première Alliance, je souhaite que la mémoire de la Shoah encourage l’humanité à réfléchir sur la puissance imprévisible du mal lorsqu’il atteint le cœur de l’homme. Que la Shoah soit pour tous un avertissement contre l’oubli, la négation ou le réductionnisme, parce que la violence à l’égard d’un seul être humain est une violence contre tous. Aucun homme n’est une île, a écrit un célèbre poète. Que la Shoah enseigne spécialement aux anciennes comme aux nouvelles générations que seul le chemin difficile de l’écoute et du dialogue, de l’amour et du pardon, conduit les peuples, les cultures et les religions du monde à l’objectif souhaité de la fraternité et de la paix dans la vérité. Que jamais plus la violence n’humilie la dignité de l’homme !".

   Personne ne semble se satisfaire de cette lettre d’excuses, que cela soit du côté du Vatican ou des organisatations juives.

  Le Père Federico Lombardi, directeur de la salle de presse du Saint-Siège observe que la lettre de Mgr Williamson n'est pas adressée au pape et ne respecte pas ce qui lui avait été demandé. « Il ne s'agit pas, a fait observer le P. Lombardi, d'une lettre adressée au Saint-Père, ou à la Commission Ecclesia Dei. La « déclaration » de l'évêque ne semble pas respecter les conditions établies dans la Note de la Secrétairerie d'Etat du 4 février 2009, où l'on disait qu'il devrait aussi prendre ses distances de façon absolument sans équivoque et publique, par rapport à ses positions concernant la Shoah »[2]

  A notre connaissance, la réaction la plus violente fut celle de Richard Prasquier, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF). Richard Prasquier avait été recu au Vatican le 11 février 2009 par le Cardinal Kasper.[3]

Richard Prasquier de dos, devant Ratzinger-Benoît XVI, en France en Septembre 2008.

Richard Prasquier de dos, devant Ratzinger-Benoît XVI, en France en Septembre 2008.

 Le CRIF a tout d’abord publié un communiqué écrit[4] dans lequel il qualifiait la lettre de Mgr Williamson comme un ”non-évènement”.

Le CRIF considère que la récente déclaration de M. Williamson, rapportée par l’agence Zenit, est un non-événement. Il y fait ses excuses à l’Eglise et aux familles des victimes de « l’injustice » nazie. Il n’y renie nullement les déclarations négationnistes qu’il proclame depuis une vingtaine d’années, et qui n’avaient pas jusque là beaucoup ému ni les dirigeants de la Fraternité Saint Pie X, ni les membres de la commission Ecclesia Dei.

Le CRIF rappelle que dans le passé Richard Williamson s’était aussi exprimé sur les Juifs et leur recherche du pouvoir, sur le mythe des attentats du 11 septembre, sur l’infériorité des femmes…

Le CRIF est conscient que les relations entre Juifs et Catholiques, qui ont pris un nouveau départ après Nostra Aetate, sont au centre du rejet de Vatican II par des franges intégristes. Heureux de voir que ces opinions sont aujourd’hui ultra minoritaires dans l’Eglise catholique, le CRIF appelle à la continuation du dialogue.

  Le 27 février 2009, lors d’une émission de la radio RTL et lors du journal de 20h00 de la chaîne publique de télévision France 2, Richard Prasquier a dit tout le mal qu’il pensait de Mgr Williamson et de la FSSPX. Nous reproduisons ici le verbatim[5] de l’émission de radio. Richard Prasquier était l’invité du journaliste Bernard Poirette.

Bernard Poirette : - En ligne avec nous, ce matin, Richard Prasquier, président du CRIF. Bonjour Monsieur Prasquier.

Richard Prasquier : - Bonjour.

Bernard Poirette : - L’évêque Williamson, négationniste, demande pardon devant Dieu à tous ceux qu’il a blessé en affirmant que la Shoah est un mythe. Pour vous, est-ce que l’affaire Williamson est close ou pas du tout ?

Richard Prasquier : - Non, ce que Williamson a dit, c’est un non-évênement. Je vais reprendre très précisément ses paroles :”Je regrette de m’être exprimé si j’avais su à l’avance le mal et la douleur que mes paroles ont causé avant tout à l’Eglise mais aussi aux survivants des parents et des victimes qui ont subi des injustices sous le troisième Reich.” Et je vous rappelle qu’il avait déclaré : ”Je pense que 200 à 300.000 juifs ont péri dans les camps de concentration mais pas un seul dans les chambres à gaz”. J’ai un de mes meilleurs amis qui s’appelle Shlomo Venezia, il a écrit un livre qui s’appelle Sonderkommando[6] où il décrit son expérience de nettoyeur en quelque sorte des chambres à gaz où tous les jours, tous les jours, tous les jours, il retirait des corps des juifs qui étaient gazés. Je peux vous dire très franchement : cet homme ne ment pas.

Bernard Poirette : - Donc Monsieur Williamson précise tout de même que son opinion est l’opinion d’un non-historien qu’il a forgée il y a vingt ans sur les éléments alors disponibles. Il laisse donc entendre qu’il y a vingt ans la preuve de la Shoah n’était pas amenée. C’est historiquement absolument faux, nous sommes bien d’accord ?

Richard Prasquier : - Nous sommes évidemment totalement d’accord. C’est tout à fait absurde, c’est tout à fait mensonger, c’est tout à fait – je dirais – criminel.

Bernard Poirette : - Donc il n’a absolument pas changé. Sur le fond, il est négationniste. Face à cela, monsieur Prasquier, que doit faire le Pape ? Est-ce qu’il doit faire quelque chose et si oui, quoi ?

Richard Prasquier : - Je ne suis pas là pour donner des conseils au Pape. Ce que je constate, c’est que Mgr Williamson dont on a repris l’interview qu’il a donnée à la télévision suédoise au mois de novembre, ca fait déjà vingt ans qu’il s’exprime sur le sujet. Et si vous regardez un peu sur internet, vous trouverez très facilement ses déclarations. Cela fait vingt ans...

Bernard Poirette : - Il a redit ensuite la même chose à la presse allemande, la presse écrite, quinze jours après.

Richard Prasquier : - Oui, tout à fait. Et cela fait vingt ans qu’il s’exprime comme cela. Cela fait vingt ans qu’il n’y a pas de chambres à gaz et il ne dit pas seulement cela d’ailleurs, Monsieur Williamson. Monsieur Williamson parle de complots dans bien d’autres domaines. Alors son antisémitisme est évident, c’est le complot des Sages de Sion, c’est les Juifs qui veulent dominer le monde. Dans d’autres domaines, je pense par exemple aux attentats du 11 septembre, il est évidemment pour le complot : ce ne sont pas les avions qui ont détruit les tours de New York. Et sur les femmes, c’est à peu près pareil. Donc, Monsieur Williamson est un cinglé, c’est un cinglé dangereux, c’est un cinglé criminel. Je ne vois pas comment cet homme peut exercer des fonctions d’évêque.

Bernard Poirette : - Donc vous souhaiteriez en clair qu’il soit excommunié pour hérésie. C’est le seul biais possible pour le pape.

Richard Prasquier : - Je ne connais pas les détails techniques. Ce n’est pas mon rôle de rentrer dedans. Je dis qu’un évêque est un homme qui doit donner un exemple à ses fidèles. Il y a plus grave encore je dirais peut-être que Williamson. C’est que tout cela était connu depuis vingt ans. Il y a trois autres évêques. Aucun, son supérieur notamment lui a reproché de s’être exprimé mais ne lui a jamais reproché d’avoir dit que les chambres à gaz n’existaient pas.

Bernard Poirette : - Sur le fond, effectivement, ils n’ont pas bougé.

Richard Prasquier : - Sur le fond, ils n’ont pas bougé. Et là, c’est encore plus grave parce que cela signifie que tout le groupe dans cette Fraternité Pie X considère qu’au moins que le négationnisme est une opinion comme une autre. Et malheureusement, malheureusement, il me semble bien que la Commission qui s’est occupée de réintégrer la Fraternité, les évêques de la Fraternité Pie X, et qui a donné son rapport au Pape, elle a considéré que être négationniste, ce n’était pas grave finalement. C’est ca qui m’inquiète le plus, je dirais. Que l’on considère que ce qui a été le plus grand crime de l’Histoire, ca n’est pas grave que de le nier, cela signifie que l’on a une vision complètement distordue de ce qui est le bien et de ce qui est le mal.

Bernard Poirette : - Merci infiniment Richard Prasquier, président du CRIF, donc invité ce matin en direct sur RTL. Je précise que Benoît XVI, le pape, sera en Israël au mois de mai et que cela sera peut-être un sujet de débat avec les autorités israéliennes civiles ou religieuses.

  Sur France 2, Richard Prasquier s’est exprimé dans les mêmes termes à propos de Mgr Williamson : ”C’est un cinglé, je vous dis le terme brutalement, c’est un cinglé. Il est négationniste, c’est un antisémiste. Sur le plan moral, alors là je dirais que c’est un criminel.”

Richard Prasquier sur France 2

  Imaginons la réaction du CRIF et de son président Richard Prasquier si jamais un membre de l’Eglise Catholique venait à s’en prendre à un rabbin avec la même violence verbale.

  Pourtant, il est clair qu’aux yeux des véritables catholiques, c’est-à-dire ceux qui n’acceptent pas la nouvelle théologie prêchée sur Israël et les Juifs depuis Nostra Ætate, que les Juifs sont de fait les plus grands négationnistes de l’histoire, eux qui nient opiniâtrement la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ. Si nier l’existence des chambres à gaz semble être le crime suprême aux yeux du monde actuel, il est pourtant évidemment que celui-ci ne peut barrer quiconque d’entrer au Ciel. Il n’en sera pas de même pour ceux qui, depuis vingt siècles, refusent de façon pertinace de reconnaître la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ :

  Alors Pierre, rempli du Saint-Esprit, leur dit : "Chefs du peuple et Anciens, puisqu'on nous interroge aujourd'hui sur un bienfait (accordé) à un infirme, (pour savoir) comment cet homme a été guéri, sachez-le bien, vous tous, et tout le peuple, d'Israël : C'est par le nom de Jésus-Christ de Nazareth, que vous avez crucifié, que Dieu a ressuscité des morts, c'est par lui que cet homme est présent devant vous en pleine santé. C'est lui, la pierre rejetée par vous les constructeurs, qui est devenue tête d'angle.  Et le salut n'est en aucun autre, car il n'est sous le ciel aucun autre nom donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés. " (Ac 4,12)

  Il sera intéressant de suivre ce qui se dira au ”traditionnel” dîner du CRIF, le lundi 2 mars 2009, retransmis aux frais du contribuable sur la chaîne de télévision Public Sénat. Le Président de la République, Nicolas Sarkozy devrait y être présent ainsi qu’une bonne partie du gouvernement.

Contact : contact.serviam@gmail.com

Aucun copyright.



[1] Notre propos n’est pas ici de commenter les paroles de Ratzinger-Benoît XVI. Soulignons seulement que pour Ratzinger-Benoît XVI, ” seul le chemin difficile de l’écoute et du dialogue, de l’amour et du pardon, conduit les peuples, les cultures et les religions du monde à l’objectif souhaité de la fraternité et de la paix dans la vérité.” A comparer avec les paroles de Notre Seigneur : ” "Je suis le chemin, la vérité et la vie; nul ne vient au Père que par moi. ” (Jn 14,6)

[2] http://www.zenit.org/article-20308?l=french

[3] Un compte-rendu audio est disponible : http://www.radiovaticana.org/fr1/Articolo.asp?c=265221

[4] http://www.crif.org/?page=articles_display/detail&aid=13956&returnto=accueil/main&artyd=9

[5] L’enregistrement audio est disponible à l’adresse suivante : http://media.rtl.fr/online/sound/2009/0227/3602335_Le-de-RTL-Richard-Prasquier-president-du-Conseil-Representatif-des-Institutions-Juives-de-France.mp3

[6] Note de Serviam : En réalité ce livre n’a pas été écrit par Venezia mais pas Béatrice Prasquier, fille de Richard Prasquier : http://www.uejf.org/uejf_detail.php?sid=&id_art=1136&id_type=4