SERVIAM 

Lettre d’informations sur les relations entre l’église conciliaire et le judaïsme.                                                           

Enfin il leur envoya son fils, en disant, ils respecteront mon fils. Mais quand les vignerons virent le fils, ils se dirent entre eux : Voici l’héritier; venez, tuons-le et nous aurons son héritage.(S. Matthieu, Chap. XXI, 37-38)


 Numéro 12                                          Parution irrégulière                                   14 Février 2009

Quelques conséquences de l’affaire Williamson[1]

  Le 21 janvier 2009, une émission d’une télévision suédoise, dans un reportage d’un peu moins une heure consacré à la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X (FSSPX), diffusa des propos ”négationnistes” tenus par Mgr Richard Williamson.

INTERVIEW- Affaire Williamson © Sipa

Mgr Williamson interviewé par la télévision suédoise

  L’Affaire Williamson était née. Le monde entier manifesta son indignation devant les dires de l’évêque britannique. Du Vatican à l’Elysée, de Berlin à Menzingen, la condamnation fut unanime.

  Ce fut donc une nouvelle démonstration qu’aucun crime ne peut actuellement surpasser la négation voire même la simple contestation de la totalité ou d’une partie de l’Holocauste (avec un grand H).

  La négation de la divinité du Christ, l’avortement, la manipulation d’embryons, ..., tout ceci n’est rien face au nouveau ”super-dogme” des cinquante dernières années. D’ailleurs a-t-on jamais entendu Ratzinger-Benoît XVI s’exprimer avec la même véhémence lorsque des prêtres de la secte conciliaire nient ouvertement des dogmes de la foi catholique ?

  Un ”Père” Daniel Duigou[2], qui a écrit ”il n'y aurait rien d'étonnant à ce que Lazare ait gardé de son adolescence une relation de type homosexuel avec Jésus.”[3] reste tranquillement impuni au sein de la secte concilaire, malgré des propos autrement plus graves que ceux de Mgr Williamson. Le ”Père” Duigou s’attaque à Dieu lorsque Mgr Williamson nie simplement un fait historique.

  Comme le fait très justement remarquer Michael Hoffman[4], l’auteur du maître livre, Judaism discovered , dans une réponse à Michael Matt :

”By way of proof we have only to point to the fact that no one goes to jail for denying Chris's death on the Cross or His Resurrection from the dead. Only the West’s most sacred icon, Holocaustolatry, is so protected.”

  Dès les propos de Mgr Williamson rendus publics (on ne nous fera pas croire que les organisations juives n’étaient pas au courant avant le 21 janvier de l’interview de Mgr Williamson), nous avons donc eu le droit à une longue plainte des organisations juives : CRIF, ADL, AJC, ... Ordre était donné à Ratzinger-Benoît XVI de mettre de l’ordre dans son Eglise. On brandissait le spectre des ”heures les plus sombres de notre histoire”. Etait-on sur la chemin du retour de l’enseignement du mépris ?

  La réponse fut unanime, du côté moderniste comme du côté – faussement – traditionnaliste. Haro sur le baudet ! Condamnation en bloc des propos de Mgr Williamson... Le nouveau super-dogme de la Shoah a encore de beaux jours devant lui.

  Comme il fallait s’y attendre, Ratzinger-Benoît XVI a recu au Vatican une délégation juive forte de 60 unités le 12 février. Parmi cette délégation, il faut noter la présence du rabbin David Rosen, d’Abraham Foxman de l’ADL et du rabbin Arthur Schneier de la Park East Synagogue . Après avoir recu son habituel cadeau de la main des juifs, Ratzinger-Benoît XVI a confirmé l’enseignement erroné et hérétique de la secte conciliaire envers les Juifs, reprenant les propos de son prédecesseur, Wojtyla-Jean-Paul II, en particulier la prière sacrilège du 26 mars 2000 que le polonais glissa dans un interstice du Mur des Lamentations.

Kasper et Ratzinger écoutant un représentant de la délégation juive au Vatican.

Kasper et Ratzinger écoutant un représentant de la délégation juive au Vatican.

A la droite de Kasper, Abraham Foxman et le rabbin Rosen.

  Ce nouvel épisode a permis de mettre au point la prochaine visite de Ratzinger-Benoît XVI en Israël au mois de mai prochain. Gageons que devant l’émotion suscitée par l’Affaire Williamson, Ratzinger-Benoît XVI va multiplier les gestes de servilité envers les détenteurs du super-dogme : visite au Mur des Lamentations, prosternation à Yad Vashem, ... [5]

  Cette Affaire Williamson a permis d’enfoncer le clou. Plus que jamais, Nostra Ætate est incontournable et reste le document essentiel de la secte conciliaire. Et ce n’est pas l’attitude des chefs de la ”Tradition” (FSSPX, ...) durant cette affaire qui va contribuer à changer la donne. Au contraire, ils ont fait preuve d’une servilité déconcertante[6] face aux aboiements juifs et conciliaires.

 Nous publions en annexe trois textes :

-          le discours du rabbin Arthur Schneier à Ratzinger-Benoît XVI au Vatican : ”A travers les orientations de Nostra Ætate, nous avons pu guérir les blessures du passé et parvenir à la réconciliation entre l'Eglise et le peuple juif.

-          le discours de Ratzinger-Benoît XVI à la délégation juive au Vatican : ”Moi aussi, je me prépare à visiter Israël, un pays qui est saint pour les chrétiens comme pour les juifs, puisque les racines de notre foi se trouvent là-bas. En effet, l'Eglise tire sa nourriture de la racine de ce bon olivier, le peuple d'Israël, sur lequel ont été greffées les branches sauvages des gentils (cf. Rm 11, 17-24). Depuis les premiers jours du christianisme, notre identité et chaque aspect de notre vie et de notre prière ont été intimement liés avec l'antique religion de nos pères dans la foi.”

-          une interview du rabbin David Rosen : Le pape doit venir en Israël”.

Hommage du rabbin Arthur Shneier à Benoît XVI

ROME, Vendredi 13 février 2009 (ZENIT.org) - Voici le texte de l'hommage que le rabbin Arthur Schneier de la Park East Synagogue de New York, président de l'Appeal of Conscience Foundation, a adressé au pape Benoît XVI lors de l'audience que le pape a accordée à la délégation de la Conférence des présidents des plus grandes organisations juives américaines.

Shalom, Votre Sainteté, la paix soit avec vous.

L'an dernier, la veille de la pâque juive, au cours de votre visite historique aux Etats-Unis, j'ai eu le privilège d'accueillir Votre Sainteté à la Synagogue d'East Park à New York. La première visite d'un pape dans une synagogue américaine a été une expression supplémentaire de votre engagement à l'égard de la communauté juive. Aujourd'hui, la délégation de la Conférence des présidents des principales organisations juives américaines bénéficie de votre hospitalité à un moment délicat des relations entre catholiques et juifs. Nous vous remercions de cette rencontre qui contribuera à panser les plaies et à la compréhension réciproque.

En tant que survivant de l'holocauste, j'ai vécu des jours douloureux et difficiles en affrontant la négation de la Shoah par rien de moins qu'un évêque de la Fraternité de Saint Pie X. L'année 2009 marque le 70e anniversaire du début de la Deuxième guerre mondiale, le 1er septembre 1939. Nous avons tous deux vécu les ravages de la guerre, la mort, la souffrance et la destruction. La Shoah a coûté la vie à six millions de juifs, hommes, femmes et enfants, y compris ma propre famille à Auschwitz et à Terezin. Votre Sainteté, nous-mêmes et d'autres qui ont vu les actes inhumains perpétrés par des hommes sur d'autres hommes, comment pouvons-nous ne pas être révoltés face à la négation de l'Holocauste ? Les victimes de l'holocauste ne nous ont pas donné le droit de pardonner à ceux qui l'ont perpétré, pas plus qu'à ceux qui le nient. Merci de comprendre notre douleur et notre angoisse, ainsi que pour votre ferme déclaration exprimant votre « indiscutable solidarité » avec le peuple juif et condamnant la négation de l'holocauste.

A l'automne de notre vie, nous devons transmettre aux générations futures ce « plus jamais » à travers l'enseignement de ce que fut l'holocauste. Cela peut représenter un appel aux consciences et nous tirer de notre torpeur d'indifférence devant la menace du génocide à notre époque.

Votre Sainteté, à travers les orientations de Nostra Ætate, nous avons pu guérir les blessures du passé et parvenir à la réconciliation entre l'Eglise et le peuple juif. Votre engagement personnel, ainsi que celui du Pape Jean-Paul II de vénérée mémoire, pour « embrasser nos frères aînés » nous ont apporté un encouragement supplémentaire en vue d'édifier des liens encore plus étroits entre catholiques et juifs partout dans le monde. Votre Sainteté, nous vous remercions d'être constamment à nos côtés alors que nous devons faire face au fléau de l'antisémitisme, de la profanation et de l'incendie de synagogues.

De même que les juifs, en traversant le désert, n'ont pas seulement transporté les deuxièmes tables de l'Arche, mais également les premières tables brisées, nous aussi, nous portons avec nous le souvenir de siècles de persécution, d'oppression et de dénigrement, mais nous ne sommes pas paralysés par le passé. Nous continuons avec foi dans le Shomer Israel, le Gardien d'Israël, qui nous abrite et nous protège par tous les temps (Psaume 121). Nous avons reconstruit nos vies, et nous avons eu le privilège d'assister à la renaissance d'Israël, c'est-à-dire de la prophétie d'Ezéchiel : « Je mettrai mon esprit en vous et vous vivrez, et je vous installerai sur votre sol, et vous saurez que moi, le Seigneur, j'ai parlé et je fais, oracle du Seigneur » (37, 14). La Terre promise attend votre arrivée.

Notre relation, basée sur le solide fondement de Vatican II, peut surmonter les difficultés périodiques. Nous pouvons en ressortir encore plus forts, pour coopérer les uns avec les autres, et travailler ensemble en vue de faire face aux défis immenses qui se présentent à notre civilisation. Puisse Dieu vous donner la force et une longue vie pour édifier des ponts à la recherche de la paix, du dialogue interreligieux et de la tolérance. Oseh Shalom Bimromav Hu Yaaseh Shalom Aleinu : que Celui qui fit la paix au Ciel nous aide à établir la paix sur terre.

© Copyright du Texte original plurilingue : Librairie Editrice du Vatican

Ratzinger, recevant son cadeau des mains du Rabbin Arthur Schneier et de Malcolm Hoenlein.

Ratzinger, recevant son cadeau des mains du Rabbin Arthur Schneier

de la Synagogue Park East de New York et de Malcolm Hoenlein.

Discours de Benoît XVI à une délégation du judaïsme des Etats-Unis

L’engagement irrévocable de l’Eglise

ROME, Jeudi 12 février 2009 (ZENIT.org) - Benoît XVI redit « l'engagement irrévocable de l'Eglise à des relations respectueuses et harmonieuses avec le peuple de l'Alliance » et dénonce à nouveau le « crime épouvantable » de la Shoah et l'antisémitisme. Le pape confirme son prochain voyage en Israël.

Benoît XVI a reçu en audience en fin de matinée au Vatican, en la salle du consistoire, une délégation de la « Conférence des présidents des organisations juives américaines majeures ».

* * *

Chers amis,

Je suis heureux de vous accueillir tous aujourd'hui et je remercie le rabbin Arthur Schneier et M. Alan Solow des salutations qu'ils viennent de m'adresser de votre part. Je me souviens bien des différentes occasions où j'ai pu, au cours de ma visite aux Etats-Unis l'an dernier, rencontrer certains d'entre vous, à Washington D.C. et à New York. Rabbin Schneier, vous m'avez aimablement reçu à la synagogue de Park East quelques heures avant votre célébration de la Pâque. Je suis maintenant heureux d'avoir la possibilité de vous offrir l'hospitalité ici chez moi. Ces rencontres nous permettent de manifester notre respect mutuel. Je veux que vous sachiez que vous êtes très bienvenus ici aujourd'hui, dans la maison de Pierre, chez le pape.

Je me remémore avec gratitude les différentes occasions que j'ai eues pendant de nombreuses années de passer du temps en compagnie de mes amis juifs. Mes visites à vos communautés de Washington et New York, en dépit de leur brièveté, ont été des expériences d'estime fraternelle et d'amitié sincère. Il en fut de même de ma visite à la synagogue de Cologne, la première des visites de ce type pendant mon pontificat. Cela a été très émouvant pour moi de passer ces moments avec la communauté juive dans une ville que je connais si bien, une ville qui a été celle de la première présence juive en Allemagne, ses racines remontant à l'époque de l'empire romain.

Une année plus tard, le 26 mai 2006, j'ai visité le camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau. Quelles paroles pourraient transcrire adéquatement une expérience si profondément émouvante ? En franchissant l'entrée de ce lieu d'horreur, scène de ces souffrances inénarrables, je méditai sur le nombre incalculable des prisonniers, dont de si nombreux juifs, qui ont foulé la même allée pour entrer en captivité à Auschwitz et dans tous les autres camps de prisonniers. Ces enfants d'Abraham, accablés de douleur et dégradés, avaient peu de choses pour les soutenir sinon la foi dans le Dieu de leurs pères, une foi que nous, chrétiens, nous partageons avec vous, qui êtes nos frères et sœurs. Comment seulement commencer à saisir l'énormité de ce qui a eu lieu dans ces prisons infâmes ? La race humaine tout entière ressent une honte profonde devant la sauvage brutalité qui a été faite à votre peuple à cette époque-là. Permettez-moi de rappeler ce que j'ai dit en cette sombre occasion : « Les potentats du Troisième Reich voulaient écraser le peuple juif tout entier ; l'éliminer du nombre des peuples de la terre. Alors, les paroles du Psaume : ‘On nous massacre tout le jour, on nous traite en moutons d'abattoir' se vérifièrent de façon terrible ».

Notre rencontre a lieu aujourd'hui dans le cadre de votre visite en Italie, en lien avec votre Mission de leadership annuelle en Israël. Moi aussi, je me prépare à visiter Israël, un pays qui est saint pour les chrétiens comme pour les juifs, puisque les racines de notre foi se trouvent là-bas. En effet, l'Eglise tire sa nourriture de la racine de ce bon olivier, le peuple d'Israël, sur lequel ont été greffées les branches sauvages des gentils (cf. Rm 11, 17-24). Depuis les premiers jours du christianisme, notre identité et chaque aspect de notre vie et de notre prière ont été intimement liés avec l'antique religion de nos pères dans la foi.

Les deux mille ans d'histoire des relations entre le judaïsme et l'Eglise sont passés par beaucoup de phases différentes, certaines étant douloureuses à rappeler. Maintenant, alors que nous pouvons nous rencontrer dans un esprit de réconciliation, nous ne devons pas laisser les difficultés du passé nous empêcher de nous tendre une main amicale. En effet, quelle famille n'a pas été troublée par des tensions d'une ou l'autre sorte ? La déclaration du concile Vatican II, Nostra Ætate, a été une pierre miliaire dans la marche vers la réconciliation, et a souligné clairement les principes qui ont gouverné l'approche de l'Eglise pour les relations entre chrétiens et juifs depuis lors.

Jean-Paul II au Mur des Lamentations, le 26 Mars 2000.

Jean-Paul II au Mur des Lamentations, le 26 Mars 2000.

L'Eglise s'est engagée de façon profonde et sans équivoque à rejeter tout antisémitisme et elle continuera à construire des relations bonnes et durables entre les deux communautés. S'il y a une image particulière qui englobe cet engagement, c'est le moment où mon bien-aimé prédécesseur Jean-Paul II, se tint devant le Mur Occidental de Jérusalem, suppliant Dieu de pardonner toutes les injustices que le peuple juif a dû souffrir. Je fais maintenant mienne cette prière :

« Dieu de nos pères,

tu as choisi Abraham et sa descendance

pour que ton Nom soit apporté aux peuples :

nous sommes profondément attristés

par le comportement de ceux qui,

au cours de l'histoire, les ont fait souffrir, eux qui sont tes fils,

et, en te demandant pardon, nous voulons nous engager

à vivre une fraternité authentique

avec le peuple de l'alliance » (26 mars 2000).

La haine et le mépris pour des hommes, des femmes et des enfants qui ont été manifestés dans la Shoah a été un crime contre Dieu et contre l'humanité. Cela doit être clair pour chacun, spécialement ceux qui se réclament de la tradition des Saintes Ecritures, selon lesquelles chaque être humain est créé à l'image et à la ressemblance de Dieu (Gn 1, 26-27). Il est indiscutable que toute négation ou toute minimisation de ce crime terrible est intolérable et en même temps inacceptable. Récemment, lors d'une audience publique, j'ai réaffirmé que la Shoah doit être « un avertissement pour tous contre l'oubli, la négation ou le réductionnisme, parce que la violence commise contre un seul être humain est une violence contre tous » (28 janvier 2009).

Ce terrible chapitre de notre histoire ne doit jamais être oublié. Le souvenir - on le dit à juste titre - est une mémoire du futur, un avertissement pour nous pour l'avenir, et une injonction à viser la réconciliation. Se souvenir, c'est faire tout ce qui est en notre pouvoir pour empêcher tout retour d'une telle catastrophe à l'intérieur de la famille humaine, en construisant des ponts d'amitié durable. Je prie avec ferveur pour que la mémoire de ce crime épouvantable fortifie notre détermination à guérir les blessures qui ont trop longtemps souillé les relations entre chrétiens et juifs. Je désire de tout cœur que l'amitié dont nous jouissons actuellement se fortifie encore davantage de façon à ce que l'engagement irrévocable de l'Eglise à des relations respectueuses et harmonieuses avec le peuple de l'Alliance porte des fruits en abondance.

Ratzinger récitant sa leçon devant la délégation juive, le 12 février 2009 au Vatican.

Ratzinger récitant sa leçon devant la délégation juive, le 12 février 2009 au Vatican.

Rabbin David Rosen : « Le pape doit venir en Israël »

11/02/2009 La Croix

Alors que Benoît XVI reçoit jeudi 12 février à Rome une cinquantaine de représentants de la communauté juive américaine, le rabbin Rosen, chargé du dialogue interreligieux au sein du grand rabbinat d’Israël, revient sur la crise suscitée par les propos négationnistes de Mgr Williamson. Le rabbin Rosen est aussi président du Comité juif international pour les consultations interreligieuses (Ijcic)

A quelles conditions le dialogue judéo-catholique pourra-t-il reprendre ? Êtes-vous satisfait des mises au point faites par le pape et la Secrétairerie d’État ?

David Rosen : Ce dialogue ne s’est jamais arrêté, ni pour le Comité juif international pour les consultations interreligieuses – partenaire juif officiel pour le dialogue avec le Vatican, que je préside –, ni pour le grand rabbinat d’Israël, que je conseille dans le domaine interreligieux.

La présentation faite par certains médias, selon laquelle les « liens étaient rompus », était fausse. Au grand rabbinat, nous avons simplement reporté notre réunion prévue le 2 mars (à Rome, entre le pape et le grand rabbinat d’Israël, NDLR) jusqu’à ce que le problème soit résolu de manière satisfaisante.

La mise au point faite mercredi 4 février par la Secrétairerie d’État, exigeant que Williamson se rétracte et que la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX) accepte totalement le concile Vatican II, et réitérant l’engagement du Saint-Siège dans le dialogue judéo-catholique, ainsi que son refus inconditionnel de toute forme d’antisémitisme, a bien sûr apporté la solution que nous recherchions.

Cela dit, si tout ceci avait été exprimé onze jours plus tôt, nous aurions pu éviter toute cette souffrance inutile et ces dommages, notamment pour l’image du Saint-Siège lui-même. Pour ce qui concerne à la fois l’Ijcic et le grand rabbinat d’Israël, nous pouvons maintenant reprendre notre dialogue officiel. Et nous cherchons actuellement avec les services du cardinal Kasper, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, une nouvelle date pour notre réunion, prévue en mars.

Cette crise peut-elle remettre en cause les progrès enregistrés ces quarante dernières années, depuis Vatican II et sa déclaration Nostra Ætate ?

David Rosen : Même si cette crise n’avait pas été résolue de manière satisfaisante, les communautés juive et catholique ont trop de choses en jeu pour remettre en question leur relation vieille de plus de quarante ans. Maintenant qu’elle est résolue, nous pouvons considérer cette crise comme un fiasco administratif qui a causé deux semaines de trouble, et qui est désormais derrière nous.

Finalement, quelle analyse faites-vous de cette crise ?

David Rosen : Il est clair que le Vatican connaît de sérieux problèmes dans ses procédures internes de concertation et de préparation. Plusieurs points semblent révéler une bureaucratie sérieusement défectueuse : le fait que le pape a indiqué ne pas connaître les opinions de Williamson (et soi-disant celle de la FSSPX en général), ajouté au fait que le cardinal Castrillon Hoyos lui-même, responsable des contacts et négociations avec la FSSPX, avoue qu’il ne les connaissait pas non plus, sans oublier, enfin, que le cardinal Kasper, chargé des relations avec le judaïsme, a dit n’avoir pas été informé – et encore moins consulté – dans cette affaire…

Ce n’est certes pas la première fois que cela apparaît au grand jour sous cette papauté. Oui, il y a un débat théologique interne sur ce qu’a été et ce qu’est Vatican II. Mais plus qu’un problème de fond, cet épisode est surtout un raté administratif.

Dans ce contexte, le projet de voyage de Benoît XVI en Israël est-il toujours souhaitable ? Est-ce le bon moment ?

David Rosen : Dans le sillage de cet épisode, il est encore plus important pour les relations judéo-catholiques que le pape visite Israël et la Terre Sainte. 

Recueilli par Anne-Bénédicte HOFFNER

Le rabbin David Rosen et Ratzinger-Benoît XVI le 30 octobre 2008 au Vatican

Le rabbin David Rosen et Ratzinger-Benoît XVI le 30 octobre 2008 au Vatican

Contact : contact.serviam@gmail.com

Aucun copyright.



[1] Nous ne parlons pas dans ce numéro de Serviam des affaires internes à la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X.

[2] http://membres.lycos.fr/duigoudaniel/

[3] Psychanalyse des miracles du Christ, p. 174-6.

[4] Nous vous recommandons très vivement de lire son dernier article :  http://revisionistreview.blogspot.com/2009/02/michael-hoffman-answers-michael-matt-of.html

[5] Le site internet Traditio annonce que lors de son voyage en mai prochain, Ratzinger devrait visiter une mosquée en Jordanie, deux synagogues en Israël ainsi que Yad Vashem.

[6] En apparence seulement.