SERVIAM 

Lettre d’informations sur les relations entre l’église conciliaire et le judaïsme.                                                           

Enfin il leur envoya son fils, en disant, ils respecteront mon fils. Mais quand les vignerons virent le fils, ils se dirent entre eux : Voici l’héritier; venez, tuons-le et nous aurons son héritage.(S. Matthieu, Chap. XXI, 37-38)


 Numéro 10                                          Parution irrégulière                                   20 Janvier 2009

Le Vidouy, la Techouva et le Tikkun

  La Conférence Centrale des Rabbins Américains et et l’Assemblée Rabbinique avaient salué avec joie la prière de repentance envers le peuple juif  prononcée par Wojtyla-Jean-Paul II lors de la ”MESSE POUR LA JOURNÉE DU PARDON” le 12 mars 2000 à Rome.

Etats-Unis, 2000/03/14

La Conférence Centrale des Rabbins Américains (réformistes) et l’Assemblée rabbinique (conservateurs), représentant 3.000 rabbins, désirent reconnaître et prendre acte des liens grandissants entre les communautés juives et catholiques. Nous exprimons notre admiration au pape Jean Paul II pour ses pas courageux pris afin de colmater les brèches historiques qui ont séparé nos deux communautés. Le pape a affirmé la nature irrévocable de l’Alliance de Dieu avec le peuple juif. Il a condamné l’antisémitisme en tant que « péché contre Dieu ». Il a forgé des relations diplomatiques avec Israël en reconnaissant à l’Etat juif le droit à l’existence à l’intérieur de frontières sûres. Il a appelé la chrétienté à la techouva pour les atrocités de l’Holocauste. Il a demandé pardon pour les excès des Croisades et de l’Inquisition. Il s’est opposé à l’action missionnaire des chrétiens à l’égard des juifs, encourageant plutôt à un soutien de la vie et de la prière juives. C’est dans ce contexte que nous accueillons et nous nous réjouissons de la liturgie historique de demande de pardon de Jean Paul II, dimanche dernier, face à toute la communauté catholique.

En empruntant la terminologie même du pape, nous appelons tous les responsables et représentants rabbiniques à un dialogue et une amitié intensifiés avec nos voisins catholiques romains. A ce moment historique du premier pèlerinage du pape à l’Etat souverain juif, puisse la conduite inspirée du pape Jean Paul II nous amener à une réconciliation, une amitié et un partenariat réalisant le tikkoun olam [« restauration de l’ordre originel », Ndlr].

Rabbin Charles Kroloff, président de la Conférence Centrale des Rabbins Américains, Rabbin Seymour Essrog, président de l’Assemblée rabbinique, Rabbin Paul Meynitoff, Vice-président exécutif de la Conférence Centrale des rabbins, et Rabbin Joel Myers, Vice-président exécutif de l’Assemblée rabbinique.

  Quelques jours plus tard, poursuivant la techouva qu’il avait initiée, Wojtyla-Jean-Paul II se rendait en Terre Sainte où il glissait la prière qui suit dans un interstice du Mur des Lamentations :

«Dieu de nos pères, Vous avez choisi Abraham et ses descendants pour amener Votre nom aux nations : nous sommes profondément attristés par le comportement de ceux qui, au cours de l'Histoire, ont fait souffrir Vos enfants et demandons Votre pardon»

  Dans une brochure[1] de 38 pages intitulée ”Pope John-Paul II, Visit to Jordan, Israel and the Palestinian authority : A Pilgrimage of prayer, hope and reconciliation” et publiée en 2006, l’Anti Deafamation League (ADL) fait le point sur la prière de reconciliation prononcée à Saint Pierre de Rome, le 12 mars 2000, et sur la prière glissée dans un interstice du Mur des Lamentations, le 26 mars 2000. Cette brochure est préfacée par Abraham Foxman[2], directeur de l’ADL et l’étude est signée par le rabbin Léon Klenicki.[3]

Couverture de la brochure de l’ADL

Couverture de la brochure de l’ADL

  Voici donc la traduction francaise (non-officielle) de l’extrait de cette brochure où le rabbin Klenicki commente les prières de Wojtyla-Jean-Paul II, la différence entre celles-ci et leurs significations pour le peuple juif :

  Jean-Paul II garda le silence, toucha le Mur occidental du Temple de Jérusalem, pria un instant et glissa dans un interstice du mur un morceau de papier sur lequel était rédigé le message suivant :

  Dieu de nos Pères, Tu as choisi Abraham et sa descendance pour que ton nom soit apporté aux nations : Nous sommes profondément attristés par le comportement de ceux qui, au cours de l'histoire, ont fait souffrir tes fils, et, en te demandant pardon, nous voulons nous engager à vivre une authentique fraternité avec le Peuple de l'Alliance.

  A l'exception d'une phrase, c'était la même prière de repentance que celle que le pape Jean-Paul II avait dite durant la messe du premier dimanche de Carême à  Rome, l'année du Jubilé. Durant cette messe, le Cardinal australien Edward Cassidy, alors président du Conseil Pontifical pour la Promotion de l'Unité entre les Chrétiens, a déclaré :

  Prions pour qu’en mémoire des souffrances endurées par le peuple d’Israël à travers l’histoire, les chrétiens reconnaissent les péchés commis par bon nombre d’entre eux contre le peuple de l’Alliance et ses bénédictions, et ainsi purifient leurs coeurs.

Il s’ensuivit un moment de prière silencieuse, puis le Pape Jean-Paul II répondit :

  Dieu de nos Pères, Tu as choisi Abraham et sa descendance pour que ton nom soit apporté aux nations : Nous sommes profondément attristés par le comportement de ceux qui, au cours de l'histoire ont fait souffrir ceux qui sont tes fils, et, en te demandant pardon, nous voulons nous engager à vivre une authentique fraternité avec le Peuple de l'Alliance. Nous te le demandons par Jésus-Christ, Notre Seigneur.

  Il s’agissait d’une prière catholique où le Pape invoquait le nom de Jésus. Mais quand il la transcrivit en un message destiné à être placé dans un lieu saint juif, il l’omit. Lorsqu’elle fut dite pour la première fois pendant une messe à Rome, cette prière suscita des réactions négatives de la part de la communauté juive. Le professeur Hans Hermann Henrix, théologien catholique allemand et Directeur de l'Initiative pour les Relations Œcuméniques et Interreligieuses, du Diocèse d'Aachen, en Allemagne, fit la remarque suivante :

  La liturgie de demande de pardon observée le premier dimanche de Carême 2000 à Saint-Pierre de Rome n’a pas entièrement répondu à l’attente juive d’une reconnaissance non équivoque de culpabilité de l’Église, car ainsi que son contexte, elle était assurément trop éloignée du peuple juif pour cela. Le Pape Jean-Paul II lui-même dut y mettre du sien pour lever cet obstacle. Ce fut chose faite lors de sa visite en Terre Sainte du 20 au 26 Mars. Le pèlerinage fut un symbole important, si l’on veut bien passer sur ce qui relevait en lui de la mise en scène et du folklore.

   La prière en question, dont la teneur est identique à celle de la quatrième prière de pardon du 12 mars et qui est conservée – revêtue de la signature du Pape – au Mémorial de l’Holocauste (Yad Vashem), peut maintenant s’avérer utile d’une nouvelle manière. Elle a été libérée de la perpective restreinte d’une reconnaissance de la faute de l’Église dans le contexte de la Shoah. Ainsi devient-il possible, par exemple, d’y entendre le pape appeler les Juifs « frères et sœurs » de Dieu, eux que l’Église a dénigrés pendant des siècles comme enfants du diable. De même, la reconnaissance de la mission juive consistant à apporter le nom de Dieu aux nations aura même importance que le fait d’appeler les Juifs « peuple de l’Alliance » Ces formules procèdent d’un esprit identique à celui de la prière d’intercession pour les Juifs du Vendredi Saint, qui permet aux congrégations catholiques de prier année après année pour qu’« ils puissent continuer à croître dans l’amour du nom de Dieu et dans la foi de son Alliance ».

  Ainsi Wojtyla-Jean-Paul II n’hésita pas à sacrifier Notre Seigneur Jésus-Christ sur l’autel de la ”réconciliation” entre Chrétiens et Juifs.

  Après avoir approfondi les diverses prières de ”repentance” de Wojtyla-Jean-Paul II envers les Juifs lors du mois de mars 2000, il est bon de revenir sur les termes de ”techouva” et de ”tikkun” que les rabbins américains utilisèrent dans leur message célébrant la prière de repentance prononcée à Saint-Pierre de Rome, le 12 mars 2000.

  Dans un chapitre consacré à ”la purifaction de l’espace chrétien”, Michel Laurigan, dans son livre ”L’Eglise et la Synagogue depuis Vatican II” publié aux Editions du Sel[4], consacre quelques lignes aux notions de ”vidouy”, de ”techouva” et de ”tikkun” :  

   Pour conclure, intéressons-nous à l’analyse de Paul Giniewski qui scrute les quarante dernières années à la lumière de la pensée juive. Il distingue trois temps qui sont comme trois étapes d’un processus bien défini :

– la « vidouy », c’est-à-dire la reconnaissance sincère du manquement et des fautes ;

– la « techouva », qui signifie la conversion à la conduite contraire ;

– enfin le plus important, le « tikkun », c’est-à-dire la réparation.

Où sommes nous arrivés ? s’interroge l’écrivain juif. « À la techouva » répond-il en précisant : 

”Celle-ci ne sera achevée que lorsque l’enseignement de l’estime sera formulé en textes didactiques et que leur propagation aura suscité de nombreuses vocations d’élèves et d’enseignants de la nouveauté. L’objectif est ambitieux : faire écouter et accepter un enseignement disant le contraire de ce qui fut enseigné [...]. Ainsi auront été décrucifiés les juifs.”

   Nous vous présentons donc les quelques pages du livre « L'antijudaïsme chrétien - La mutation » de l’auteur juif cité par Michel Laurigan, Paul Giniewski, où sont définies les trois étapes du processus dans lequel l’église conciliaire s’est mortellement engagée.

Paul Giniewski, « L'antijudaïsme chrétien - La mutation »,

 Editions Salvator, 2000.

Quatrième de couverture :

En septembre 1997, l'Épiscopat français publiait une déclaration sur les « origines religieuses » et sur « l'influence de l'anti-judaïsme séculaire », qui a marqué « la doctrine de l'enseignement chrétien, la théologie et l'apologétique, la prédication et la liturgie. Sur ce terrain a fleuri la plante vénéneuse de la haine des Juifs. »

Peu après, Jean-Paul II constatait que « des interprétations erronées et injustes du Nouveau Testament relatives au peuple juif et à sa prétendue culpabilité ont trop longtemps circulé, engendrant des sentiments d'hostilité à l'égard du peuple juif. »

C'est dans ces dispositions que l'Église aborde le troisième millénaire. Mais quelles ont été les « interprétations erronées » ? Et quelle moisson a produit « la plante vénéneuse » ?

Paul Giniewski retrace ce que fut l'ancien « enseignement du mépris » et décrit sa mutation en un nouvel « enseignement de l'estime ».

Évolution historique, théologique, sociologique annonçant une révolution des relations judéo-chrétiennes.

Paul Giniewski a étudié les problèmes historiques et contemporains des Juifs et de l'État juif dans une vingtaine d'ouvrages. Notamment : Être Israël (Stock), De Massada à Beyrouth (PUF), Préhistoire de l'État d'Israël (France-Empire), La Croix des Juifs (MIR).

pages 341-346

Deuxième partie

Le nouvel enseignement de l'estime

INTRODUCTION

VIDOUY, TECHOUVA ET TIKKUN

I

Au cours de leur deux mille ans de vie en dispersion, la diabolisation des Juifs a été une néfaste habitude et dans une certaine mesure, elle l'est restée. Nous l'avons décrite, avec ses effets, dans L'ancien enseignement du mépris. Or, on peut se déshabituer de toute habitude, on peut revenir sur toute erreur, on peut réparer tout dommage. Un long endoctrinement a installé l'aversion des Juifs et de la civilisation juive et en a rendu l'humanité malade. On doit, donc on peut l'en guérir. On ne peut imposer aux hommes l'estime ou l'amour des Juifs. On peut les leur proposer en enseignant pour quelles raisons ils ont été accusés et haïs, et rendre cette haine haïssable aux yeux des hommes de bonne volonté.

Ce processus de guérison est entamé. Au cours des dernières décennies du xx siècle, de nouveaux rapports judéo-chrétiens ont commencé à s'esquisser et au cours des dernières années du siècle, ce mouvement s'est accéléré. Des paroles décisives de repentance ont été prononcées, des demandes de pardon présentées. Elles constituent une rupture, parfois révolutionnaire, avec le passé. D'autres suivront. Dans Le nouvel enseignement de l'estime, nous décrirons ce présent prometteur, nous esquisserons l'avenir qui se profile, nous dirons comment nous le souhaitons idéalement. Terrain mouvant et changeant en permanence, car on a beaucoup ensemencé, on a commencé à moissonner, à l'encontre de vives résistances, on a peu engrangé.

Si la repentance est la condition nécessaire d'un nouvel enseignement de l'estime, elle n'est, en effet, pas sa condition suffisante. Les paroles et les actes de repentance ne constituent pas encore cet enseignement nouveau. Il y a là-dessus un large consensus entre Juifs et chrétiens.

Au cours d'un colloque organisé en 1994 par les « Conférences de l'Étoile » sur : « L'antisémitisme ne tombe pas du ciel », la plupart des orateurs ont constaté que les idées de rapprochement acquises assez largement au sommet de l'Église le sont beaucoup moins à la base de la chrétienté. Jean-Marc Chouraqui, directeur de l'Institut interuniversitaire d'études et de culture juives de l'Université de la Méditerranée, demandait que « soient répercutés à la base, les acquits théoriques du dialogue, formulés par des spécialistes catholiques dans des documents ignorés par la masse du clergé et des fidèles » (1). Car si Jean-Paul II, les épiscopats français, polonais, allemand, de nombreuses Églises protestantes, ont dit ce qu'il fallait dire du pourquoi et du comment de la paix judéo-chrétienne, on a souvent l'impression que leurs paroles, même reproduites sur toutes les « unes » de la presse mondiale, sont des voix clamant dans le désert.

C'est à la répercussion de ces voix, à la motivation et à la mobilisation de la base que veut participer ce livre. Il a montré dans L'ancien enseignement du mépris de quoi il y avait lieu de se repentir, il veut montrer dans Le nouvel enseignement de l'estime comment le repentir peut se transformer en action.

II

Cette transformation graduelle d'une prise de conscience en effets concrets, est bien décrite par la tradition juive sur le repentir,qui distingue ses trois stades. Il commence par le vidouy, la reconnaissance sincère du manquement et des fautes ; puis vient la techouva, la conversion à la conduite contraire ; enfin s'installe le plus important, le tikkun, la réparation. Dans le vis-à-vis judéo-chrétien, le tikkun est la mise en oeuvre de l'enseignement nouveau.

A quel point en sommes-nous, sur le chemin qui peut conduire le l'enfer au paradis ? C'est selon les hommes et les lieux. Au sommet des Églises et en chrétienté, des élites — pas toutes, il s'en faut de beaucoup — sont en état de vidouy. La techouva, la conversion à un regard contraire à l'ancien, porté sur les Juifs, est entamée, mais ne sera achevée que lorsque l'enseignement de l'estime sera formulé en textes didactiques, mis en ligne dans une catéchèse nouvelle, et quand leur propagation aura suscité de nombreuses vocations d'élèves et d'enseignants de la nouveauté. L’objectif est ambitieux : taire écouter et accepter un enseignement disant le contraire de ce qui fut enseigné, diffuser un « évangile » d'amour des Juifs. Quand le nouvel enseignement aura supplanté l'ancien, il aura déraciné, le temps, — beaucoup de temps aidant — l'antijudaïsme puis l'antisémitisme.

Ce sera le temps du tikkun.

III

Peut-on espérer réussir ? On le peut.

C'est la thèse de Jacques Maritain (1882-1973), pour qui la conscience chrétienne est seule capable de délivrer les âmes des poisons qui ont été sécrétés. (2) Il s'en explique par une parabole : « Aiguillez dans un sens déterminé l'attention des gens, elle remarquera aussitôt toutes sortes de données accidentelles qui serviront de prétexte à systématisation spontanée si absurde qu'elle puisse être. Répétez par tous les moyens d'une propagande intensive que tous les habitants de la Cinquième Avenue sont des escrocs, les autres habitants de New-York finiront par remarquer que, ma foi, tel citadin dont ils ont eu à se plaindre habite précisément la Cinquième Avenue. Et tel autre aussi, en vérité — les sales types dont nous avons à souffrir dans d'autres régions de la ville échappant comme de juste au rayon visuel ainsi fixé en nous. Et, au bout de quelques mois, vous aurez créé un "anti-fifth-avenueisme" aussi raisonnable et aussi bien confirmé que l'antisémitisme » (3). La démonstration convainc. Mais même si le nouvel enseignement est dispensé avec ardeur et s'il est largement reçu, il faudra peut-être des générations pour susciter un véritable anti-antisémitisme, installer un véritable respect des Juifs. Raison de plus pour se hâter de le mettre en chantier.

Qui devra orchestrer le nouvel enseignement ? La chrétienté avant tout. Elle a pratiqué l'enseignement d'hier, il lui appartient d'en diffuser le contraire. En quoi les nouvelles doctrines devront elles consister ? En une récusation des anciens griefs et mythes, en une affirmation des formulations nouvelles : les Juifs n'ont pas tué le Christ ; ils n'ont commis ni meurtres rituels ni profanations d'hosties ; leur civilisation, leur religion et leur culture ne sont ni périmées ni abolies ; l'ancienne Alliance non plus, même si le christianisme la considère mieux accomplie dans la nouvelle. Le portrait doit remplacer la caricature et l'imagerie d'Épinal simpliste des iconographies, les mascarades d'Oberammergau et de Rinn.

Les Églises ne doivent pas être seules à s'atteler à cette tâche. Tous doivent participer et chacun sera récompensé. En cours de ressourcement, des découvertes et des surprises sont réservées aux chrétiens comme aux Juifs, qui trop souvent ignorent leur propre civilisation et leur véritable histoire. « Tu as fait de moi une horreur, mes yeux sont épuisés par la misère » chantait David dans un psaume (Ps. 88, 9-10). Sous les masques ridés et les maquillage,, truqués d'Israël, hérités des tréteaux médiévaux, les chrétiens et ceux des Juifs qui ont adhéré aux stéréotypes, verront apparaître un visage toujours jeune et souriant. Quand on n'usera plus les visages des Juifs par le chagrin et la misère, quand on ne les persécutera plus, ils apparaîtront différents.

Car les caractères négatifs des Juifs, chaque fois qu'ils en ont eu, à une époque donnée, en un lieu, en une circonstance, étaient produits par les contraintes qui leur étaient imposées. Quand la pression se relâchait, le Juif retrouvait son authenticité. On lui fermait toutes les carrières, on le condamnait à l'usure : il était usurier. On l'enfermait dans un ghetto : il se repliait sur lui-même à l'intérieur des murs qui lui étaient imposés. On l'affranchissait : il devenait philanthrope, phare de l'humanité, à l'avant-garde des causes généreuses, quand son génie et son éthique pouvaient s'épanouir en liberté. Prisonnier sous des jougs pesants, ployant sous le poids de la Croix et des chaînes, il rampait. Il se redressait quand les chaînes tombaient. On l'empêchait par la force de porter les armes : il ne se battait pas ou se battait avec les armes des faibles et des désarmés la ruse, le compromis, l'inféodation au bourreau. Mais dans son État retrouvé, dans son état retrouvé, il prend les caractères des êtres normaux. Dans sa Bible de l'humanité, Michelet avait résumé tout cela d'une phrase : « Les vices (du peuple juif) sont ceux que nous lui fîmes et ses vertus sont à lui ». Et Charles Péguy par : « L’antisémite ne connaît pas les Juifs ». L'enseignement de l'estime doit les lui révéler.

IV

Dans L'ancien enseignement du mépris nous avons vu comment les armes de la polémique antijuive se sont forgées en une période primitive de concurrence religieuse acharnée. Elles sont restées inutilement et trop longtemps tranchantes. Le temps est venu de les remettre au fourreau. Mieux : de les briser pour en forger des socs de charrue et labourer une humanité nouvellement ensemencée.

Dans Le nouvel enseignement de l'estime nous allons entamer les labours nouveaux et supputer les moissons qu'ils produiront.

Mais nous allons labourer profond, au risque de faire mal aux âmes enfouies dans les ténèbres des sous-sols et des bas-fonds où la charrue n'a pas pénétré depuis près de deux mille ans.

Car le nouvel enseignement ne peut, ne doit pas consister seulement à démentir les griefs usés. Pour être reçu, il doit montrer comment, pourquoi les griefs se sont implantés et ont duré, orties, chardons et plantes vénéneuses qui ont déplacé les espèces nourricières. L'enseignement ne doit pas se borner à affirmer, mais apporter les démonstrations qui produiront l'adhésion à la nécessité de déraciner. Il doit déraciner, couper, cautériser.

Un midrache, un apologue talmudique, relate qu'un païen était venu trouver le doux Hillel, lui demandant de lui enseigner le contenu de la Loi pendant qu'il se tiendrait debout sur une jambe. Hillel lui dit : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse, c'est toute la Loi et les commentaires ». Puis il ajouta : « Maintenant, va et étudie ».

On est tenté de parodier ce maître du Talmud et de dire aux chrétiens : « Ne faites pas aux Juifs ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fasse, c'est tout l'enseignement nouveau ».

Mais on est bien obligé d'ajouter : « Maintenant, tournez cette page et lisez ce qui suit ».

Notes :

1.Jean-Marie Chouraqui : L'Église catholique et les Juifs : la paix de trente ans », Le Monde, 27 octobre 1995, p 12.

2.Lettre de Jacques Maritain à la conférence de Seelisberg, Cahiers sioniens, N° 3, 1 janvier 1948.

3. Jacques Maritain, Le droit raciste, La maison française, New-York, 1945 Ch. XXV. Cité par Jacques Maritain : « La lutte contre l'antisémitisme », cahiers sioniens,N° 3, janvier 1948, pp 90-191.

Paul Giniewski en 2004

Paul Giniewski en 2004

Contact : contact.serviam@gmail.com

Aucun copyright.



[1] Téléchargeable sur le site de l’ADL : http://www.adl.org/Interfaith/JohnPaul_II_Visit.pdf

[2] Détail intéressant sur ce personnage : Il est né en Pologne, a été confié à une nourrice catholique pendant la guerre (entre 1940 et 1944), période durant laquelle il a été baptisé et élevé comme un catholique. Il fut rendu après la guerre à ses parents.

[3] Ce rabbin a été fait chevalier de l’Ordre de Saint Grégoire par Ratzinger-Benoît XVI.

[4] Les Editions du Sel sont la propriété des dominicains d’Avrillé. Malgré la publication de nombreux ouvrages de qualité, il faut souligner que ces mêmes moines traînent un nombre de casseroles impressionants derrière eux (la bulle Cum Ex Apostolus de Paul IV, le problème de l’Una Cum, la validité du nouveau rite du sacre des évêques, le troisième secret de Fatima véridique et intégral, un pape pour deux églises, ...). Ils sont donc à classer comme parmi les principaux responsables du chaos actuel par leur refus de dire publiquement la vérité (en privé, c’est une autre histoire). Il est scandaleux de voir que l’étude du R.P. Pierre-Marie datant de 2005, erronée en de nombreux points, sur le nouveau rite du sacre des évêques, soit toujours en vente aux Editions du Sel en janvier 2009. Avrillé ralliera un jour, rancon de leurs trop nombreuses trahisons sur des sujets gravissimes.