SERVIAM 

Lettre d’informations sur les relations entre l’église conciliaire et le judaïsme.                                                           

Enfin il leur envoya son fils, en disant, ils respecteront mon fils. Mais quand les vignerons virent le fils, ils se dirent entre eux : Voici l’héritier; venez, tuons-le et nous aurons son héritage.(S. Matthieu, Chap. XXI, 37-38)


 Numéro 13                                          Parution irrégulière                                   23 Février 2009

L’abbé de Tanouärn et le peuple déicide

  L’abbé Guillaume de Tanouärn, membre du l’Institut du Bon Pasteur, a récemment été l’invité d’une émission de RCJ[1], la Radio de la Communauté Juive de France. Voici la présentation de l’émission sur son blog[2] :

  Le thème central de l’émission tournait bien évidemment sur ”l’affaire Williamson” sur laquelle l’abbé de Tanouärn tint des propos navrants. Cependant tel n’est pas le sujet de ce présent numéro de Serviam. En fin d’émission, le journaliste de RCJ ne put résister à aborder le problème du déicide. Ce qui suit est la retranscription de la partie de l’échange entre le journaliste et l’abbé de Tanouärn sur le déicide :

Le journaliste de RCJ : - En ce qui concerne le regard, vous savez, c’est aussi un point fondamental pour le Judaïsme, que vous considériez le catholicisme comme étant le Verus Israël pourquoi pas, nous ca ne nous dérange pas, chacun étant dans son authenticité et dans ses racines donc il n’y a pas de problèmes de cette nature

Abbé de Tanouärn : - Voilà, c’est ça qui est important

Le journaliste de RCJ : - Par contre l’accusation de déicide pour le peuple Juif nous pose problème, quelle est votre position ?

Abbé de Tanouärn : - Ah ! Je pense que sur ce point euh... bien entendu euh.... je crois bon, allez, je vais peut-être vous choquer mais je le dis : Nous sommes tous déicides, juifs ou non-juifs parce que ce sont nos péchés qui ont crucifié le Christ et donc le Concile de Trente, ca ne remonte pas à hier, c’était entre 1545 et 1575, le Concile de Trente a déjà fait une déclaration très solennelle sur ce point où il précise que la mort du Christ s’explique à cause des péchés des hommes.

Le journaliste de RCJ : - Alors comment faire en sorte que, au fond, cette version qui est la version traditionnelle de l’Eglise avant Vatican II ne soit pas une sorte d’arme de guerre, de haine, du monde catholique à l’encontre du peuple Juif ?

Abbé de Tanouärn : - Ah ben justement, si on dit que ce sont les péchés des hommes, ce ne sont pas les péchés...

Le journaliste de RCJ : - Ce n’est pas ce que disait...

Abbé de Tanouärn : - ... d’un peuple en particulier.

Le journaliste de RCJ : - C’est ce que vous dites aujourd’hui.

Abbé de Tanouärn : - Oui, mais le Concile de Trente dit déjà ca. Voyez, la Tradition est riche, le problème, c’est qu’elle a été simplifiée, c’est qu’on a fait du peuple Juif une espèce de bouc émissaire. René Girard d’un point de vue catholique justement a dit de très belles choses là-dessus. On lui a fait porter toute l’opprobre et tous les péchés du monde au lieu de prendre chacun sa part et je crois que l’enseignement chrétien, il est très clairement de dire à chaque homme qu’il est pécheur, à chaque homme que ses péchés ont crucifié le Christ.

  La position de l’abbé de Tanouärn est claire : Nous sommes tous déicides et la version qui considérait à rejeter le crime de déicide sur le seul peuple Juif est le résultat d’une simplification (que l’on imagine faite par des générations successives de catholiques simplets).

 Dans son livre, Jésus et Israël, publié en 1946, Jules Isaac rédigeait dix-huit points destinés à permettre aux chrétiens d’avoir un ”enseignement digne de ce nom” au sujet du Peuple Juif. Voici le quatorzième point :

  Se garder par-dessus tout de l’affirmation courante et traditionnelle que le peuple juif a commis le crime inexpiable de déicide, et qu’il en a pris sur lui, globalement, toute la responsabilité; se garder d’une telle affirmation non seulement parce qu’elle est nocive, génératrice de haines et de crimes, mais aussi parce qu’elle est radicalement fausse.

Un an plus tard avait lieu la fameuse Conférence de Seelisberg[3] qui édicta dix points destinés eux-aussi à redresser l’enseignement chrétien. Voici le septième point :

Éviter de présenter la Passion de telle manière que le caractère odieux de la mise à mort de Jésus retombe sur les juifs seuls. Ce ne sont pas les Juifs qui en sont responsables, car la Croix, qui nous sauve tous, révèle que c'est à cause de nos pêchés à tous que le Christ est mort. (Rappeler à tous les parents et éducateurs chrétiens la grave responsabilité qu'ils encourent du fait de présenter l'Évangile et surtout le récit de la Passion d'une manière simpliste. En effet, ils risquent par là d'inspirer, qu'ils le veuillent ou non, l'aversion dans la conscience ou le subconscient de leurs enfants ou auditeurs. Psychologiquement parlant, chez des âmes simples, mues par un amour ardent et une vive compassion pour le Sauveur crucifié, l'horreur qu'ils éprouvent tout naturellement envers les persécuteurs de Jésus, tournera facilement en une haine généralisée des Juifs de tous les temps, y compris ceux d'aujourd'hui.)

 Nous constatons que les propos de l’abbé de Tanouärn à la radio RCJ le 15 février 2009 correspondent parfaitement avec le septième point édicté à la conférence de Seelisberg.

  Dans son livre l’enseignement du mépris, Jules Isaac consacre plusieurs chapitres au problème du déicide. Citations à l’appui, il explique que saint Justin, Eusèbe, saint Augustin, saint Jean Chrysostome, saint Grégoire de Nysse, ... furent parmi les principaux responsables ”de la terrifiante accusation” de déicide. Dom Guéranger et Pie XI (qui dans son encyclique Mit Brennender Sorge du 14 mars 1937 avait écrit : ”Christ qui a reçu sa nature humaine d’un peuple qui devait le crucifier”) ne trouvent pas plus grâce aux yeux de Jules Isaac. Jules Isaac souligne que ”L’enquête conduite par le R.P. Démann [un juif infiltré dans l’Eglise] a montré que, vers 1950, la grande majorité des manuels d’enseignement catholique de langue française professait le thème du ”peuple déicide” ou même de la ”race déicide”.”

  Durant le Concile Vatican II, l’American Jewish Committee envoya trois mémoires au Secrétariat du Cardinal Béa :

-          L’image des Juifs dans l’enseignement catholique.

-          Les éléments anti-juifs dans la liturgie catholique.

-          Pour l’amélioration des relations entre Juifs et Catholiques.

  Dans la conclusion du second mémoire, on peut lire :

  Dans l’intérêt de meilleures relations entre les adhérents des religions monothéistes, nous demandons à l’Eglise de chercher des façons de mitiger l’impact de la liturgie du Triduum. Si l’Eglise sélectionnait des passages qui montreraient avec précision sa véritable attitude envers le peuple Juif ou si elle produisait ou stimulait une interprétation ou un commentaire  provenant de l’autorité qui, une fois pour toute, lèverait la charge ou l’implication de déicide du peuple juif, ceci contribuerait grandement à accroître la compréhension entre Juifs et Catholiques. La plupart des Juifs sont profondément convaincus que la charge de déicide, colportée à travers les siècles, fut un facteur central de l’antisémitisme persistant de la civilisation occidentale.

Dans la première proposition du troisième mémoire, on peut lire :

  Nous [...] demandons un rejet de ces faux enseignements religieux. Par conséquent, nous considérons que c’est une affaire d’une suprême urgence que le Concile Œcuménique rejette et condamne ceux qui affirment que les Juifs en tant que peuple sont responsables de la Crucifixion du Christ et qu’à cause de cela les Juifs sont accusés d’être maudits et condamnés à souffrir la dispersion et la destitution à travers les siècles; et de déclarer qu’appeler un Juif un meurtrier du Christ est un péché grave. Cette condamnation devrait être disséminée largement sous la plus haute autorité de l’Eglise Catholique Romaine à tous ceux qui sont chargés de la mission d’enseigner et de prêcher et à tous ceux qui sont responsables de guider spirituellement les fidèles. Une telle requête nous semble en accord avec la doctrine catholique telle que nous la comprenons.

  Ces demandes répétées des Juifs pour changer l’enseignement traditionnel de l’Eglise ont porté leurs fruits (grâce notamment au travail de sape réalisé par les agents de la Synagogue infiltrés dans au sein de l’Eglise Catholique tels les Pères Baum, Demann, Martin, ...).  Ce fut Nostra Ætate et toute la nouvelle théologie qui en découle. L’abbé de Tanouärn a beau se draper du vocable de la Tradition, il n’en propage pas moins l’enseignement nouveau (donc erroné si ce n’est purement et simplement hérétique) au sujet du peuple déicide à savoir que le crime de déicide ne peut être imputé au seul Peuple Juif mais à l’ensemble de l’humanité.

  Soyons clairs ! La réponse de l’abbé de Tanouärn n’est pas fausse si on s’en tient au simple plan moral. Mais le problème du déicide doit être considéré non seulement sur le plan moral mais également sur le plan historique. C’est le côté historique de la mort de NSJC que les ennemis de l’Eglise veulent taire absolument. L’abbé de Tanouärn sait très bien cela et en oblitérant le côté historique, il réalise – très certainement pour ne pas être traîté d’antisémite ou de disciple de Mgr Williamson – le plan de l’ennemi. Par conséquent, la réponse de l’abbé de Tanouärn sur le problème du déicide dans sa globalité – telle que posée par le journaliste de RCJ – est fausse car incomplète.

  Voici donc la réponse catholique à toute cette histoire. Nous la tirons d’un livre au titre évocateur : ”Qui a tué Jésus-Christ ?”. Il fut l’œuvre du Père Isidoro da Alatri et fut publié en 1961 avec l’Imprimatur. Les abbés de Sodalitium le republièrent en 2001[4]. Nous publions ci-dessous la préface de l’abbé Nitoglia, l’introduction du Père da Alatri puis la partie qui répond spécifiquement à a question du déicide :

Préface de l’abbé Nitoglia – 2001

   L'ouvrage du Père Isidoro da Alatri o.f.m. est l'un des plus beaux jamais écrits sur la  question du déicide. L'Imprimatur lui a été Accordé par l'évêque de Frosinone en 1961, mais il n'a malheureusement pas eu la diffusion qu'il aurait méritée. La présente  édition se propose d'y porter remède. Le style de cet ouvrage est clair, accessible à tous  mais aussi précis et profond tant du point de vue exégétique que théologique.

   Dans ces pages, la responsabilité collective de la religion juive post-biblique, du Sanhédrin et du peuple hurlant le Vendredi Saint: "Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants" est démontrée sans contredit. L'auteur nous apprend aussi qu'en 1933, les Juifs instituèrent à Jérusalem un tribunal officieux pour réexaminer la sentence du Sanhédrin. Le verdict fut que la sentence du Vendredi Saint devait être rétractée, parce que l'innocence de l'inculpé était démontrée. Ce sont les Juifs eux-mêmes qui ont appelé le châtiment de Dieu sur eux et sur leurs enfants. C'est le peuple juif qui s'est condamné lui-même avec ses chefs, encourant par voie de conséquence l'abandon et la répudiation de la part de Dieu. Cependant un grand nombre d'entre eux se sont repentis et ont obtenu le pardon de Dieu mais aujourd'hui encore, si les fils de ce peuple restent solidaires de leurs pères pour condamner Jésus, ils attirent sur leur tête la condamnation que Dieu réserve à tout pécheur impénitent. Comme le fait remarquer Tertullien, ce ne sont ni le Christ ni Son Eglise qui ont émis la sentence "Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants", ce sont les Juifs. Le peuple (autrefois) élu a été réprouvé et condamné par Dieu parce que meurtrier du Christ. Aussi le Royaume changera-t-il de maître et sera-t-il transféré des Juifs aux païens; le peuple d'élu deviendra réprouvé et les nations abandonnées deviendront les nations élues. C'est aux chefs que revint la culpabilité la plus grave, mais le peuple en eut sa part (bien qu'à un degré moindre), lui qui avait vécu avec Jésus et avait été témoin des miracles opérés par Lui. S'il y eut ignorance, ce fut une ignorance volontaire et donc coupable. L'objection récente suivant laquelle Jésus est mort pour les pécheurs est réfutée avec beaucoup de bon sens: dire que tous les pécheurs ont tué Jésus de leurs mains, qu'ils l'ont mené à Pilate et qu'ils ont demandé Sa mort n'est pas possible. On peut seulement dire que Jésus est mort pour sauver tous les hommes; ceux-ci sont cause finale et non efficiente de Sa mort en croix. C'est bien par le peuple juif vivant à l'époque de Jésus-Christ et ses chefs que le Christ fut tué et trahi, ainsi que par ses descendants qui continuent à Le refuser et à vouloir Sa mort, Le considérant comme blasphémateur. Pour avoir rejeté le Christ, Israël était rejeté par Dieu.

   Dieu n'abandonne pas (ne réprouve pas) qu'Il n'ait été d'abord abandonné: c'est ce qu'enseigne l'Église! Dorénavant ce ne sont plus le sang et la race d'Abraham qui forment le peuple élu, c'est la foi en Jésus-Christ: "Si vous êtes du Christ, vous êtes donc descendance d'Abraham" (Gal. III, 26 à 29). Avec la mort de Jésus le peuple juif se scinde en deux: un «reste» formé de ceux qui croyant en Jésus et s'étant dissociés de sa condamnation constituent le véritable Israël spirituel; et les autres (hélas, le plus grand nombre!) qui, refusant Jésus, sont demeurés l'Israël réprouvé par Dieu, et c'est le judaïsme talmudique antichrétien. Il faut cependant tenir pour assuré - à l'encontre de l'antisémitisme biologique - que quiconque, de quelque race qu'il soit, reconnaît Jésus comme Dieu peut faire partie du nouveau peuple élu, l'Eglise, en laquelle "il n'y a plus ni Juif ni Grec" (saint Paul) mais seulement la foi. La condamnation de l'antisémitisme biologique va de pair avec la condamnation des «Amis d'Israël», association qui, par un faux œcuménisme, s'éloigne de la doctrine de l'Eglise sur la responsabilité du judaïsme religieux post-biblique dans la mort du Christ, ce en quoi cette association est un véritable «précurseur» (réprouvé par l'Eglise du Christ) de Nostra Ætate. Cependant, si la condamnation suit le judaïsme tout au long de son histoire, elle cessera un jour; car l'endurcissement d'Israël aura une fin. Il est révélé que le peuple juif se convertira au Christ, se repentira de son péché et sera accueilli par Dieu.

   Puisse cet opuscule éclairer l'esprit de ses lecteurs sur une question si importante, cœur de la religion chrétienne en quelque sorte. Car, si le Christ est Dieu, le judaïsme post-chrétien est une religion fausse; si, au contraire, l'Ancienne Alliance n'a jamais été révoquée, Jésus est un faux prophète (Absit!). Des deux choses, une seule est vraie, pas les deux; et ce en vertu du principe de non-contradiction.

L’introduction du Père da Alatri - 1961

  BUT DU PRÉSENT OPUSCULE

  Voilà un certain temps déjà que circulent tant oralement que par écrit des choses inexactes, équivoques et infondées, et même tout à fait opposées aux affirmations des Evangiles et à la Tradition de la pensée chrétienne catholique, sur la responsabilité pesant sur les Juifs dans la mort en croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ[5], mort réclamée et exigée par eux avec une insistance et une suffisance inouïes. Il est évident que cette façon de parler et d'écrire en minimisant le drame terrifiant de la Passion et de la Mort de Jésus-Christ, ne peut qu'engendrer confusion, erreur et perplexité dans l'esprit de ceux qui écoutent et lisent; surtout s'ils sont jeunes et pas encore bien formés et affermis à l'école de la pensée catholique, pensée qui trouve son fondement le plus solide et inébranlable non seulement dans la parole inspirée des Livres Saints mais aussi dans tous les Pères et Maîtres d'exégèse biblique les plus éclairés et les plus sûrs. Cet opuscule vise donc à rétablir, et, par la même occasion, répéter la vérité évangélique et historique concernant le crime horrible commis par le peuple hébreu et ses chefs en ce jour où, devant Pilate qui se lave les mains et crie: "Je suis innocent du sang de ce juste", ils répondent: "Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants" (Matth. XXVII, 25). Je suis désolé de devoir prendre dans cet écrit le contre-pied de ce que pensent d'autres personnes que pourtant j'estime, demeurant persuadé que si elles ont dit et publié des idées non conformes à cette vérité à laquelle chacun doit rendre témoignage et dont nous sommes tous les serviteurs, c'est en toute bonne foi et avec une intention droite. Une pensée me rassure cependant: dans une question aussi importante que celle-ci, la devise "Amicus Pilato, sed magis arnica veritas" prend toute sa valeur. Et inutile d'ajouter que, s'agissant de Jésus-Christ dont la mission est essentiellement mission de vérité et de vie (Jn XVIII, 27), cette devise devient impératif divin. Qu'aussi tout soit pour la gloire de Celui devant qui le ciel, la terre et l'enfer doivent plier le genou (Ph. II, 9). Et je ne puis penser autrement car qui parle et écrit en chrétien ne peut le faire que pour la plus grande gloire de Notre-Seigneur Jésus-Christ: "Au nom duquel il convient que toute chose soit faite et dite" (Col. HI, 17), parce qu'enfin "Il n'y a sous le ciel aucun autre nom donné aux hommes qui leur permette d'être sauvés" (Act. IV, 12). C'est donc avec le sentiment de la piété la plus vive que je me dispose à reproposer à l'attention du monde chrétien et juif le drame des souffrances et de la mort de Notre-Seigneur Jésus-Christ, afin de voir clairement quelle a été en ces circonstances la responsabilité du peuple juif et de ses chefs. Unique préoccupation dans un problème si important : ne pas trahir la vérité, la dire même toute entière.

QUI DONC A TUE LE CHRIST ?

  Pour nous, il n'existe et ne peut exister aucun doute: ce sont les Juifs qui ont tué le Christ. Mais alléguant ce  que dit Jésus dans le jardin de Gethsémani: "C'est assez, l'heure est venue; voici que le Fils de l'Homme va être livré aux mains des pécheurs" (Mc XIV, 41), nos adversaires croient pouvoir s'en tirer en affirmant: "Puisque nous sommes tous pécheurs, nous L'avons tous tué". Voilà qui est passer ici brutalement de l'ordre historique à l'ordre moral et mystique. Il est vrai que tous nous sommes pécheurs et que, comme tels, nous avons participé à la mort du Christ venu sur la terre justement pour sauver les pécheurs et mort pour les pécheurs; cela ne fait aucun doute. Mais on ne peut néanmoins affirmer que tous les pécheurs L'ont tué de leurs propres mains, L'ont conduit à Pilate et ont demandé Sa mort avec instance. Et en effet dire que le Christ est mort pour sauver tous les pécheurs est une chose; une autre est d'affirmer que tous les pécheurs L'ont tué en insistant comme des forcenés pour que Pilate Le condamne à mort, Le remette entre leurs mains et à la merci de leur volonté perverse, tyrannique et sanguinaire exigeant à plusieurs reprises le supplice de la croix... Qu'Il soit mort pour les pécheurs est une vérité si rebattue dans la Foi des chrétiens que cela ne vaut même pas la peine de le prouver; en font foi les textes bibliques bien connus du prophète Isaïe (Is. LIII, 4-5), l'autorité de saint Paul (Rom. V, 5-8), et tant d'autres témoignages qui abondent dans les Livres Saints et toute la littérature chrétienne dogmatique, morale, ascétique et mystique. Mais la question, nous le répétons, est tout autre, et voici comment elle doit être posée: qui est, historiquement, l'auteur de la mort du Christ pour avoir réclamé cette mort par tous les moyens, pour être allé jusqu'à menacer Pilate de l'accuser devant l'Empereur, pour avoir provoqué la sédition populaire ? Posée de cette manière la question ne peut avoir qu'une unique réponse: seuls les Juifs ont été la cause de la mort de Jésus. Et de fait, ce sont eux qui Le persécutèrent et Lui tendirent toutes sortes d'embûches durant sa vie entière, interprétant diaboliquement Ses miracles les plus éclatants ; ce sont eux qui s'obstinèrent à ne pas voir la lumière émanant de la parole et de la vie du Christ. Ce sont eux qui se servirent de Judas pour Le capturer dans le jardin de Gethsémani; ce sont eux qui envoyèrent la flicaille dans la nuit fatale. Ce sont eux qui Le conduisirent au tribunal; qui en réclamèrent instamment la mort, et à plusieurs reprises, soulevant le peuple contre Lui et menaçant le juge Pilate. Tout ceci est historique et s'impose comme un axiome mathématique à quiconque lit et n'a pas la volonté a priori de refuser l'Évangile. Quant au texte sur lequel s'appuient nos adversaires ("C'est assez, l'heure est venue ; voici que le Fils de l'Homme va être livré aux mains des pécheurs"), si l'on y réfléchit bien, il a le même sens et équivaut à ces paroles : "C'est assez ; l'heure est venue ; voici que le Fils de l'Homme va être livré - comme il fut livré de fait - dans les mains des Juifs, c'est-à-dire du Sanhédrin, et du peuple juif qui le conduisit ensuite devant les juges et en demanda la mort publiquement, avec insistance et menaces, mort qu'il obtint seulement à ce cri: "que son sang retombe sur nous et sur nos enfants!". Il suffit de lire tout le chapitre XIV de saint Marc. Il suffit encore de revoir la triple prédiction de cette même Passion et Mort de Jésus (première prédiction: Lc IX, 32; Mc VIII, 31-33; Matth. XVI, 21-23; seconde prédiction: Lc IX, 43-45; Mc IX, 30-35; Matth. XVII, 22-23; troisième prédiction : Lc XVIII, 31-34: Mc X, 32-34; Matth. XX, 17-19). Voilà pourquoi saint Augustin a écrit, évidemment à la lumière des textes évangéliques : "Les Juifs voulaient faire retomber toute l'iniquité de ce crime sur un juge homme; mais pouvaient-ils tromper le Juge Dieu ? Pilate, en faisant ce qu'il fit, participa certainement au mal, mais il fut bien moins coupable qu'eux. A la vérité, il insista comme il put pour libérer Jésus de leurs mains et, dans ce dessein, il Le fit flageller. Il flagella le Seigneur non pour Le persécuter, mais comme pour saturer la fureur des Juifs ; il espérait qu'à cette vue leur colère tomberait, et qu'ils ne voudraient plus tuer Celui qu'ils voyaient flagellé. Mais comme ils persévéraient, il se lava les mains en se déclarant innocent de Sa mort. Néanmoins, il Le condamna. Or, si celui qui L'a condamné, ayant la main forcée, est coupable, ceux qui L'ont forcé à Le condamner sont-ils donc innocents ? Certes non ! Mais il proféra contre Jésus la sentence, et, en commandant qu'il fut crucifié, ce fut presque comme s'il Le tua lui-même. Et vous, ô Juifs, vous aussi, vous L'avez tué. Comment L'avez-vous tué ? Avec l'épée de la langue. Vous avez aiguisé vos langues en effet, et vous L'avez tué en criant : "Crucifiez-Le, Crucifiez-Le !"[6]. Ajouter autre chose à l'affirmation décisive de saint Augustin qui n'est d'ailleurs que la voix de tous les Pères et Docteurs des siècles chrétiens, semble superflu. Toutefois, nous ne voulons pas renoncer à une dernière considération : si les Juifs, le peuple et ses chefs n'avaient pas vraiment tué le Christ, quel sens pourrait avoir cette série bien connue de reproches, les Impropères, qui sont lus dans la Liturgie du Vendredi Saint ? Dieu Lui-même y reproche au peuple juif toutes ses ingratitudes et scélératesses, ainsi que le crime impie de L'avoir pendu à une croix, après avoir reçu de Lui tant de bienfaits tout au long des siècles de l'histoire juive. Nous prions nos lecteurs de relire et de méditer tous ces textes à la lumière des faits, et non des rêves plus ou moins compatissants envers le peuple juif ; car, comme il a été dit justement en cette année 1960 : "La plus grande responsabilité morale de l'inique procès et de l'abominable déicide revient au peuple élu. Ses chefs prirent l'initiative, manigancèrent et complotèrent ; le peuple le seconda"[7].

La crucifixion

La crucifixion

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Aucun copyright.



[1] http://www.radiorcj.info

[2] http://ab2t.blogspot.com

[3] La conférence de Seelisberg est une conférence internationale extraordinaire qui s'est tenue dans le petit village de Seelisberg en Suisse, du 30 juillet au 5 août 1947, pour étudier les causes de l’antisémitisme chrétien.

Parmi les 70 personnalités venues de 17 pays, on comptait :

28 juifs, dont Jules Isaac, le Rabbin Jacob Kaplan, Grand Rabbin adjoint de France, le Rabbin Alexandre Safran, Grand Rabbin de Roumanie, l'écrivain Josué Jéhouda, de Genève ; le professeur Selig Brodetzki, président du Conseil représentatif des Juifs d'Angleterre.

23 protestants,

9 catholiques, dont le Père Marie-Benoît Péteul, le Père Calliste Lopinot, l'abbé Charles Journet, le Père Jean de Menasce, le Père Paul Démann.

Lors de cette conférence, les intellectuels chrétiens réunis prirent acte de la nécessité de corriger certains accents négatifs de l’enseignement chrétien sur le judaïsme et son histoire. Ils élaborèrent dix points, largement inspirés des dix-huit propositions de l’historien Jules Isaac et dont la diffusion contribuerait à faire reculer les préjugés courants de la pensée occidentale et chrétienne concernant les Juifs .

Source : Wikipedia

[4] Nous allons prochainement publier la version intégrale de ce livre.

[5] Cf. I. KLAUSNER, Jésus de Nazareth, Paris 1933; J. ISAAC, Jésus et Israël, Paris 1948; P. MARIANO, Il Sangue de Lui, Roma 1960; Palestra del Clero, n° 18, 15 sept. 1960, pp. 969-976 :

*   La fameuse phrase, "Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants" n'est pas une phrase cruelle et criminelle, mais une "phrase incriminée" ;

*   Cette phrase n'a pas été prononcée par la foule du peuple comme le disent tous les exégètes, mais par tout juste "quelques centaines de personnes" ;

*   Ces centaines de personnes consistaient en une sorte de ramassis "anonyme, non qualifié pour représenter la volonté de toute la ville de Jérusalem" ;

*   Ces gens, israélites et orientaux, furent montés par quelques chefs religieux qui n'avaient absolument pas compris Jésus, ni ses Paroles, ni Sa mystérieuse réalité; et d'ailleurs il n'est possible à personne d'estimer le degré de leur responsabilité et de leur faute et ce n'est pas à nous de juger l'Histoire. Sur ce point on ne peut donc que se taire !

D'ailleurs cette imprécation, ou vœu ou prise de position des Juifs ("Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants-) n'a eu aucune conséquence dans l'Histoire; juger que la destruction de Jérusalem et la dispersion du peuple juif dans le monde doit être attribuée à ce blasphème impie n'a aucun fondement ni historique ni théologique; même si "depuis des siècles ont pensé le contraire des gens et même des savants et des penseurs d'exception comme saint Jérôme, saint Augustin, saint Jean Chrysostome et autres";

*   Aucun de ses meurtriers ne connaissait Jésus: ni les soldats romains, "exécuteurs inconscients" d'une sentence inique; ni Pilate qui la prononça. Pas même les chefs religieux d'Israël, encore moins le peuple qui en a demandé la mort en croix ;

*   Ce ne sont pas les Juifs, comme on l'a toujours pensé jusqu'à nos jours, qui ont crucifié le Messie, ce sont "tous les pécheurs" ;

*   Rien - pas même la destruction de Jérusalem et de son Temple, ni même la dispersion du peuple d'Israël après la mort du Christ - rien n'autorise à dire que le peuple juif vit sous le coup d'un mystérieux châtiment pour avoir réclamé la mort du Christ ;

*   Israël est toujours le peuple élu; on ne peut l'appeler "déicide" ;

*   Qui sait si ce n'est pas la foi (juive) qui enseignera le bien au monde et aux peuples et si ce n'est pas pour cela et seulement pour cela qu'il faut que "les Juifs souffrent"? (cf. R Mariano, Il Sangue di Lui, Roma 1960) ;

*   A Jérusalem, Jésus est trahi par un disciple, mais pas pour de l'argent. Il tombe entre les mains d'une petite clique de la famille sadducéenne et sacerdotale d'Anne, mal vue du peuple; en sorte que ni Pilate ni le Sanhédrin ni le peuple ne sont responsables de Sa mort (cf. J. STEINMAN, La vie de Jésus, Paris, éd. Club des Libraires de France; cf. L'Osservatore Romano 28 juin 1961).

[6] SAINT AUGUSTIN, Commentaire du psaume LXIII; cf. Docteur P. BARBET, La Passion de N.-S. Jésus-Christ selon le chirurgien, Ed. Paulines Apostolat des Editions, 1977 Paris, p. 248; SAINT JEAN CHRYSOSTOME, Hom. 82 in Mt.

[7] Gesù Cristo, Guida per il primo corso di cuit tira religiosa dell'A. C. I., Cenac. 1960, p. 268.